Caléchisnie posilivisle, 3« édition, p
i34 DEUX MIÎSSIES POSITIVISTES
Mais s'il prône ici celte unité idéale de perfection, ce n'est pas uniquement parce qu'il y voit la condition de l'unité sociale. L'unité, en dehors des avantages incontestables qu'elle présente pour la prospérité d'une société, doit nous plaire par elle-même, simplement parce qu'elle est l'unité. La preuve, c'est que. dans ce même catéchisme, le prêtre consentira à discuter la question de savoir si nous ne pourrions pas constituer dans notre vie une unité égoïste, indépendante de l'unité sociale. Il compare impartialement « les deux modes opposés que semble naturellement comporter l'unité morale, suivant que sa base intérieure serait égoïste ou altruiste » et il montre que l'unité égoïste est impossible, môme dans l'existence solitaire, parce que les différents instincts égoïstes se combattent toujours chez un même individu ; l'altruisme est seul capable de faire l'unité personnelle comme il fait l'unité sociale, en subordonnant tous nos penchants à l'altruisme et l'individu à l'humanité.
11 y a ainsi chez Auguste Comte un double besoin théorique et pratique d'unité ; alors même que ses théories sociales n'eussent pas comporté la systématisation complète des égoïsmes, il aurait toujours considéré la synthèse parfaite comme la perfection, et l'unité comme un idéal.
On a peine à se figurer jusqu'à quel point il pousse, dans sa conception du régime positiviste, le souci de la réglementation et l'amour de cette unité; mais si l'on en veut un exemple type, décisif par son absurdité même, on n'a qu'à se reporter à sa théorie des nombres que Stuait Mill traitait sans façon, et avec combien de jutesse, de a pitoyable niaiserie ' ».
Dans le dessein, toujours le môme, de mater les caprices et les instincts individuels, Comte imagina d'introduire dans tous les actes de la vie, les plus futiles comme les plus graves, des règles numériques qui exerceraient sur notre Ame une
i. Sluart Mill. n;/. cit., tW.
l'SYCHOLOGIK D'AUGl'STK COMTK l'Ii .
discipline constante : « Une impulsion religieuse, disait-il. doit sagement employer les nombres, pour éviter dans tous les modes de notre existence, un arbitraire constamment favorable à régoïsme', » 11 se mit donc à tout norabrer avec une minutie puérile, depuis la durée des prières et les prières elles-mêmes jusqu'aux chants qu'il permettait aux poèmes futurs.
Mais dans cette organisation aussi étroite qu'artificielle, qu'est-ce qui doit guider notre choix des nombres? Pourquoi trois prières plutôt que deux, pourquoi treize chants j)lulôt que douze? — Comte répond à ces questions par sa théorie des propriétés religieuses et philosophiques des nombres, exposée dans le cours de Potitique posifice et reprise longuement dans la St//ifhrse subjective.
il admet d'abord trois nombres sacrés, les trois premiers, « parmi lesquels un représente toute systématisation, deux distingue toujours la combinaison, et trois définit partout la progression- ». 11 y ajoute ensuite les nombres premiers parce qu'ils sont des « racines universelles », des quantités irréductibles, et ce caractère lui paraît suffisant pour expliquer " la prédilection spontanée qu'ils inspirent partout ». Ce sont les plus comparables aux nombres sacrés, dont ils dérivent par addition, et « qui constituent les meilleurs types de l'irréductibilité ' ».
Si les nombres premiers sont particulièrement précieux, à plus forte raison le seront ceux d'entre eux dont le rang est premier dans la série dos nombres premiers : Comte les appelle doublement premiers ; il donne le nom de triplement premiers et une dignité supérieure encore à ceux dont le rang est doublement premier.
Sept et treize lui paraissent prépondérants, « comme étant les plus petits des nombres doublement et triplement pre-