‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 171 sur 171 · I. I.i'lhri „ .-^nnirl Mill. p · texte numérisé non relu

I. I.i'lhri „ .-^nnirl Mill. p

SAINT-SIMON I:T AUGUSTH CDMTK 313

chez tous les deux ; ce sont là des ressemblances biologiques 011 ni la suggestion ni l'imitation ne paraissent avoir eu de part et qui sont, par cela même, hors de notre étude. Tout au plus ferai-je remarquer que cette parenté des deux tempéraments à dû favoriser l'influence de Saint-Simon sur Comte et qu'elle explique en partie la facilité avec laquelle le vieillard fascina le jeune homme par la magie de son rêve.

CONCLUSIO.NS

Les conclusions qui se dégagent de cette comparaison sont tellement claires qu'on pourrait se dispenser de les formuler. Comte, avec son merveilleux génie, n'est pas un esprit profondément original, Comte n'est pas un grand inventeur de système comme Descartes ou Platon. Disciple ou secrétaire de Saint-Simon de 1817 à 1824, il a reflété la pensée du maître ; philosophe, sociologue, réformateur, il a mis en œuvre de 1825 à 1857 les idées générales du maître ; messie et fondateur de religion, il a présenté les môme traits de caractère, les mêmes tendances que lui.

De plus, ivre d'orgueil, il n'a jamais pu s'avouer des identités de doctrine et de pensée manifestes, et, lorsque ses ennemis les lui ont reprochées, il a cru creuser le fossé en injuriant Saint-Simon. On a eu ainsi le spectacle curieux, et d'ailleurs très humain, d'un philosophe qui affectait toujours de rendre justice aux précurseurs dont il ne relevait que de loin, comme Concordet, Montesquieu ou Aristote, et qui n'avait que des injures pour le seul précurseur dont il relevât de très près.

Mais s'il manqua d'invention au sens exact du mot on ne saurait trop répéter qu'il fut admirable d'intelligence et de génie dans l'exécution. Saint-Simon n'avait fait qu'esquisser

Di'MAs. — Deux messies. :21

un programme, Comte eut Timmense mérite de le développer et de le remplir ^ ; il ouvrit toutes grandes les portes du système aux idées de Bichat, de Gall, de Blainville et à la science de son temps qu'il connaissait bien; il fonda la sociologie. Saint-Simon n'aurait jamais pu écrire ni le Cours (Je Philosophie positive, ni le Système de Politique positive, ni aucune des œuvres de Comte. Cet esprit si original et si curieux était trop dispersé dans sa pensée et trop ignorant des sciences pour créer par lui-même quelque chose de définitif et de durable, et, si l'on peut dire qu'il a inspiré à son disciple la philosophie positive, on ne peut prétendre qu'il l'ait réellement fondée.

L'honneur de cette fondation revient donc à Comte ; originalité à part, il dépasse infiniment son maître par toutes les qualités de méthode, d'érudition solide, de mise en œuvre savante, de vigueur et de cohérence. — La conscience qu'il avait de cette supériorité justifie en partie son orgueil et, partiellement aussi, explique son ingratitude.

\. M. Alengry (op. cit., p. 473) est arrivé à cette conclusion, mais en faisant une plus large part à roriginalité de Comte.

Page 1