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humilié, le cours des choses n'en serait pas changé. Il apprendrait à ne plus confondre la force avec la roideur : le télu, l'opiniâtre, le brutal est le plus souvent un caractère faible, non moins que l'irrésolu et le timoré, quoique d'une manière différente. Une volonté orgueilleuse brise tout sur son passage, pour aller droit son chemin ; au contraire une volonté vraiment ferme sait au besoin composer avec les choses, se contenter de demi-mesures, atténuer, attendre. La roideur est signe de faiblesse ; la vraie force est souple et patiente ; la vraie grandeur n'est pas haussée sur des échasses.
En résumé, ce qui manque le plus au vaniteux c'est la plupart du temps un mérite vrai. Ce qui manque le plus à l'orgueilleux c'est de reconnaître qu'il y a des choses tellement respectables qu'il convient, le cas échéant, de les faire passer avant tout le reste, dût notre propre mérite, même véritable, voir par là quelques-uns de ses droits méconnus.
La coquetterie est un sentiment complexe où il entre beaucoup d'orgueil, — d'un certain orgueil, — et aussi de vanité.
La coquetterie n'est pas le partage exclusif des femmes ; chez l'homme, elle s'appelle fatuité. Chaque époque a son type de fat. Alcibiade portait une tunique flottante et traînait les pieds en marchant ; il donnait le ton à la jeunesse dorée d'Athènes au v* siècle avant Jésus-Christ. Néron avait des gestes d'acteur et parlait d'une voix chantante ; il était entouré d'une cour d'imitateurs. Les Petits-Maîtres du xv!!** siècle, marquis écervelés, ont été dépeints par Molière et par La Bruyère (chap. de la Mode^. Le Directoire a eu ses Muscadins et ses Incroyables. Quant au fat romantique, il se contentait d'avoir la bouche amère et le sourcil fatal. Mais la fatuité est, somme toute, une déviation ; on appelle les fats des efféminés, car c'est une inclination féminine que la coquetterie. Il y a chez l'homme une inclina-
tion proprement virile qui correspond normalement à la coquetterie féminine : c*est Tinstinct belliqueux, agressif.
Il ne faut pas confondre la coquetterie, inclination perverse, avec le goût légitime de la parure, et il importe d'apercevoir clairement où finit Tun et où commence l'autre. Une élégante est celle qui, par bon goût, ou par un souci d'art auquel elle donne pour objet sa propre personne, rehausse sa grâce naturelle par un arrangement harmonieux et discret de sa toilette, de son geste, de sa voix, du cadre qui l'environne. Une coquette est celle qui ment par -sa toilette, ment par son geste, ment par le ton de sa voix, ment par le cadre qu'elle se compose, dans une intention plus ou moins avouée de séduction. La première est une artiste, la seconde une artificieuse.
Considérons tour à tour V élégance et les diverses espèces de la recherche.
Il nous arrive d'être choqués du rapprochement de deux objets qui, pris isolément, nous satisfont, ou de ressentir un malaise en présence d'un ensemble incomplet qui nous parait réclamer encore quelque chose. Le discernement des choses qui répugnent entre elles ou qui se conviennent» c'est là ce que l'on appelle le sens artistique, le goût. Il est on ne peut plus légitime de retoucher avec discernement les détails qui nous choquent dans les objets qui nous entourent, et même dans la physionomie, la voix, le geste que la nature et l'habitude nous a départis. Pour peu que nous soyons sensibles à l'harmonieux et au discordant, c'est sur notre milieu immédiat et sur nous-mêmes que nous portons l'examen et la retouche. Tant que nous n'obéissons en cela qu'à un sentiment personnel et sincère, il n'est pas à craindre que nous tombions dans quelque excès, car le goût est fait avant tout de délicatesse, de tact, de mesure.
L'élégance, ainsi comprise, n'est pas seulement légitime» elle donne du prix et presque du mérite aux avantages naturels, petits ou grands, dont nul n'est absolument privé.
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Un art discret et sincère nous fait collaborer avec la nature ; et ce qui n'était auparavant qu'un don arbitraire et immérité devient notre œuvre et notre légitime possession. L'absence de beauté passe inaperçue grâce à une distinction appropriée, dont le secret est une extrême sobriété de parure: pour peu qu'à la distinction se joigne de la bonté, l'absence de beauté n'exclut pas le charme, plus puissant que la beauté. De son côté, la beauté est loin d'être chose méprisable, la beauté est une véritable force. Mais elle a besoin de l'élégance : grâce à l'élégance, une personne belle a quelque mérite à être belle. Les traits, le dessin, la structure ne sont qu'une moitié de la beauté ; la grâce des mouvements, des démarches, des attitudes en est l'autre moitié. Or c'est un art délicat que de sentir la convenance et la disconvenance de ses propres mouvements et attitudes, et de les choisir avec discrétion. En ce sens il faut savoir être belle, il faut du goût même pour être belle.
Le danger est que le souci de l'élégance n'en vienne à supplanter toute autre préoccupation. Trop de jeunes filles n'aspirent qu'à devenir de jolies poupées ; elles cherchent non pas à cultiver leur esprit, mais à l'orner. Elles se prêtent aux études classiques parce qu'il est bien porté d'avoir ses brevets ; ce qu'elles demandent à leurs professeurs, c'est de leur fournir une suffisante pacotille intellectuelle et artistique. Quant à des préoccupations morales, sociales, scientifiques véritables, elles rougiraient presque d'en avoir. Elles ne méritent pas dès lors qu'on les traite autrement que comme de jolis bibelots. C'est le conseil que donne Epictète: « Les femmes, dès quatorze ans, sont traitées en reines par les hommes, et se mettent à faire les belles. Elles méritent donc qu'on leur fasse sentir qu'on les estime parce qu'elles sont décoratives et chastes, et pas plus K » . Il n'est obligatoire pour personne d'avoir du goût. Néanmoins, il y a un goût à la portée de chacun : il consiste à