‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 49 sur 68 · S|9 0DE · texte numérisé non relu

S|9 0DE

Que chacun viye en tous comme tous pp chacun !

» Soleil^ sur les hauts lieux j'irai te voir sourire : C'est là que l'air est pur^ et c'est là qu'on respire. Là^ qu'avec mon esprit plus libre et plus léger L'esprit universel est prompt à s'échanger.

Là, sur toutes les fleurs mon âme se disperse^ Là^ de tous ses tayons le soleil la- traverse ; Et c(»nme cette' cime exposée à tout vent> Je sens de toutes parts ton souffle^ ô Dieu vivant ! »

Moi, j'ouvrais tout mon être aux langueurs printanières. Baigné d'ardents parfums et de chaAdes lumières, J'aspirais à longs traits ces regards*, cette voix, Et les brises d'amour qui s'ethalaient des bois. Elle, cet enfant calme, aux visions profondes. Ce chaste nénuphar trempé de froides ondes, Ce lis ferme et sans tache et de rosée en^pli, Ce cœur de pur cristal semblait s'être amolli. Tout tremblait près de nous d'un amoureux vertige. L'onde entre les cailloux et les fleuri sur leur tige; Les oiseaux frémissaient mêlés dans les buissons... Or, s'animant comme eux à ses propres chansons, La vierge a respiré des voluptés nouvelles, Un rayon inconnu jaillit de ses prunelles.

Sa main brûle la mienne, et je crois que son cœur Comme moi du désir sent l'aiguillon vainqueur. Le printen)ps, le soleil, ces bois pleins. de délices, De ma fatale erreur, hélas! furent complices... J'aspire en un baiser son âme, et sens frémir Avec bonheur sa lèvre et doucement gémir...

Mais, ô terreur l ô prix de mon amour farouche ! C'est un frisson mortel qui passe sur sa bouche I Sous son front saifà couleur se ferme un œil glacé;

Sur ses reins fléchissant son cou s'est renversé, Et, vierge, sur les fleurs et la moiisse odorante, Le lit prêt pour l'hymen la reçut expirante !

J'implorai tous les dieux; des rameaux hienfaisants Pour elle j'exprimai les sucs les plus puissants; Gomme l'âme d'un lis, que le zéphyr emporte.

De ce premier baiser mon amante était morte !

Dieux que je sers ici ! dieux des grandes forêts,

Seuls vous avez connu l'horreur de mes regrets, ' -

Et quelle vision, obstinée à me suivre.

Depuis ce jour cruel sut me forcer à vivre.

Son ordre, et de l'oubli votre culte sauvé.

Et votre sacerdoce à mes mains réservé.

Seuls m'ont pu retenir sur la terre attristée

Que par mon crime, hélas ! votre fllle a quittée.

Je reste pour garder, sous ces arbres chéris.

Vos rites étemels qu'elle m'avait appris.

Et répandre, en son nom, les vertus salutaires

Dont les fleurs du désert lui livraient les mystères.

Je tressai de feuillage un verdoyant linceul.

Et le sojr, de la grotte ayant creusé le seuil.

J'y couchai de mes mains la blanche trépassée.

Gravant sa douce image au fond de ma pensée.

L'invisible nature a repris, dès ce jour.

Et cache dans son sein tout ce que j'ai d'amour. ^

Sur la tombe, à genoux, durant la nuit entière. J'y versai devant Dieu mes pleurs et ma prière. Vers l'aube, un sommeil plein de songes merveillep?. Sans assoupir mon cœur, descendit sur mes yeux ; Et quand vint le soleil et l'hymne qui s'élève Des souvces et des nids, faire enyoler mon rêye.

Sous l'émail odorant d*un gazon déjà vert De son lit de repos le sol était couvert.

Et £ti arbre divin, l'orgueil de la contrée.

Tout en fleurs de la grotte ornait déjà l'entrée.

Dès lors, hôte assidu de ce temple nouveau.

Je vis loin des humains, veillant sur ce tombeau;

Des sources, des rochers, des fleurs, j'y fais l'étude ;

Les oiseaux qu'elle aimait peuplent ma solitude ;

Uiiàe fêlent comme elle, et de son souvenir,

Dans leurs chants, près de moi, viennent s'entretenir ;

Nous avons un langage avec eux et les plantes ;

Ensemble nous faisons des prières ferventes;

Nous parlons d'Hermia, du soleU et do Dieu.

Jaillissant dû rocher, cette source au flot bleu

Où se baigne la lune, où les chevreuils vont boire,

De la divine enfant garde aussi la mémoire.

Et, comme ces rameaux par son âme agités, #

Murmure avec amour les airs qu'elle a chantés.

Mêlant sa voix plus grave aux bruits que je consulte.

L'arbrisseau merveilleux, à qui je rends mon culte.

De feuilles et de fleurs paré dans tous les temps,

Verse à mon front blanchi l'espoir d'un beau printemps.

Ainsi, je vis au fond des forêts fraternelles. J'attends le jour certain des noces éternelles; Le jour où, pardonnant mon précoce larcin, Hermia doit m'ouvrir l'asile de son sein.

Dans cet antre sacré reste, toi qui m'écoutes. Recueille les pensers qui pleuvent de ces voûtes. Et parfois, si tu veux, Sur ces lointains rochers, Visiter les jardins dans les neiges cachés.

Je t'y ferai choisir ces fleurs humbles et pures Que Dieu sème au désert pour toutes nos blessures.

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