‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 138 sur 171 · Synthèse suhjrcUve · texte numérisé non relu

Synthèse suhjrcUve

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monlré ; mais pourquoi ce respect absolu du nombre premier, de la racine universelle, de l'irréductible?

11 faut, pour le comprendre, en revenir à la conception positive de la science.

Déjà, dans le Cot/rs t/r p/ii/osophie jfositire, Comle avait tenté de constituer chaque science sur un certain nombre de faits primordiaux, la biologie sur la sensibilité et la motricité, la sociologie sur « l'action des individus les uns sur les autres », et condamné, comme chimérique et funeste, toute tentative de réduction de la sociologie à la biologie ou do la biologie à la chimie.

L'esprit humain lui paraissait trop faible et l'univers trop compliqué pour que les explications monisles pussent aboutir ; il les jugeait inutiles et même dangereuses pour l'indépendance intime des sciences complexes subordonnées, mais non réductibles, aux sciences simples.

A ce besoin logique d'irréductible vint se joindre un besoin social lorsque le système utilitaire fut déGnitivement constitué. Comie se fit un devoir social de prévenir les spéculations inutiles, de fixer des limites précises à l'esprit de recherche pure, source d'orgueil et de révolte ; il le parqua, il le comprima, en indiquant, dans les ordres les plus différents de connaissance, lo but social à viser et la direction à suivre.

Les nombres premiers, racines universelles, lui inspirèrent la prédilection étrange que nous connaissons, parce qu'ils sont premiers et que chacun d'eux constitue un lait arithmétique primitif. « L'esprit félichique, dit-il, avait déjà senti le privilège normal des nombres premiers pour circonscrire mieux que les autres nos divagations spéculatives, en posant des limites naturelles à la décomposition. Celte ébauche de la discipline mentale fut de plus en plus négligée pendant tout le cours de la préparation accomplie sous le théologisme et l'ontologisme, quoique les principaux penseurs, et surtout les poètes, l'aient toujours respectée et môme appli-

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quée, mais confusément. Il appartenait au positivisme de la compléter et de la systématiser, afin de mieux régler le plus perturbateur des éléments humains, en lui posant un frein émané de ses aspirations harmoniques '. »

C'est donc pour des raisons sociales de soumission volontaire, d'unification, que Comie nombre tous les actes de la vie et tous les modes de l'exislence, et c'est encore pour des raisons sociales qu'il choisit, parmi tous les nombres, les nombres premiers, véritables limites de la spéculation oiseuse et révoltée.

Il n'est pas jusqu'à la science elle-même à qui Comte n'ait voulu imposer une unification aibilraire par la Ihéorie si peu scientifique de l'hypothèse à laquelle il a fini logiquement par arriver.

C'est un fait général que les hommes épris d'organisation sociale et de politique n'ont pas pour la vérité le culte absolu et simple que pratiquent spontanément les hommes de science pure. La vérité scientifique est en effet anarchique par essence ; elle se soucie peu des constructions sociales pour lesquelles on l'exploite; elle est contre elles ou pour elles en vertu d'un logique propre oîi la politique humaine n'a rien à voir.

Bien mieux, elle n'est pas stable ; elle peut changer demain, elle n'offre qu'une assise incertaine aux systèmes sociaux; elle risque de trahir ceux-là mômes des politiques qui voudraient être avec elle.

Comte a senti de bonne heure ce danger de la vérité et, plus politique que savant, il a fini par prendre avec elle toutes les libertés qu'exigeait la cohérence de son système social.

Tout d'abord il l'a fixée, avec une admirable méthode,

i. Sijnllirsr .iiihjcctive, 111.

J'SYCIlOLOGiE D'AUGl STK COMTK Jj'.t

mais arLificiellement cependant puisqu'il a voulu soustraire à l'esprit de discussion les connaissances que, pour des raisons théoriques et pratiques, il jugeait acquises à l'humanité.

Puis, quand il ne l'a pu connaître, il s'est largement donné le droit de l'inventer sans s'imposer ces règles d'étroite logique qui auraient pu le limiter ou le diriger dans ses hypothèses.

Déjà dans le Cours de Phi'.oso/j/iie pusilivc, il réclamait la liberté d'adopter « sans aucun vain scrupule » les conceptions hypothétiques, « aCn de satisfaire entre les limites convenables nos justes inclinations mentales toujours dirigées avec une prédilection instinctive vers la simplicité, la conlinuiié et la généralité des conceptions, tout en respectant constamment la réalité des lois extérieures en tant qu'elle nous est accessible^ ». C'est la déTense de l'hypothèse purement symbolique qui tend à représenter commodément la réalité plutôt qu'à l'expliquer, hypothèse dont la légitimité n'est pas contestée par les savants à condition qu'on s'entende bien sur sa valeur ; mais Comte va plus loin : aux inclinations mentales, aux exigences logiques de la pensée, il îijoule nos instincts purement personnels de sentiment et de goût. Alors môme que notre intelligence est satisfaite, il y a partout encore « une notable indétermination dont il conviendra de gratifier directement nos besoins d'idéalité, en embellissant nos pensées scientifiques sans nuire aucunement à leur réalité essentielle - ».

Voilà donc l'esprit humain libre de parachever, non seulement pour les besoins de la logique mais pour les besoins de l'esthétique, ce que les théories strictement scienlifi()ues ont d'incomplet, et c'est en 1842, au moment où il écrit la partie scientifique de son œuvre, qu'Auguste Comte s'accorde cette liberté. Ce fut bien mieux ou bien pis, comme on vou-

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