‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 29 sur 68 · UN POETE · texte numérisé non relu

UN POETE

Un chœur au fond des bois invite le poète; Pan Tattire d*un signe, et l'emporte à sa fête.. Un chant alternatif de rire et de sanglote Sort de tous les rameaux, jaillit de tous les flots; Quand l'homme va toucher l'arbuste ou la fontaine, 11 voit fuir en dansant quelque forme lointaine; Des fleurs et des gazons que foule un pied pensif, De la mousse où Ton dort s'échappe un cri lascif; Au bord de l'antre obscur glisse une tête blonde; Deux yeux fascinateurs nous attirent sous Fonde;

S06 OMS

Le feuillage palpiie, et crie à nos côtés ;

La montagne répond aux mots qu'on a jetés ;

Le sol fume et mugit, l'eau pleure^ les troncs saignent;

Partout ce sont des ydiL qui chantent ou se j^gnent;

Le monde est plein de dieux cachés sous mHle noms;

C'est ce chœur qui nous parle^ et que nous comprenons!

Et vous deviez nous fuir^ peuple aux danses joyeuses^ Dryades dont l'œil noir brille au creux des yeuses> Nymphes aux seins rougis des baisers des Sylvains ! Adieu l'antre prophète et les arbres devins I Adieu les songes d'or qui pleuvent des vieux auncs^ Les meutes d'Aiiémis et le syriux des Faunes! Un deuil silencieux va peser sur nos champs : Car les dieux ne sont plus qui conduisaient les chants ! A qui conterons-nous nos souffrances seorètes^ Et qui nous répondra dans les saintes retraites I

Si la nature est vide^ et si les dieux sont morts; S'il ne nous reste plus ici-baà que leurs corps; Si les mers^ lés forêts^ n'ont rien qui sente et veuille Quand la vague se gonfle et quand tremble la feuille ; Si les flammes des soirs^ la pluie et les zéphirs^ Ne sont pas des regards, des pleurs et des soupirs; Si l'homme, dans la source où son âme est tremj^e. Peut plonger en tous sens sans trouver la Napée; Si tout enfin, les cieux,les vents, les mers, les nuits. Au lieu d'avoir des voix, n'ont plus rien que des bruits; Qu'écoulons-nous èncort Sur nos lyres muettes Penchons-nous pour pleurer et pour mourir, poëtesî '

LE GHOÊtJR. '

Heureux le toit caché dans l'ombre et vert de mousse. Où l'honmie est à l'abri de l'ardeur qui nous pousse>

Adore sans orgueil 1^ Lares paternels^ Son fleuve^ sa forêt^ les astres étemels^ Et la nuit qui le beree^ et l'aube qui réveille. Et les riches saisons qui comblent sa corbeille. Et tous ces dieux amis, ces esprits fomiliers Errant dans la nature ai^ec lui par milliers! Jamais l'homme n'est seul dans ces douces vallées; D'hôtes chers et sacrés son coeur les voit peuplées > Tout lui parle, il comprend, il répond en tout lieu : Chaque être qui l'entoure est son frère ou son dieul Dans le sentier paisible où sa marche est bornée. Gomme l'eau suit son cours, il suit sa destinée ; Son joug, facile ou dur, ne l'a pas révolté : n meurt sans avoir craint et sans avoir douté!

Mais si, las d'adorer, il sonde la nature; S'il chérit moins la paix qu'il ne hait l'imposture Si, pour voir ses dieux nus dans leurs antres secrets. Il trouble leur sommeil de ses pas indiscrets; Pour les faire parler, s'il veut les mettre aux chaînes; S'il creuse leurs ruisseaux, et s'il fend leui^s vieux chêoes; Alors des eaux, de l'air, des fleurs, de toutes parts. Comme des vols d'oiseaux s'en vont les dieux épars; Et, trompé comme nous dans son attente avide, , 11 s'assied, l'oeil en pleurii^ seul en face du vide. Dans ce morne royaume il cherche avec effroi Après les dieux tombés quel est le dernier roi!

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