‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 64 sur 68 · A LA PROVENCE · texte numérisé non relu

A LA PROVENCE

Tes coteaux yerdoyants sous le myrte et Tacanthe, Pareils aux coteaux grecs en ont reçu les noms ; Et tes rochers de marbre à la cime éclatante Semblent faits pour porter aussi des Parthénons.

Sous ton ciel, qui des mers enflamme retendue, D'Athène à Sunium on croit errer encor; La Muse ionienne est chez toi descendue ; Elle vient m*y parler devant les Iles d'Or.

Elle habite à jamais ton rivage, Provence!

Elle y donne à tes fils, comme aux Grecs leurs aïeux.

Le fleuve du parler et la vive éloquence.

Et Tâme qui s'épanche à flots mélodieux.

Comme Thuile et le vin coulent de tes amphores, Tes chantres, à ton ciel empruntant ses couleurs. Sèment, à pleines mains, les riches métaphores : Leurs faciles chansons naissent comme tes fleurs.

Ton azur plus profond fait leurs ailes plus grandes. Chez toi, sous ton soleil, le long des chênes verts, Dans Tair tout embaumé de sauges, de lavandes, J*ai senti de mon cœur voler mes premiers vers.

J*avais couvé longtemps, sous mon ciel incolore, Mes pensers endormis par la morne saison ; Dans ma terre natale ils germaient sans éclore : Ta lumière a percé leur humide prison.

Depuis qu*à tes rayons j'ai vu s'ouvrir mon âme, La neige et le brouillard n'ont pu la refermer ; Quand mon corps s'aianguit et quand s'éteint ma flamme, A ton foyer connu je viens tout rallumer.

346 LIVBE DÉTACHÉ

Car tu m'as conservé des amitiés sacrées^

De cbastei oasis habités à vingt ans^

Des souvenirs, pareils à tes cimes dorées,

Qui brillent, comme toi, d'un étemel printemps*

Sans y trouver de cœur ou de saison contraire, Dans tes heureux jardins je fais d'amples moissons, De poêle en poète accueilli comme un frère.

J'échange avec tes fils mon cœur et mes chansons*

Tu fis naître pour moi, sur tes plages sereines. Ce frère harmonieux, aux splendides couleurs, Qui sait rendre à tes flots la voix de leurs sirènes^ Et l'accent de Virgile ft tes bruns laboureurs*

Mêlant tous deux notre âmé et nos rôves sans nombre Dans ces chants alternés à la Muse si chers, L'élégant Phocéen parle au druide sombre :

Moi je dis les grands bois, et lui les blondes mers.

Vers ton soleil, ainsi, lorsque je m'oriente,

Quand le morne brouillard étend chez moi son deuiP,

La poésie en fleurs, l'amitié souriante,

Sous ton ciel sans hivers viennent me faire accueil.

En tes fleurs, ô Provence ! en tes fils que j'embrasse, En les mille vaisseaux voguant vers l'avenir, En tes flots, en tes monts dentelés avec grâce, A l'heure des adieux, laisse-moi te bénir.

Chez toi, sur ces sommets qui surplombent la grève, Où le myrte jaillit du rocher qui se fend.

Je veuxjplresser ma tente... au moins j'en fais le rêve. Car j'y devins poète, et presque ton enfant.

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