‹ Psychologie d'artChapitre 22 sur 43 · LE GOUT CONTEMPORAIN · texte numérisé non relu

LE GOUT CONTEMPORAIN

M. Carolus-Duran, que son amour du faste devait entraîner aux éclatantes richesses de la couleur, est le

peintre de la magnificence! et le maître du goût contemporain.

Le goût, qui de toutes les perfections humaines est celle que chacun de nous se refuse le moins volontiers et qu’il pense posséder au plus haut point, a besoin pour être moins complaisamment imaginé d’être défini avec précision. Entendu dans sa signification propre, il est un sens physique qui nous fait connaître la qualité des aliments, distinguer entre eux les bons des mauvais; entre tous les autres, il est celui qui apprécie le plus, ayant là même son exclusive raison d’être : aussi dans le langage a-t-on transposé son nom des choses qui se consomment à celles qui se voient quand on a voulu déterminer la puissance de jugement que possèdent les yeux. Car la vue, prise absolument, n’est que la perception matérielle de la couleur et de la forme des choses extérieures, que nous pouvons voir sans les évaluer et même sans en éprouver ni plaisir ni déplaisir; mais les yeux, avec la faculté de percevoir les objets, le plus souvent ont aussi celle de saisir du même coup leur qualité, de les juger instinctivement ; c’est alors le sens esthétique de la vue qui apprécie à côté de l’intelligence qui raisonne, — qui agit avant le jugement et va plus loin que le jugement même. — Mais il convient, en précisant encore* de savoir

Page 1