BÉNÉDICTION SUR LA MONTAGNE
Croit- entendre parler sons la céleste voûte Nos yagues instruments.
Tu retrouvas chez nous le Verbe qui fait vivre
Et que rbomme a banni; Gomme sur nos sommets on respire en ton livre
Un souffle d*infini.
Car c'est la même voix que^ sous nos grandie ombrages^
L*homme écoute en rôvant, Et qui dans les cœurs purs et les âmes des sages
A son écho vivant
Viens! nous serons aimés par ta douce compagne
D*un amour filial; Viens, Dieu môme a dressé sur ta chère montagne
Votre lit nuptial!
Nos bois Tombrageront de paix et d'harmonie.
Restez-nous pour toujours; Nous éterniserons Tallégresse infinie
De vos saintes amours*
Vos cœurs, sur nos sommets, seront ce que nous MM&mes^
Purs, sublimes et doux ; - Car l'esprit du Seigneur, qui se perd ches les hommesi Se conserve chez nous*
Ta race est notre bien; il faut qu'elle renaissoi!
Sous ces bois triomphants, Le soufiQe vigoureux qui forma ta jeunesse
Bercera tes enfants.
Ils croîtront parmi nous libres d'indignes chaînes. De rêves amollis;
Nous voulons leur donner la vigueur de nos chôn^, La candeur de nos lis.
Il faut qu*en les voyant jouer parmi le seigle.
Groupe agile et hardi, Le passant sache bien que dans le nid de Taigle
Leur couvée a grandi;
Et lorsqu'ils'descendront dans Thumaine bataille,
Levant vei's Dieu le front.
Qu'on les juge tes fils à leur voix, à leur taille.
Aux coups qu'ils frapperont.
11 faut des hommes forts pour soutenir encore
Ce peuple qui s'en va.
Pour faire retentir comme un clairon sonore
Le nom de Jéhovah.
Toi, dont la voix annonce aussi haut que la nôtre
Le Dieu que nous chantons.
Lègue ton sang d'athlète et ton verbe d'apôtre
A de fiers rejetons.
Sois donc béni par nous, et qu'elle soit bénie
Cette fleur de l'été Qui viMit sur les hauteurs de ton mâle génie
Fleurir en sa beauté.
Oui , ce sol est joyeux du bonheur de ses maîtres :
Le clocher de granit, La source et les buissons, les blés veils elles hêtreSi
Tout aime et vous bénit 1
Si j*ai conduit, souvent, la Muse loin 'des villes, , Amoureux du désert et des sentiers secrets; Si j*enlaçais, hier, dans mes loisirs tranquilles. L'olivier de Provence au chêne du Forez;
Si j'ai trop écouté l'esprit des solitudes; Si, des sapins neigeux aux myrtes toujours verts. Errant parmi ces bois où j'ai mes habitudes,, J'ai perdu tant de jours et glané tant de vers;
Si Poiseau, tout trempé de brouillard et de suie. Cherche à baigner sa plume en un rayon vermeil ; Si pour verdir encore, après nos mois de pluie. Mes chansons et mes fleurs ont besoin de soleil...
Ne croyez pas, amis, que sfa douce lumière
Soit seule à m'apporter la vie et la chaleur,
Et que ma poésie, en sa sève première.
Soit le fruit du printemps... et non pas de mon cœur!
Je n'ai pas tout reçu de la verte nature,
Des champs et des forOts où je me pkis encor.
De TAlpe au front d'argent, à la noire ceinture.
Des jardins du soleil semés de pommes d'or. ^
Non I je ne dois pas tout, ma pensée et mon rôye, Môme au sol des aïeux où j'ai tant fait moisson, A ces bois où je vais, quand Pautomne s'achève, De la bise et du pâtre écouter la chanson.
J'entends aussi la Muge au pied des toits qui fument. Autour des flots humaine dans la ville endormis, Dans ces murs où, pour moi, chaque hiver se rallument, A défaut du soleil^ tant de foyers amis.
