‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 59 sur 68 · A MON AMI BARTHÉLÉMY TISSËUI · texte numérisé non relu

A MON AMI BARTHÉLÉMY TISSËUI

bans les villesi tombeaux dont le peuple croit vivre> Où s'agitent des ihorts par des morts coudoyés. Où l'âme aspire un «dr qui la tue ou l'enivrai Ceux qui sont nés à Dieu sont bientôt oubliés.

Là, des spectres faisant de l'omWe et du tumulte, Vous cachent à mes yeux, vous-même, ô mon ami!

Et j'omets tout un Vous rhôte de moi

Les bruits humaini armure

De YOtre esprit qui Et la foule tarit so Chaque larme auss

Mais à peine al-je fui tout seul vers la canipâgtlé. Et trouvé la nature et vu le jour vfcrtneil; Sitôt que je respire une odeur de montagne.

Et que Dieu dans mon âme entré avec le soleil;

Sitôt que TinOni sô fait datig ma pensée, J'y revois, près du Dieu que je viens adofer. Votre ombre lumineuse litl instant éclipsée M'appeler, me sourire ; et je puis vous pleurer.

Tout alors, fleur qui s'outre et rayon qui s'àllÔmc, Arbres, flots exhalant Un soupir triste et doux. Sillons où court la brise et toit lointain qui fumé. Tout seinble s'animer et se peupler de voiis.

Les cimes des forêts d'un bruit large inondées, Les buissons fourmillant de chansons et de cris,^ En écho tour à tour redisent leâ idées Dont votre âme féconde émjplissaii nos esprits.

Aux êtres vous parliez dans leur langue clivine ; Vous les sentiez tous vivre; ils vous sentaient rêver : Car vous aviez l'amour qui voit ou qui devine. Et leurs secrets accords, vous les saviez trouver.

Tout se réfléchissait dans votre âme profonde; Torrent, fleuve et ruisseau, tout vous payait tribut 2 Vous deviez promptement épuiser tout un mondcj Et toucher dans un autre à Tinvisible but.

Votre esprit roses;

El, sans dout ar j'y viendrai.

Vous avez en !S choses

Dm vestiges de vous : je les recueillerai!

Avec rôdeur montant de ces prés en corbeilles. Avec Toiseau qui fuit et va chanter là-has.

De l'herbe et des ramçaux, avec un bruit d'abeilles, Un souvenir de vous s'élève à chaque pas.

L'atmosphère s'emplit d'une vivante flamme :

C'est vous qui de vos yeux la versez par éclair; Sa chaleur m'enveloppe, et j'ai senti mon âme S'épanouir en vous comme mon corps dans l'air.

Alors la part de vous que Dieu nous a ravie,

Celle en qui rien ne change, et dont rien n'est distrait.

Celle qui goûte au ciel une meilleure vie.

Ce qu'en vous nous aimons, votre cœur m'apparaît.

Vous êtes revêtu de la forme plus pure Que Plfnd l'homme là-haut quand son corps y renaît; Mais sous ce vêtement, quoiqu'il vous transûgure. Vous êtes bien le même, et l'on vous reconnaît.

C'est bien lui! cet esprit plein de mansuétude. Parole qui charmait ma joie ou ma douleur, A qui toute science anivait sans étude.

Comme l'onde à la source et le miel à la fleur!

C'est luil Dans tous ses maux toujours paisible et grave^ Que j'ai tant vu souffrir sans se plaindre jamais ! Cet homme à la raison puissante, au cœur suave, Mont de granit couvert de fleurs jusqu'au sommet!

C'est lui! Pour vivre en nous s'oublient à toute heure; Lui qui prenait pour siens mes travaux, mes combats; C'est lui dont la pensée, onde supérieure, Fertilisait la mienne, et ne tarissait pasi

De ces forêts vers moi je vous ai vu descendre Ainsi qu'un blanc nuage, et glissant lentement ; Le sol autour de vous s'éclaire d'un jour tendre, De votre corps nouveau divin rayonnement.

