‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 49 sur 171 · Œuvres complètes, IX, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, IX, p

physiques et moraux, il rêve d'une morale et d'une religion objectives qui seraient l'application du physicisme à la conduite humaine.

Sans doute il en voit les difficultés, et, dans Y Introduction aux travaux scientifiques duXlX^ siècle^ il déclare expressément que le physicisme n'est pas encore en état de nous donner cette religion et cette morale. Il n'en répèle pas moins à plusieurs reprises que le nouveau pouvoir spirituel aura pour mission de rédiger un catéchisme physiciste, conformément aux principes de la nouvelle encyclopédie, et c'est bien là, en effet, l'aboutissant logique de toute sa philosophie cosmique.

En même temps et en dehors de toute philosophie universelle, il conçoit de très bonne heure une morale pratique et subjective dont le principe serait le dévouement à l'humanité.

C'est ainsi que dans les Lettres d'un habitant de Genève^ après avoir confié la direction de l'humanité aux savants, il ajoute que l'obligation sera imposée à chacun « de donner constamment à ses forces personnelles une direction utile à l'humanité ».

Dans V introduction aux travaux scientifiques du XIX" siècle, il revient de nouveau sur ce principe du travail obligatoire et utile, et il reconnaît la même valeur morale à toutes les formes de l'activité humaine, pourvu que le résultat de cette activité soit heureux pour l'humanité.

Mais c'est là une morale très incomplète, puisqu'elle se borne à demander le dévouement de l'individu sans le justifier ni le sanctionner. Quelques années plus tard, lorsque Saint-Simon écrit la préface de son Mémoire sur la science de l'Homme, il a le sentiment plus net du problème, tel qu'une morale positive doit le poser. « Le physiologiste, fait-il dire à Burdin, est le seul savant en élat de démontrer que, dans tous les cas, la route de la vertu est en môme temps celle du bonheur*. »

\. (H'.iivrrs ihni.uea, 11,2.1.

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11 s'agit, comme on le voit, de toute autre chose que d'une morale cosmique fondée sur l'idée de gravitation ; ce que Saint-Simon rêve d'établir ici, c'est une morale sociale enseignant à l'individu que le souci du bien commun est aussi le souci du bien particulier et c'est une façon moins ambitieuse mais beaucoup plus scientifique de présenter la question.

Ces deux tendances objective et subjective se juxtaposent dans son esprit jusqu'au moment où il jette par-dessus bord la théorie de la gravitation et renonce, comme il dit, à systématiser la philosophie de Dieu. Une fois ce lest jeté, la tendance subjective ou sociale triomphe et s'organise.

Saint-Simon conçoit alors le système industriel ; il s'aperçoit que la nation française n'est pas constituée par les quelques milliers de nobles, de prêtres et d'oisifs qui vivent à ses dépens, mais par les vingt-cinq millions d'hommes qui poduisent dans l'agriculture, le commerce, l'industrie ou les travaux de la pensée; et la société telle qu'il la rêve doit être organisée pour le plus grand bien physique et moral de ces producteurs.

Le but de l'association sociale lui apparaît comme nettement défini : c'est l'intérêt de la majorité, le bonheur du plus grand nombre possible.

Mais à ce système industriel, il veut joindre une morale qui le légitime aux yeux de chacun et détermine la libre adhésion des volontés.

La morale est en effet d'importance première pour les sociétés :

« 11 n'y a point de société possible sans idées morales communes' », fait-il écrire en 1817 par Comte, alors son secrétaire.

On sait quelle était la morale du régime féodal ; la crainte de l'enfer et l'espoir du paradis y servaient de principes à la conduite des hommes. Mais le règne de la théologie est

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