‹ Psyché: poëmeChapitre 17 sur 52 · LES ÉTOILES · texte numérisé non relu

LES ÉTOILES

Il a posé sur nous ses pieds ambrosiens.

Et souvent nos rayons s'allument dans les siens; Sur l'étber lumineux, il nage d'île en île, Ëtj^sur nos flancs assis, voit flotter ton asile. Tu vantes de nos fronts la tranquille clarté. C'est un pâle reflet de sa sérénité; Car ton époux sacré nous cultive et nous aime. Mais son plus doux attrait, mais son amour suprême. C'est toi, jeune Psyché, toi qu'à travers les pleurs 11 attire vers lui jusqu'aux mondes meilleurs; A toi son être entier, toi l'amante et l'épouse; Chaque étoile de vous, belle reine, est jalouse ! Mais dans l'heureux hymen qui doit fleurir toi:yours. Ah! nous serons au moins le lit de vos amours.

CHOEUR

Sur le seuil nuptial la nature est assise; Elle attend comme toi l'heure encore indécise; Franchissant sur tes pas le suprême degré, Elle possédera... car elle a désiré!

La vie aux premiers jours coulait heureuse et lente; L'air ne dévorait pas la>séve dans la plante; L'Océan reposait paisible comme toi.

Sans poursuivre l'amour chacun l'avait en soi;

Et tout être, enàormi dans sa fraîche ianocance^ De To^piratioa ignorait I^ souffrance.

Les fontaines de miel et les ruisseaux de lait Suffisaient à ce monde où le cœur seul parlait. La terre encore enfant^ de isa sève enivrée.

Des flots de Tinconnu n'était pas altérée; Nul n'y rêvait encore excepté toi. Psyché, Par delà le bonheur un plus grand bien caché. Le désir dans le monde est entré par ton âme; La douleur a germé dans lesilancs de la femme; Tes mains ont dérobé pour nous le feu fatal.

Et depuis ce moment nous ^ufirons de ton mal.

Tu crois que ce beau front qu'au ciel ainsi tu lèves A seul l'ambition et le tourment des rêves; Que tes yeux, 6 Psyché I connaissent seuls les pleurs, Que toi seule as le don des sublimes douleurs!... Tes larmes en tombant se mêlent à bien d'autres. Tes soupirs n'onl-lls pas leur écho dans les nôtres, Et n'échangés-tu pas, en mille accords divers, La tristesse et la joie avec tout l'univers?

D'où viennent l'ennui vague et les plaintes sans causes Qui naissent dans ton sein du seul aspect des choses,' Reine? En tes plus beaux joi;irs la brise a bien des fois Séché des pleurs amers qui coulaient à sa voix; Et nos vieilles forêts ont répété sans nombre Tes longs gémissements éclos sous leur grande ombre. Si ce monde est lui-même insensible, oh! comment A-t-il pu de ton cœur hâter le battement?

Mais l'univers visible est un frère qui t'aime; Il gravite où tu vas, votre source est la même; Ta voix l'a réveillé de son sommeil ancien.

Par ton propre désir il a connu le sien;

De toi lui vient le mal, mais aussi la lumière. Toi par qui nous souffrons^ c'est par toi qu'il espère; Ce qu'a fait ton orgueil^ ton amour le guérit^ Et c'est pour ta beauté que l'époux nous sourit.

Les grands lions^ ainsi^ la forêt solennelle^ Et le sage Océan rêvant d'un dieu, comme elle^ Et les astres disaient : L'êlre n'est que désir !

Mais la reine à leur chant répond par un soupir; En elle avec l'espoir l'impatience augmente; Elle accuse l'époux, et prie, et se lamente.

PSTCHÉ.

Viens, c'est le jour; plus tard, tû m'auras vu mourir. Verse en moi ton haleine, ou mon sang va tarir ; Viens arracher mon âme à sa prison brûlante.

Oh! pour un fiancé que ta venue est lente!

Ce trône, ce pouvoir, ces trésors tant prisés. Toute la terre, enfin, pour un de tes baisers ! Qu'y ferais-je sans loi d'une vie inféconde?

C'était pour te chercher que j*ai conquis ce monde. J'y manque d'air, ô dieu! viens et délivre-moi; Viens, amour, il me faut ou le néant ou toi !

Elle dit, et son front vaincs par la pensée S'incline, et se revêt d'une pâleur glacée.

Son corps, de ses désirs trop fragile instrument, S'a£(àisse sous son poids, privé de sentiment; Et telle on voit d'albâtre une frêle statue Dans les épais gazons par l'orage abattue.

Ou tel un cygne atteint d'une flèche en son vol. Telle, à travers les fleurs, elle gît sur le sol.

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