Les plantes s'inclinant baisent vos pieds de neige ; L'air est rempli d'oiseaux et de joyeuses voix ; Les bois semblent marcher pour vous faire cortège y La nature vous rend votre amour d'autrefois.

Vous, calme et traversant son peuple qui s'assemble. Vers moi, sans lui parler, vous voilà parvenu; Et, comme aux jours heureux où nous pensions ensemble, Vous avez pris mon bras, cet appui si connu.

Et nous marchons tous deux en dominant la plaine De mon pays natal, que je vantais souvent; Les monts à l'occident nous déroulent leur chaîne, Beaux lieux que j'espérais voir avec vous vivant 1

Vous m'êtes si présent que nous causons encore D'hier et de demain, de nos projets nombreux : Hélas! coname si Dieu, dans un but que j'ignore. N'avait pas déjà mis un monde entre nous deux!

Le mobile entretien vole en sa fantaisie Des étoiles du ciel aux herbes des chemins ; Nous parlons de mon cœur et de ma poésie^ Coursiers dont vous teniez les rênes dans vos mains.

Car je croyais en vous, que nul n'a su connaître! Source au modeste flot qui dans l'ombre a coulé,

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J*ai vu vos profondeurs, et vous fûtes mon maître : Tous mes doutes fuyaient quand vous aviez parlé.

Dieu vous donna le sens des clartés éternelles; Jamais, idée ou fait, vous ne jugiez en vain ; Tandis que nous errions dans les choses mortelles. Vos yeux, à travers tout, allaient droit au divin.

De la sphère idéale où vous viviez d'avance Pour moi vous revenez; et, comme aux anciens jours. Vous m'en conununiquez aujourd'hui la science; Vous rallumez ma foi du feu de vos discours.

Et longtemps nous restons assis près des fontaines; Nous allons sur la mousse et le gazon nouveau. Méditant de savoir, dans les luttes huniaines. Réaliser le bien et contempler le beau.

Mais trop tôt, étouffant la voix dont je m'enivre. Un bruit d'hommes s'élève et nous a séparés.

Moi pour aller mourir, et vous pour aller vivre Dans ces mondes d'amour au sage préparés.

Je le Bais> votre part, sans doute, est la meilleure; Mon esprit dort encor, le vôtre eut son réveil; Cette vie est mauvaise.,, et pourtant je vous pleurOi Vous qui ne verrez plus les fleurs ni le soleil I

Grande âme à ses amours avant l'heure arrachée. Onde pour nous tarie avant les jours d'été, Fort ouvrier laissant l'œuvre à peine ébauchée. Harmonieux oiseau mort sans avoir chanté !

Peut-être en te pleurant je gémis sur moi-même; Resté seul dans la lutte où tu viens d'expirer;

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Mais les décrets de Dieu sont sacrés pour qui t'aime, Et, plein de ton esprit, je les dois adorer.

Comme tu le serais, |e suis fort dans mes larmes; Je garde ta doctrine, et ta foi m'agrandit; En de mâles adieux tu me lègues tes armes; Ta voix parle, j'entends ; voici ce qu'elle dit :

« Frère ! si Dieu te laisse ici-bas seul et triste,

C'est que Fhomme nouveau dans ton cœur n'est pas né;

La main de la douleur, cette sublime artiste,

Au gré du naaître encor ne t'a pas façonné.

» Dans la sphère où je monte avant que de me suivre, Il te reste à livrer de plus rudes combats; Ce n'est que pour lutter que tu dois encor vivre. Et les adversités ne t'épargneront pas.

» Il te faut, comme moi, prendre la voie étroite ; L'ombre abonde et les fleurs sur la route du mal ; Celle où tu marcheras, plus âpre, mais plus droite. Mène par le désert plus près de l'idéal.

