‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 37 sur 68 · A UN GRAND ARBRE · texte numérisé non relu

A UN GRAND ARBRE

L'esiwrit calme des dieux habite dans les plantes. Heureux est le grand arbre aux feuillages épais; Dms son corps large et sain la sève coule en paix, Mais le sang se consume en nos veines brûlantes.

A la croupe du mont tu sièges comme un roi; Sur ce trône abrité, je t'aime et je t'envie ; Je voudrais échanger ton être avec ma vie, '^ Et me di^sser tranquille et sage comme toi.

Le vent n'effleme pas le sol où tu m'accueilles; L'orage y descendrait sans pouvoir f ébranler; Sur tes plus hauts rameaux, que seuls on voit trembler, Ck)mmc une eau lento à peine il fait gémir tes feuilles.

L'aube un instant les touche avec son doigt vermeil; Sur tes obscurs réseaux semant sa lueur blanche, La lune aux pieds d'argent descend de branche en branche. Et midi baigne en plein ton front dans le soleil.

L'étemelle Cybèle embrasse tes pieds fermes; Les secrets de son sein, tu les sens, tu les vois ; Au commun réservoir en silence tu bois.

Enlacé dans ces flancs où dorment tous les germes.

Salut, toi qu'en naissant l'homme aurait adoré! Notre âge, qui se rue aux luttes convulsives. Te voyant immobile, a douté que tu vives.

Et ne reconnaît plus en toi d'hôte sacré.

Ah! moi je sens qu'une âme est là sous ton éaorce. Tu n'as pas nos transports et nos désirs de'few. Mais tu rêves, profond et serein comme un dieu; Ton immobilité repose sur ta force.

Salut ! Un charme agit et s'échange entre nous^. Arbre, je suis peu (icr de l'humaine nature;

ET POEMES 2îi

Un esprit revêtu d'écorce et de verdure

Me semble aussi puissant que le nôtre et plus doux.

Verse à flots sur mon frent Um ombre qui m'apaise; Puisse mon smg dormir et mon corps s'affaisser; Que j'existe un moment sans vouloir ni penser : La volonté me trouble^ et la raison me pèse.

Je souffre du désir, orage intérieur; Mais tu ne connais^ toi> ni Tespoir^ ni le doute^ Et tu n*as su jamais ce que le plaisir coûte ; Tu ne rachètes pas au prix de la douleur.

Quand.un beau jour commence et quand le mal fait trêve^ Les promesses du ciel ne valent pas l'oubli ; Dipi même ne peut rien sur le temps accompli; Ntil songe n'est si doux qu'un long sommeil sans rêve.

Le cbêne a le repos, l'homme a la liberté...

Que ne puis-je en ce lieu prendre avec toi racines ! Obéir, sans penser, à des forces divines.

C'est être dieu soi-même, et c'est ta volupté.

Verse, ah! verse dans moi tes fralchem*s printanières. Les bruits mélodieux des essaims et des nids. Et le frissonnement des songes infmis; Pour ta séréaité je t'aime entre nos frères.

Si j'avais comme toi tout un mont pour soutien. Si mes deux pieds trempaient dans la source des choses. Si l'aurore humectait mes cheveux de ses roses, Si mon cœur recelait toute la paix du tien;

Si j'étais un grand chêne avec ta sève pure, Pour tous, ainsi que toi, bon, riche, hospitalier.

22d ODES

J'abriterais l'abeille et Toiseau familier

Qui sur ton front touffu répandent le murmure;

Mes feuilles verseraient Toubli sacré <3u mal. Le sommeil à mes pieds monterait de la mousse ; Et là viendraient tous ceux que la cité repousse Écouter ce silence où parle l'idéal.

Nourri par la nature, au destin résignée.

Des esprits qu'elle aspire et qui la font rêver. Sans trembler devant lui, comme sans le braver. Du bûcheron divin j'attendrais la cognée.

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