‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 30 sur 68 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

La terre est conviée à des fêtes prochaines; L'ombre antique s'efface, et l'esprit rompt ses chaînes. Hommes, ne pleurons pas sur nos dieux qui sont morts; Saluons leur sépulcre, et partons sans remords !

Aux vieux troncs consumés par le temps et la foudre Succède un bois plus vert engraissé de leur poudre; La forêt d'Âge en âge a des jets plus puissants^ Et nous pourrons à l'ombre y reposer mille ans. Jamais le ciel n'est vide^ et les races divines En fécondent le sol sous leurs saintes ruines : Leur grande Ame s'épure au fond de ces tombeaux : D'autres dieux vous naîtront plus jeunes et plus beaux! .

Quand le voile est tombé jusqu'aux pieds de l'amante^ Tandis qu'elle résiste en sa pudeur charmante. L'amant regrette-t-il, en voyant ses beautés. Les fleurs, la pourpre et l'or de son sein écartés? Homme, la blanche vierge à tes mains interdite, Que tu dois pressentir sous le voile du mythe, La douce Vérité, cédant à ton amour.

Arrache de son corps un voile chaque jour ; Chaque jour elle veut qu'on voie ou qi?on devine Quelques grâces de plus dans sa forme divine ; C'est ton amante encor sous des habits nouveaux : Au lieu de la déesse aimais-tu ces lambeaux?

Laisse, artiste sacré, crouler tes vieux modèles, Sans détachet ta main de tes marbres fidèles; Quand nul dieu ne s'impose à ton libre ciseau. Écoute ta pensée et cherche l'art nouveau.

Si la blanche Aphrodite a déserlé les grèves. Contemple les beautés qui peuplèrent tes rêves ; Vers roiympe désert ne tourne plus les yeux.

Regarde dans ton cœur, c'est là que sont les dieux! Cueille les fleurs et l'or pour vêtir ces idoles. De cent rayons épars tresse leurs auréoles.

Glane, ô puissante abeille, en tout notre univers, La forme et la couleur, trésors toujours ouverts.

Mêle dans le creuset, pour ton œuvre hardie^

Le réil au possible; imagine^ étudie.

Vois les taureaux bondir; Yois danser sur les prés

Les filles aux doux yeux; dans les couchants dorés ,

Yois saillir des grands monts les arêtes chenues^

Et la pourpre échancrer le noir profil des nues.

Vois l'aube nuancer la mer de mille tons;

Le lotus découper ses fleurs hors des boutons^

Les nid^ s'entrelacer sur le chêne difibrme;

Yois comment le grand tout se sculpte et se transforme.

Mêle^ quand tu pétris Targile entre tes mains^

Des gouttes d'eau du ciel à quelques pleurs humains.

Prends un peu de ton âme^ un peu de la nature^

Aux baisers du soleil expose la figure; ^

Dès que luira son front doré par leur reflet^ ^

Ébauché dans ton cœur, le dieu sera complet!

Éros, le dieu vermeil que la mort décolore.

Expire sur les fleurs qu'il vient da faire éclore. Pose, ô cœur de seize ans, tes baiieii^ sur son front, Mais sans larme : à leur dieu les roses sarvivront. Ya l les tendres soucis, les langueurs, les ivresses, La volupté des pleurs, l'âcreté des caresses. Ces flèches de son arc, ces feux de ses autels. Ces mille maux si doux, enfant, sont immortels ! L'homme peut voir crouler ses temples d'âge en âge.

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Et l'hymne où mille cris jetaient un sens étrange/

Tu l'entendras chanter, fiur da tout vil mélange.

Chaque jour écartant un vain sujet d'effroi,

La natui£ s'approche et tend les bras vers toi;

Vous pourrez vous aimer et tous parler en face;

Plus d'œil caché dans l'ombre et d'Argus qui yous glace.

Sans passer à travers les flûtes des Sylvains,

Le vent de sa poitrine aura des sons divins;

Sa voix, de jour enf jour moins mystique et plus tendre.

T'expliquera les mots que nul n*a su comprendre;

A son grand livre ouvert^ dans un antre inconnu,

Gomme en ton propre cœm* tu pourras lire à nu.

Vous serez confondus dans un hymen suprême ;

Xu croiras dans ses bruits t'ouïr chanter toi-même :

Car cette âme qui coule et mugit dans les bois

S'agite dans ton sang, soupire dans ta voix.

Au lieu du vietlx chaos où luttaient les génies.

Un monde va s'ouvrir tout peuplé d'harmonies,

^t tu seras le cri de cê dieu souverain

Qui se parle à lui-même avec l'organe humain !

Hommes 1 l'ardent soleil dont un âge s'éclaire Est pour l'âge qui suit un feu crépusculaire; Le flambeau de vos fils, qui d'avance vous luit, Près du jour à venir n'est encor qu'une nuit I A chaque heure Téther brille de plus de flamme. Et pour s'en pénétrer s'élargit Fœil de l'âme. Chaque jour ce grand )6e qui croit incessamment Réfléchit plus au loin l'azur du firmament; Chaque jouj Le ciel, pou Jusqu'à Feu Où doivent Alors, dans

ET POKMES 24 f

Pour n'en sortir jamais les âmes fondront toutes^ Et chaque être vivra dans un être commun.

Et la lumière et Toeil^ enfin^ ne seront qu'un.

A cette heure douteuse où le jour lutte encore. Tournez donc vos regards du côté de l'aurore; En rappelant à vous l'antique obscurité N'entravez pas ce char dans l'azur emporté.

Tout autre, astre pâlit et s'efface d'avance. Sitôt que dans l'éther l'ardent cocher s'élance; A sa splendeur royale accoutumez vos yeux.

Et laissez sans cegret fuir le peuple des deux! Marchez vers l'orient en troupes fraternelles; Pour un hôte nouveau cueillez des fleurs nouvelles. Et sous un même toit allez vous réunir Pour recevoir en paix celui qui doit v^ir.

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