J'y vois la poésie en sa fleur m'apparaître Avec un brin de mousse au front de ce portail, Avec la giroflée à cette humble fenêtre, A cette vitre où luit la lampe du travail*
Je la poursuis, sans cesse, au bord de vos deux fleuves. Je la trouvai3, jadis, sous vos tilleuls en fleurs. La Muse a pris sa part de toutes vos épreuves ; , Dans l'ombre À tous vos deuils elle a donné des pleurs*
Sur les pas de l'aumône, en sa douce visite.
Elle apporte un sourire aux plus sombres quartiers ; Dans vos ardents faubourgs je l'entends qui palpite Avec cent mille cœurs et cent mille métiers.
Souvent, à l'improvîste, au détour d'une rue. Un jour où l'air est plein de brume et de soucis. Une vieille amitié, devant moi reparue.
Fait rayonner sa, flamme en mes yeux éclaircis.
De vivants souvenirs partout m'y font* escorte ; la Muse à ses concerts les invite à jamais :
Je la vois, le matin, sortir de chaque porte Dont j*ai franchi le seuil avec ceux que j'aimais.
Je la découvre, au son des cloches matinales, A la lueur deTaube et des cierges fumants; Partout sur vos coteaux conune dans vos annales, Ses traits m'ont apparu, sévères ou charmants.
Là soupiraient les vers et le cœur de Louise ; Ici venait prier et repose Gerson.
Le vieux temple d'Auguste a doté cette église Des piliers où Bavard pendit son écusson.
C'est là qu'eut son autel et son ardente arèna, Là qu'a fleuri chez vous, pour y grandir encor. Cette éloquence, accent d'une vertu sereine.
Qui vient de nous parler avec ses lèvres d'or.
Sous ce ciel vaporeux habité par la fée Qui dans la paix du rôve endort la passion, L'harmonieux Ballanche avec l'hymne d'Orphée, Du prophétique Hébal chantait la vision.
Là-haut, Rome a laissé des noms et des ruines : Le Christ inexpugnable y garde ses remparts.
La poésie, à flots, de ces saintes collines.
Comme la charité, descend de toutes parts ;
Elle y remonte, avec l'encens de la prière; Elle entoure, à jamais, de rayons et de fleurs. L'autel aérien d'où la divine Mère Se penche nuit et jour sur toutes nos douleurs.
Des martyrs ont gravé, là-haut, votre épopée ;
Et, dans la plaine, au bruit du Etions mugissant, «
Aux lueurs de la bombe, aux reflets de Tépée,
J'ai lu tout un poëme écrit de votre sang.
Là, vers cette chapelle où le deuil nous rassemble, Fiers, léguant aux bourreaux la honte et les remords, Vos pères et les miens, qui reposent ensemble. Vengeaient la liberté par d'héroïques morts.
Ainsi dans votre histoire errant comme rabeillc. Sur vos grands souvenirs heureux s'arrêter.
Le poète y moissonne et remplit sa corbeille... Il y vient pour gémir, il y vient pour chanter.
Là fleurit pour mon cœur l'amitié sans épines; J'y trouve à m'appuyer au chêne, aux arbrisseaux. J'ai poussé dans ce sol mes plus fermes racines; J'y tiens par une tombe et par quatre berceaux. ]
Là, j'ai connu la vie et le Dieu qui l'envoie, J'ai goûté le calice à toute lèvre oifert...
J'y tiens par la douleur, plus forte que la joie, . Et qui fait que l'on aime autant qu'on a souffert.
J'ai pris de vos penseurs, de vos maîtres mystiques. Un idéal austère et caché dans les ci eux ; Vos échos, tout vibrants de la voix des cantiques, Ont fait rendre à mes vers leur son religieux.
Quand la Muse a besoin, pour un jour de parure,
D'air vif et de soleil et de chaude couleur.
Elle demande, ailleurs^ son luxe à la nature,
Mais elle a pris, chez vous, ses vrais biens dans^ le cœur.
Le cœur ! c'est la lumière et la moisson féconde, , C'est la source d'ea|i vive où l'on est rajeuni; Il t'offre, à toi, poêle, un monde, un vaste ihonde... L'uniyers est borné, le cœur est infini.