‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 44 sur 68 · CONTRE LE REPOS · texte numérisé non relu

CONTRE LE REPOS

Va! maiche au but suprême où marche toute chose : Vois, d'un soufQe divin l'e^^ace est tourmenté; Quel globe est ^idormi? quel astre se repose? Toi seul tu prétendrais à l'immortalité !

Attends-tu là, couché, que le désert t'apporte Ses fi0|itaines d'eau vive où tu veux t'étancher; Et, venu pour toi seul, que Dieu frappe à ta porte. Sans que que tu daignes faire un pas pour le chercher?

Ses bras te sont tendus; va toi-même, et réclame La part qui te revient d^air pur dL de soleil; Et s'il pleut quelque part de la manne pour Tâme, Sache, pour la cueillir, f arracher au sommeil.

Suis l'instinct qui t'invite à sortir de toi-mênje. Si tu veux croître en force, en sagesse, en beauté;

ET POEMES 2k3

Vois le saint unàvert qui t'appelle et qui t'aime : Cherche en lui ce qui manque à ta divinité.

Monte sur les sonunets^ fouille dans les cavernes; Aux astres^ aux volcans^ allume tes flambeaux; Agrandis chaque jour l'empire où tu gouvernes; De ton sceptre brisé réunis les lambeaux.

Dompte les éléments et rends-les tributaires ) Mets aux chaînes Protée; emploie à tes desseins La nymphe des glaciers et Tesprit des cratères; Multiplie^ ô Titan! tes sublimes larcins.

Du vol de la pensée aide tes bras trop frêles ; La volonté des monts sait courber les sommets; Fatigue tour à tour ou tes pieds ou tes ailes^ Et rampe^ s'il le faut^ mais ne t'assieds jamais^

Lève-toi! Dieu maudit les races accroupies Des stagnantes cités respirant l'air mauvais; Le doute et le repos aigourd'hui sont impies : Homme^ sache trouver ce qu'enfant tu rêvais.

Marche seul^ si ton frère en chemin t'abandonne Et des désirs sacrés ne sent plus Taiguilion. Vois là-bas, au désert^ ce champ que Dieu te donne : Au sol de l'inconnu va creuser ton sillon.

Souffre et combats; la lutte a des palmes certaines! Cest trop peu d'en gémir, il faut dompter le mal; H faut chercher et vaincre, au bout des mers lointaines. Le monstre vigilant qui garde l'idéal.

Passe, et n'écoute pas qui taxe de mensonge Cet invincible espoir^ ton guide et ton soutien :

Tout abîme a sa perle ; et quand le cœur y plonge^ Sous riiorrible douleur il trouve encor le bien.

Va, sans le renier, jusqu'au bout de ton rêve. Qui'aperçois-tu, mon âme? Au fond, n'est-ce pas Dieu? Tu vas à lui. Crains-tu d*échouer sm* la grève? Est-ce pour te tromper qu'y luit son œil de feu?

Pars, recueillant les bruits sous les chênes prophètes. Les parfums, les rayons que darde l'avenir; Demande au vin sacré que versent les poètes L'ardeur de proclamer celui qui doit venir !

Remplis donc à deux mains la coupe où tu f enivres ; Puise dans le désert, puise dans la cité.

Va ! lis dans la nature, et même dans les livres ; Où l'amour n'est-il pas? où n'est pas la beauté?

Prends à la terre, aux flots, tout ce qui s'en exhale ; Emporte dans ton vol les rumeurs des chemins ; Prends aux fleurs des sommets l'haleine matmale; Respire-la mêlée à celle des humains I

Vole au terme entrevu de tes courses fécondes, Sans t'arrêter ici, car le but est ailleurs : Car, ô souffle immortel, tu dois à d'autres mondes Porter ce que le nôtre a d'atomes meilleurs.

Va donc, homme, va donc! ta moisson n'est pas mûre; Tu n'as pas tout aimé, tu n'as pas tout compris; Tu n'as pas accompli, sous l'œil de la nature. Les rites de l'hymeri avec tous ses esprits !

Marche sans t'en dormir, même parmi les roses. Pour aller, quand la terre aura repris tes os.

^ers l'être que tu sens à travers toutes choses^ , Te reposer en lui... s'il connaît le repos !

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