‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 43 sur 68 · A LA TERRE · texte numérisé non relu

A LA TERRE

— mère des vivants, ô terre, ô déité, Nul homme plus que moi n'adore ta beauté !

H n'est pas de rayon au ciel, et pas de globe.

Qui me soient plus sacrés qu'une fleur de ta robe.

-^ Je me souviens de toi; sur mes plus hauts sommets Un pied plus amoureux ne se posa jamais.

Je t'ai vu, gravissant mes Alpes solitaires, T'abreuver à longs traits dans leurs coupes austères.

— Ah! j'étais libre et fort, j'étais seul avec Dieu, Pas un vestige humain ne souillait ce saint lieu I Jamais je n'ai senti, depuis cette heure étrange, D'amour et de terreur cet enivrant mélange.

Quand il fallut revoir la plaine où l'homme est roi^ Mère, je m'indignais et je pleurais sur toi :

Car, ô terre, à plaisir l'homme te défigure ;

Rien ne te restera de ta noble parure ;

Chacun de nos travaux t'enlève une beauté ;

Tu vas baissant ton front comme un taureau dompté.

Dans ton royaume antique, une aveugle industrie

Fera céder bientôt Tordre à la symétrie.

Par des murs anguleux les champs sont divisés; Les fleuves gracieux^ dans leurs lits maîtrisés, Ont aligné les plis de leurs courbes divines; Un lourd niveau s'étend sur le sein des collines. Et le jour n'est pas loin où nous ne verrons plus Un seul arbre debout sur ces monts chevelus ; Jusqu'au dernier sommet, les nations accrues Déchament le granit sous le fer des charrues.

chênes, ô forêts, ô lieux doux et sacrés, Temple où les premiers dieux à nous se sont montrés. Où de nos jours encor Fesprit d'en haut se cache. Mon cœur saigne pour vous à chaque coup de hache! Je sens une même âme entre nous s'échanger ; Ailleurs que parmi vous je me crois étranger ; 11 pleut de vos rameaux des visions sans nombre. Et l'intime soleil me luit mieux sous votre ombre !

Quand l'homme, ainsi vainqueur des fleuves et des bois. Au plus lointain désert aura donné des lois Et mis à nu des monts les squelettes énormes, Et serré tes beaux flancs de réseaux uniformes, globe, dépouillé de ta vieille splendeur.

Pourras-tu d'idéal parler dans ta laideur?

— Ami de mes secrets et de mes solitudes, Ahl laisse-moi sourire à tes inquiétudes!

L'homme, te fait trembler pour nos abris charmants. Et tu le vois déjà vainqueur des éléments.

C'est ahisi, je le sais, que parlent vos prophètes; Vos Titans sont tout prêts à trôner sur mes faîtes; Ils partagent déjà mes dépouilles entre eux.

Et sillonnent mes flancs de leurs fers orgueilleux; Mais ils n'ont pas encore avec leur main rebelle Ébranlé les créneaux de l'antique Cybèle;

Mon vieux front de ses tours n'est pas dëcouronné, Et du Sphinx dos déserts TOEdipe n'est pas né ! De plans audacieux soyez toujours prodigues ; Multipliez vos chars^ yos yaisseaux et vos digues : Gomme fait un coursier la poudre de ses crins, Je puis tout disperser en secouant mes reins.

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