Phil. pos., VI, p
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dra, quand il composa sa Po/ttif/t/e positive ; il admit que les hypothèses peuvent être légilinàées par leur utilité logique, esthétique et même morale. « Enfin, dit-il, nous devons aussi perfectionner leur caractère moral comme pour vant influer beaucoup sur les réactions affectives qui se lient à tout exercice intellectuel. Tel est le triple complément scientifique, esthétique et sympathique qu'exige le principe fondamental tic la saine logique sur la construction des hypothèses quelconques, conçues d'abord objectivement puis subjectivement ^ » De pareilles dispositions s'expliquent d'elles-mêmes chez un homme qui ne chercha jamais le critérium logique de la preuve et qui ne fut jamais tenté de poser à la raison humaine la question préalable. Comte l'accepta toujours telle que, en acte, dans les sciences créées par elle ; il l'étudia dans ces projections sociales et humaines qui sont la physique, la chimie, la biologie, mais pas en elle-même ; il ne se demanda pas à quel signe elle se sait vraie.
Comte fut ainsi porté à prendre des libertés de plus en plus grandes envers les hypothèses: il crut pouvoir, suivant les exigences du système, les subordonner à l'esthé* tique et finalement à la sociologie ; il arriva ainsi, pour dés raisons d'unité doctrinale, à la conception d'une vérité plus utile que vraie dont il abusa.
Nous l'avons vu, sous une forme symbolique il est vrai et pour des considérations d'utilité sociale, créer des anges et des dieux : il n'hésita pas davantage à forger, dans l'ordre scientifique, les hypothèses dont il eut besoin et il finit par les présenter sans réserves comme des vérités.
Dès qu'il avait conçu sa sociologie, il avait senti le besoin d'avoir une théorie cérébrale qui lui permit d'unir la science des individus à celle des sociétés et de présenter le développement social de l'espèce humaine comme corrélatif du
1 rnl. ii„s.. III. «.(7.
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développement des facultés supérieures du cerveau humain. La théorie de Gall ne lui suffisant pas, il la refît a priori en vertu de principes très contestables qu'il considéra comme des axiomes; «j'y subordonne logiquement, disait-il, l'analomie à la physiologie, en concevant toujours la déterminalion des organes cérébraux comme le complément et môme le résultat de l'étude des fonctions mentales et morales*. » Or l'élude des fonctions mentales ne pouvant mieux se faire, d'après Comte, que dans l'ordre social où ces fonctions se projettent, c'est la sociologie qu'il chargea de les dénombrer. Pour les localiser il dut encore admettre le principe qu'à chacune de ces fonctions correspondait un organe et que les fonctions qui réagissent les unes sur les autres doivent avoir leurs organes adjacents. C'était déjà bien contestable, et comme dans l'énumération des dix-huit fonctions qu'il trouve, il s'inspire de ses idées préconçues sur la subordination de la pensée à l'action, et de l'action à l'affection, on j sut se faire une idée du caractère systématique et arbitraire de son tableau cérébral.
Tout cela ne serait rien cependant, si après avoir formulé à titre de simple hypothèse une théorie de ce genre, Comte la considérait toujours comme telle ; mais il passe avec une facilité extrême de la supposition à l'affirmation et conclut en ces termes : « Il appartient maintenant aux anatomistes qui sauront renoncer systématiquement à leurs dissections arbitraires, de compléter a posteriori mes solutions et mes preuves, en réaUsant la séparation des dix-huit éléments que je viens d'établir a priori dans l'appareil cérébral. L'existence de ces organes me parait aussi démontrée déjà que le I comporte la seule méthode propre à constituer une nouvelle doctrine. Je ne crains pas que les travaux ultérieurs changent gravement aucune de ces déterminations des sites cérébraux "... »
\.Vol. pos., I. G71. 2. Pul. pos., I. 7:!0.
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A la vérité, il déclare encore que « la plénitude de la démonstration ne peut jamais résulter que d'un suffisant concours entre la méthode objective (l'expérimentation) et la méthode subjective », mais après ce qui précède, cette déclaration reste purement platonique, et c'est en réalité une vériGcation servile bien plus qu'un concours qu'il attend de Texpérience.
II ajoute d'ailleurs quelques lignes plus bas, comme pour atténuer l'effet de sa déclaration. « 11 ne faut pas attacher une importance exagérée à ce complément anatomique : quoique la structure du foie soit maintenant connue avec une minutieuse exactitude, sa fonction végétative n'est guère moins obscure qu'auparavant. L'élude totale du cerveau est au fond plus avancée déjà, malgré l'extrême imperfection de son anatomie spéciale '. »
Ce n'est pas tout ; dans ses ouvrages postérieurs il oublia complètement que la méthode objective n'avait pas encore vérifié sa thèse; il en parla comme d'une théorie établie; il bûtit dessus, sans môme penser aux vagues réserves qu'il avait faites.
Nous nous sommes éloignés de la méthode positive sous l'influence des tendances que nous connaissons : pour obtenir la cohérence systématique, Comte, fidèle à sa conception de l'hypothèse, n'a pas hésité à construire a priori une théorie cérébrale conforme aux exigences ou aux principes de sa sociologie, et il a schématisé à loisir, fait la géographie du cerveau qu'il ignorait, en dédaignant « les dissections arbitraires ». Il a ainsi uni la biologie individuelle à la biologie sociale, comblé le vide que son Coias de Philosophie p(tsitit)e avait laissé ouvert entre les deux sciences et donné comme une base objective à ses théories sur la subordination de la pensée et de l'aclivilô au cœur ; sa logique, coniine sa philosophie sociale y Irouvant leur compte, il n'a pas hésité à construire à côté du réel.
j. Pol. poH., I, 7:jo.
PSYCllOLOGlt: DAL'GUSTl-: COMTK iVi
Puis, la confiance en soi s'unissant à l'esprit de système, il n'a pas douté de la certitude de ses hypothèses, il en a parlé comme de vérités incontestables, il s'en est servi comme de vérités démontrées, et c'est avec une suffisance étrange qu'il a laissé aux anatomistes le soin « de compléter ses solutions ».
D'une part, dit à ce propos Stuart Mill, il était « devenu presque indifférent à la preuve pourvu qu'il obtint la cohérence théorique, et d'autre part il avait fini par croire, avec une assurance pleine de sérénité, que les conjectures mêmes qu'il enfantait ne pouvaient manquer de se trouver vraies finalement '. »
Ajoutons qu'une cause moins philosophique que les précédentes, mais tout aussi puissante, favorisa de bonne heure les tendances déjà trop systématiques de cette pensée, la manie de tout régler et l'orgueil de tout prévoir; je veux parler de l'hygiène cérébrale que Comte s'imposa, à partir de 1838.
Stuart Mill attache, avec raison, beaucoup d'importance à ce régime qui lui parait expliquer bien des erreurs et des bizarreries : « Par goût et par raison, lui écrivait Comte, je vis extrêmement isolé du monde vulgaire, même intellectuel... Depuis plus de trois ans, j'ai augmenté systématiquement cet isolement en m'abstenant scrupuleusement de toute lecture de journaux quelconques, même mensuels ou trimestriels, et je me trouve trop bien d'une telle /it/giènc cêrébmle pour la changer maintenant, vu la facilité que jeu retire de m'élever et de me maintenir sans effort à des vues habituellement plus générales aussi bien qu'à des sentiments plus purs et plus impartiaux'. »