L IMAGINATION
qu'une biographie, le portrait psychologique d'un personnage réel? Pourtant, même ici, il y a une part à l'imagination. Les détails donnés par les documents sont confus, il s'agit de les choisir et de les grouper, de faire gesticuler le personnage de manière à dessiner une âme. Un représentant du réalisme, Zola*, a dit que l'art c'est la nature vue à travers un tempérament, c'est-à-dire transfigurée, adaptée à la manière d'être individuelle d'un esprit. Et Flaubert, un des maîtres du* réalisme contemporain, appelait l'art « une transposition en vue d'une illusion à décrire ».
Quelle différence sépare dès lors l'art réaliste et l'art idéaliste ? Quelle est cette transfiguration plus complète qui s'appelle l'idéalisme ?
L'impression que veut nous donner l'idéaliste est une impression d'envolée. Il nous invite à oublier la réalité quotidienne, afin de nous en bâtir une autre.
Pourtant l'idéaliste ne veut pas perdre complètement pied. Si l'homme ne peut se déprendre de l'idéal même quand il veut imiter la nature, inversement il ne peut se déprendre de la vie, même dans un monde idéal ; le monde idéal doit être un prolongement du monde réel. L'artiste idéaliste veut reproduire le monde réel mais dépouillé des traits qui nous affligent ou des mélanges par lesquels une image s'imprègne confusément de mille autres. Il s'agit de nous montrer un sentiment (bon ou mauvais) dans sa pureté. Le savant fait des abstractions, essaie de déterminer les propriétés du gaz parfait, du liquide en soi : de même l'artiste idéaliste vous donne l'impression de ce que serait tel sentiment, telle image si elle était livrée à elle-même. Les personnages de Corneille et de Racine nous apparaissent comme des personnages légendaires, lointains, dressés dans un milieu à part, en dehors de la vie réelle, et en dehors du temps, abstraits en quelque sorte : ils sont telle vertu, tel vice, telle passion.