‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 38 sur 68 · LA MORT D'UN CHÊNE · texte numérisé non relu

LA MORT D'UN CHÊNE

Quand l'homme te frappa de sa lôcfee cognée^ roi qu'hier le mont portait avec orgueil.

Mon âme, au premier coup, retentit indighée, Et dans la forêt sainte il se fit un grand deuil.

Un murmure éclata sous ses ombres paisililes; J'entendis des sanglots et des bruits menaçants; Je vis erret des bois les hôtes invisibles.

Pour te défendre, hélas! contre l'homme imf^uissatTt».

Tout un peuple effrayé partit de ton feuillage. Et mille oiseaux chanteurs, troublés dans leurs amours. Planèrent sur ton front conmie un pâle nuage. Perçant de cris aigus tes gémissements sourds.

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Le flot triste hésita dans l'urne des fontaines; Le haut du mont trembla sous les pins chancelants, fil Taquilon roula dans les gorges lointaines L'écho des grands soupirs arrachés à tes flancs.

Ta chute laboura, comme un coup de tonnerre^ Un arpent tout entier sur le sol paternel; Et quand son sein meurtri reçut ton corps, la terre Eut un rugissement terrible et solennel :

Car Cybèle t'aimait, toi l'aîné de ses chênes. Comme un premier enfant que sa mère a nourri; Du plus pur de sa sève elle abreuvait tes veines. Et j5on front se levait pour te faire un abri.

Elle entoura tes pieds d'un long tapis de mousse^ Où toujours en avril elle faisait germer Pervenche et violette à l'odeur fraîche et douce. Pour qu'on choisît ton ombre et qu'on y vînt aimer,.

Toi, sur elle épanchant cette ombre et tes murmuries^ ■ Oh ! tu lui payais bien ton tribut filial !

Et chaque automne à flots versait tes feuilles mûres» , Comme un manteau d'hiver, sur le coteau natal.

La terre s'enivrait de ta lai*ge harmonie; Pour parler dans la brise> elle a créé les bois : Quand elle veut gémir d*une plainte infinie, Des chênes et des pins elle emprunte la voix.

Cybèle t'amenait une immense famille; Chaque branche portait son nid ou son essaima Abeille, oiseaux, reptile, insecte qui fourmille. Tous avaient la pâture et l'abri dans ton sein.

Ta chute a dispersé tout ce peuple sonore ;

Mille êtres avec toi tombent anéantis ;

A ta place, dans Tair, seuls voltigent encore

Quelques pauvres oiseaux qui cherchent leurs petits.

Tes rameaux ont broyé des troncs déjà robustes ; Autour de toi la mort a fauché largement. Tu gis sur un monceau de chênes et d'arbustes ; J'ai vu tes verts cheveux pâlir en un moment.

Et ton éternité pourtant me semblait sûre !

La terre te gardait des jours multipliés...

La sève afflue encor par l'horrible blessure Qui dessécha le tronc séparé de ses pieds.

Oh ! ne prodigue plus la sève à ces racines.

Ne verse pas ton sang sur ce Qls expiré, Mère ! garde-le tout pour les plantes voisines : Lg chêne ne boit plus ce breuvage sacré.

Di9 adieu, pauvre chêne, au printemps qui t'enivre . Hier, il t'a paré de feuillages nouveaux; Tu ne sentiras plus ce bonheur de revivre, ▲dieu lef nids d'amour qui peuplai^t tes rameaux.

Adieu les noirs essaims bourdonnant sur tes branches. Le frisson de la feuille aux caresses du vent. Adieu les frais tapis de mousse et de pervenches Où le bruit des baisers t'a réjoui souvent.

chêne, je comprends ta puissante agonie !

Dans sa paix, dans sa force, il est dur de mourir ; A v«ijr crouler ta tête, au printemps rajeunie, Je devine, ô géant ! ce que tu dois souffrir.

Ainsi jusqu'à ses pieds Thorame t'a fait descendre ; Son fer a dépecé les rameaux et le tronc ; Cet être harmonieux sera fumée et cendre, Et la terre et le vent se le partageront !

Mais n'est-il rien de toi qui subsiste et qui dure ? Oïl s'en vont ces esprits d'écorce recouverts? Et n'est-il de vivant que l'immense nature.

Une au fond, mais s'omaot de mille aspects divers?

