M. F ALGU 1ÈRE ET M. CAROLE S- 1) ER AN
habillées (car dans l'œuvre d’art le mouvement doit se voir sous le costume puisqu’il s’y voit dans la nature), représentent l’un et l’autre la physionomie moderne.
Elle est ainsi constituée par les mouvements que produit en s’animant notre forme. Mais, tandis que celle-ci ne varie guère, le geste humain subit une perpétuelle modification, parce que l’homme incessamment changeant en est l’auteur, alors que la nature presque immuable pour nos yeux est celui de la forme humaine. La nature en effet, pour une même race, dans un même climat, garde un type dans l’indéfinie diversité des individus, et entre une jeune femme de notre temps et une jeune femme du xve siècle il n’y a que la dissemblance des mouvements. Il faut noter du reste que chacun d’eux peut donner des milliers de lignes qui représentent des milliers de différences, et qu’il n’y a — pour toute recherche d’art — qu’une ligne parmi toutes les autres qui en exprime la vérité particulière : c’est ce que sentent les sculpteurs et les peintres quand ils « cherchent le mouvement » qui traduise leur idée, qui réponde à la préoccupation actuelle de leur intelligence. 11 se trouve dès lors que chacun a en soi une personnalité propre, et celui que le sculpteur grec donne à la Vénus de Milo doit rester mystérieux éternellement.
Dans l’art comme dans la vie, la forme, si elle est belle, ne variera que par des détails qui ne toucheront pas à son type, alors que le mouvement sans cesse changera; et *F artiste qui aura saisi sa réalité toujours égale n’aura fait encore qu’une œuvre d’exécution; pour faire une œuvre d’art et lui donner la vie qui anime, il devra surpendre la beauté vivante du geste.
Il n’y a d’autre cause que la différence de nos idées à la différence de nos mouvements, qui sont la résultante d’une suite de manières d’être, conscientes ou non, sensibles ou non; el comme les manières d’être ont pour mobiles les idées, quand celles-ci se renouvellent, le mouvement doit se renouveler avec elles. Ainsi, en conformité à cette loi qu’il se modifie en proportion directe de la modification des idées, on observera qu’il varie surtout dans le monde aristocratique, tandis que chez le peuplé il ne change guère, comme les idées mêmes, que sous certaines poussées sociales et par sauts brusques : étant une extériorisation de nous-mêmes, il se transforme par la transformation de notre moi. On peut cependant trouver que le costume est une cause accessoire de ses variations; mais on doit noter qu il en est d’abord un effet, car tout mouvement devant avoir le costume <|iii lui convient, tout changement dans celui-ci