LA PHYSIONOMIE MODERNE
Quand on parle de la physionomie d’un homme ou d’une femme, on ne pense le plus souvent qu’à l’air de son visage, à l’effet produit par l’ensemble de son masque, par les détails réunis des yeux, du front, du nez, des lèvres; mais il y a là un sens restreint et une compréhension imparfaite de ce terme, car ce qu’ex-
prime notre visage n’est qu’une partie de notre expression générale. Chacune de nos poses, chacun de nos mouvements est aussi un aspect représentatif de nous-mêmes, contribuant à notre physionomie du moment; et si, pour connaître la réalité intime de quelqu’un, nous avons raison d’examiner ses yeux et sa bouche, comme ses instruments d’expression les plus fins, les plus mobiles et les plus nuançants, nous avons tort de ne pas interroger toute sa tenue, tous ses mouvements de corps qui, pour être plus généraux et moins proches de la pensée, n’en sont que moins surveillés et plus involontaires, et qui deviendraient vite faciles à comprendre à qui prendrait l’habitude de les remarquer. La physionomie est donc l’ensemble des impressions que nous donne la vue d’une personne ou, pour parler objectivement, l’ensemble de ses expressions physiques : (die est sa formule extérieure, faite de son regard, de son sourire, de son port, de sa démarche, de son geste. C’est cette apparence de notre personnalité contemporaine que rendent M. Carolus- Duran cl M. Falguière, l’un en surprenant des femmes de son temps dans la vérité de leur attitude, l’autre en donnant auk formes humaines nées de son imagination la vie d’aujourd’hui; et celui-ci qui modèle des figures nues, comme celui-là qui peint des femmes