LA FOI MORALE
Sommes-nous libres ? alors que nous croyons Vêtre, nous subissons les influences inconscientes de rhérédité, de Véducation, du milieu. Mais si je ne sais pas au juste quand et à quel degré je suis libre, je sais que je dois faire comme si je Vêtais.
Avons-nous une âme spirituelle? La pensée paraît dépendre de conditions cérébrales, organiques, cosmiques, au moins autant que tenir sous sa dépendance l'organisme et la nature. Mais il nous suffît de savoir que nous devons agir comme si la pensée était triomphante.
Notre conscience individuelle subsiste-t-elle après la mort? cest un problème, mais nous nous sentons obligés et capables de travailler à des œuvres séculaires, à des fins infinies — d*agir comme si nous étions immortels.
Dieu existe-t-il ? est-il une providence ? est-il la loi impersonnelle, le lieu géométrique des vérités ? ces questions sont ardues. Mais nous devons nous attacher à la beauté, à la vérité, à la justice, faire comme si Dieu existait.
Être juste, bon, sincère cest affirmer avec autant de certitude que le réel, le droit de Fidéal qui transforme le réel, le devoir pour les consciences de réaliser l*idéal. Uhonnête homme résoud pratiquement les problèmes philosophiques ou religieux qui nont pas de solution spéculative simple.
Ràuh. ao
3o6 l'indépendance de l'ame
Nous avons dans le chapitre précédent supposé la volonté capable de liberté, c'est-à-dire capable d'agir par ellemême. Il nous a semblé qu'elle était parfois limitée ou au contraire aidée par la nature, l'esprit, mais qu'elle était aussi maîtresse d'elle-même ; et c'est pourquoi nous avons attribué certaines de ses imperfections à ses défaillances. C'est ce que semble en effet attester la conscience. Je crois invinciblement à ma liberté. J'ai le sentiment de ma liberté. Mais le témoignage de la conscience n'est peut-être pas une preuve suffisante. Le somnambule aussi a conscience de la liberté, et il n'est pas libre. Le sujet qui a reçu une suggestion à échéance pendant le sommeil hypnotique l'accomplit éveillé, en pleine conscience. Il a l'illusion de l'accomplir librement. Il réfléchit sa conduite, ignorant qu'elle lui est dictée d'avance. Gomme il ne se souvient point de ce qui s'est passé pendant son sommeil, il ne peut pas savoir que cette idée d'un acte à accomplir, qu'il trouve dans son esprit, lui vient d'un autre que de lui. Il la croit sienne, il la prend pour le résultat d'une délibération antérieure. A cause de sa netteté, il n'éprouve pas le besoin de la remettre en question, et dès que l'heure sonne, il s'empresse de donner satisfaction à cette injonction. A peine prend-il la peine de la rattacher mentalement tant bien que mal au reste de sa conduite.
Alors que nous croyons être libres, n'agissons-nous pas de même sous la suggestion de l'hérédité et de l'éducation ?
Mais on peut retourner l'objection : alors que nous nous croyons déterminés, ne sommes-nous pas quelquefois libres et responsables ? Une affirmation invincible est pour l'homme unie affirmation vraie. Si en certains cas nous affirmons invinciblement la détermination, la contrainte de la pensée, nous affirmons non moins invinciblement en d'autres cas la liberté de notre affirmation. Pourquoi accepter comme légitime dans un cas, et rejeter comme illégitime dans l'autre le même signe de vérité ?~
Il est vrai que l'observateur extérieur peut découvrir des