Quel qu'il soit, cependant, ma voix bénit ton être Pour le divin repos qu'à tes pieds j'ai goûté. Dans un jeune univers, si tu dois y renaître, Puisses-tu retrouver la force et la beauté l

Car j'ai pour les forêts des amours fraternelles ; Poète vêtu d'ombre, et dans la paix rêvant, de vis avec lenteur, triste et calme, et, comme elles. Je porte haut ma tête, et chante au moindre vent.

Je erois le bien au fond de tout ce que j Ignore ; J'espère malgré tout, mais nul bonheur humain : Comme un chêne immobile, en mon repos sonore. J'attends le jour de Dieu qui nous luira demain.

En moi de la forêt le cahne s'insinue ; De ses arbres sacrés, dans l'ombre enseveli.

J'apprends la patience aux hommes inconnue.

Et mon cœur apaisé vit d'espoir et d'oubli.

Mais l'homme fait la guerre aux forêts paciQques ; L'ombrage sur les monts recule chaque jour ; Rien ne nous restera des asiles mystiques Où l'âme va cueillir la pensée et l'amour.

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Prends ton toI^ 6 mon cœur ! la teire n*a plus d'ombres, Et les oiseaux du ciel^ les rêves infinis, Les blancbes visions qui cherchent les lieux sombres^ Bientôt n'auront plus d'arbre où déposer leurs nids.

La terre se dépouille et perd ses sanctuaires ; On chasse des vallons ses hôtes merveilleux.

Les dieux aimaient des bois les temples séculaires^ La hache a fait tomber les chênes et les dieux.

Plus d'autels, plus d'ombrages et de paix abritée. Plus de rites sacrés sous les grands dômes vëtts ! Nous léguons à nos fils la terre dévastée.

Car nos pères nous ont légué des cieux déseHs.

Ainsi tu gémissais, poète, ami des chênes.

Toi qui gardes encor le culte des vieux Jours. ^

Tu vois rhomme altéré sans ombre et sans fontaines... Va ! l'antique Cybèle enfantera toujom^s !

Lève-toi ! c'est assez pleurer sur ce qui tombe ; La lyre doit savoir prédire et consoler; Quand l'esprit te conduit sur le bord d'une tombe. De vie et d'avenir c'est pour nous y parler.

Crains-tu de voir tarir la sève universelle.

Parce qu'un chêne est mort et qu'il était géant T poète ! âme ardente, en qui l'amour ruisselle. Organe de la vie, as-tu peur du néant ?

Va ! l'œil qui nous réchauffe a plus d'un jour à luire; Le grand semeur a bien des graines à semer.

La nature n'est pas lasse encor de produire : Car, ton cœur le sait bien. Dieu li'est pas las d'aifller.

Tandis que tu gémis sur cet arbre en rim^es^ Mille germes là-bas, déposés en secret^ Sous le regard de Dieu veillent dans ces collines. Tout prêts à s'élancer en vivante forêt.

Nos fils pourront aimer et rêver sous leurs dômes. Le poëte adorer la nature et chanter; Dans Tombreux labyrinthe où tu vois des fantômes, . Un idéal plus pur viendra les visiter.

Crpissez sur nos débris, croissez, forêts nouvelles ! Sur vos jeunes bourgeons nous verserons nos pleurs ; D'avance je vous vois, plus fortes et plus belles. Faire un plus doux ombrage à des hôtes n^iUeurs. ,

Vous n'abriterez plus de sanglants sacrifices ;

L*âge emporte les dieux ennemis de la paix.

Aux chants, aux jeux sacrés, vos séjours sont prçpi|^s;

Votre mousse aux loisirs offre des lits épais.

Ne penche plus ton front sur les choses qui meuieat^ Tourne au levant tes yeux, ton cœur à l'avenir. Les arbres sont tombés, mais les germes demeurant; Tends sur ceux qui naîtront les bras pour les bëitîr.

Poète aux longs regards, vois les races futures, Vois ces bois merveilleux à l'horizon éclos ; Dans ton sein prophétique ééoute les murmures; Écoute : au lieu d'un bruit de fer^et de sanglots,

Sur des cç|ftaitx baignés par d|s clartés sereinai^ ,^. Où des peufSès j&yeux semblent se reposer, Sius les chênes émus, le% hêtres et les frênes, ' ;.

On dii^^qu'on entend un immense baiser 1

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