‹ Psyché: poëmeChapitre 31 sur 52 · SUNIUM · texte numérisé non relu

SUNIUM

Sagesse des vieux jours, vierge mélodieuse.

Muse vêtue encor de la pourpre du ciel.

Manne que distillait une bouche pieuse.

Science des enfants faite d'ambre et de miel !

La lumière et l'amour ruisselaient, ô déesse, ' Sur ta chaste poitrine en un même ruisseau, Et rhomme, entre tes bras, buvait avec ivresse Le breuvage du vr&i dans la coupe du beau»

Nul livre n'abaissait ta main droite étendue; Le passée dans tes chants, racontait l'avenir^ Et^ de réternité naguère descendue^ Tu n'avais pour parler qu'à te ressouvenir.

vérité ! ton âme habitait dans la lyre^ L'esprit avec le son y chantait à la fois ; Mais de ses flancs brisés où rh(Mnme voulait lire^ 11 a fait envoler la pensée et la voix.

Sainte inspiration^ la terre t'a bannie!

La science à pas lourds y creuse ses sillons; Le sage n'entend plus murmurer un génie; Dieu voile sa splendeur aux yeux des nations.

Mais^ ô divin Platon^ fils des vieux sanctuaires^ Lorsqu'au fond de l'éther vous sommeilliez encor, La muse vous nourrit des saints électuaires^ Et toucha votre bouche avec ses lèvres d'or.

Elle vous fit ainsi poète entre les sages; Tous les autres parlaient^ et vous avez chanté ; La myrrhe au sein de l'or se garde après des ftges : Tous vos enseignements vivront dans la beauté.

Je vous vois, ô vieillard, assis sous les portiques, Et marchant lentement sous les platanes verts. Et sur un lit d'ivoire en ces festins antiques Où coulaient à la fois le nectar et les vers.

Là, couronné de fleurs, ô hiérophante, ô prêtre ! Vous découvriez le seuil d'un monde radieux;

Vos amis se pressaient^ beaux comme leur beau maître^ Et lem-s rçgards suivaient le chemin de vos yeux.

Ainsi qu'iin vin bénit que l'on boit à la ronde^ Vous répandiez sur eux un discours embaumé^ En flattant sous vos doigts la chevelure blonde D'un jeune Athénien immobile et charmé.

Après venait uu chœur de femmes d'ionie;

La flûte cadençait leurs pas mélodieux;

Puis, ô Grecs 1 enivrés d'amour et d'harmonie.

Vous chantiez sur la lyre un hymne pour les dieux.

Sunium ! Suniura I ô sacré promontoire Que la mer de Myrto baigne amoureusement.

Ta cime a vu trôner le sage dans sa gloire !

11 a mêlé sa voix à ton gémissement!

Il venait là s'asseoir sur la roche dorée.

Le poète! il parlait avec un front riant; Parfois, comme pour lire une page inspirée, 11 s'arrêtait, les yeux plongés dans TOrient.

Ses disciples, drapés de leurs manteaux de laine, Dans les myrtes en fleurs se groupant au hasard. Recevaient en leurs cœurs, muets et sans haleine. Le baume qui coulait des lèvres du vieillard.

Sunium ! Sunium ! as-tu fait à sa place Fleurir un laurier-rose ou quelque arbre inconnu? As-tu plus de parfums pour la brise qui passe? Tes échos chantent-ils depuis qu'il est venu?

Page 1