» Tu porteras le poids de ton cœur solitaire ; D^à ton front penché se dépouille et pâlit ; Nul œil ne sourira près de ta lyre austère, Et la seule insomnie habitera ton lit.

» Jamais tu ne verras un champ dont tu sois maître Se couvrir à ton gré de rameaux ou d'épis ; Et jatoais en des bois plantés par un ancêtre Tes bras ne berceront des enfants assoupis.

» Sans même que l'oiseau pour son nid les recueille j Tu verras, sous les pas de l'homme indifférent. Tes stériles chansons s'envoler feuille à feuille. Et jusqu'aux mers d'oubli couler dans le torrent;

» Le monde tient pour vils les objets de ton culte; 11 cherche d*autres biens qu*un son mélodieux; Tu n*auras rien de lui quMronie et qu'insulte... Toi^ ne le maudis point ! sois fidèle à nos dieux.

» Passe au milieu de lui sans haine et sans murmure : La sagesse est amour : mais garde la fierté; Que ton front de l'orgueil porte la noble armure^ Et pour trésor au moins choisis la liberté.

» Marche inflexible au but, je t'ai tracé la route ; Mon esprit vit en toi, suis ce guide sacré; Songe, en te relevant dans tes heures de dSute, Que^ de près ou de loin^ pour toi je combattrai!

Partout ainsi, partout son ombre m'accompagne; Sans cesse à mes côtés je l'entends, je le vois. Tel qu'il me dit adieu du haut d'une montagne. Sans le savoir^ hélas I pour la dernière fois I

Par l'amitié conduits sur un sommet auguste. Exempt des bruits du monde et par Dieu visité. Nous habitions tous deux dans la maison d'un juste^ Et trouvions dans son cœur une hospitalité.

Là, tout penser grandit, tant cette cime est haute. Dans les bois solennels nous allions^ tour à tour Écoutant la nature, ou l'âme de notre hôte, Homme entre tous choisi pour enseigner l'amour.

Là, nous avons vécu de divines journées, Parlant des vérités et des biens éternels;

De célestes lueurs nous y furent données :

La sagesse descend dans les cœurs fraternels.

Vous aviez vos desseins sur nos dernières ïeures, SeigneurJ en nous menant vers ces sommets bénis I Sans doute, ainsi tous trois vers des sphères meilleures. Un jour, en votre nom, nous serons réunis I

Je partis le premier, rappelé dans les villes ; Et lui, pour prolonger notre cher entretien.

Me suivit jusqu'au bout de ces forêts tranquilles; Et son bras ne pouvait se détacher du mien.

Il nous fallut enfin rompre la douce chaîne.

Alors restant, malgré le soleil lourd et chaud. Debout au bord des pins, et tourné vers la plaine. Il me voyait descendre et me parlait d'en haut.

Longtemps, sur ce trépied de mousse et de bruyère, — Cette image à jamais vit dans mon souvenir, — Je r^perçus baigné d'une ardente lumière, Tenant son bras levé comme pour me bénir.

Et Dieu m'a retiré cette main forte et pure, Ce rayon tout-puissant qui m'aurait rajeuni I Dans ces bois, altérés de ton souffle, ô nature I Nous n'irons plus tous deux respirer l'infini.

Seul je vous cherche encor, désert, forêt divine! Chaque arbre y fait surgir son ombre à mon regard ; De chaque émotion qui gonfle ma poitrine, A son esprit, là-haut, je fais monter sa part.

Et toi, lu la reçois, n'est-ce pas, chère ftme? Ces brises, ces parfums ^es pins mélodieux.

Cet horizon qui roule un océan de flamme.

Tu les sens par mon cœur et les vois par mes yeux.

Eh bien! j*irai souvent, pour te faire une offrande, M*imprégner des rayons et des bruits des sommets ; Et prier dans ces bois, dont la paix est si grande, Et qu'il est bon d*aimer, puisque tu les aimais!

POiÊHB

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