‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 5 sur 171 · FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

ANCIENNE I.lItUAIRIE GEUMER UAILLIÈUK ET 0 108, IIOUKEVAHD SAINT-GERMAIN, 108

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A Monsieur Tu. RIBOT

Membre do llnslilul

l'rofesseur lionoraiie au Collège de Franc;

Directeur de la Revue Philosophique.

Hdtiminije (t'un disciple respectueux et recoHuai^sant

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Ce sont deux messies que j'étudie , deux fondateurs de religion qui furent en même temps des sociologues et des philosophes, mais chez lesquels le caractère messianique prima certainement tous les autres.

On pourrait trouver dans leurs prétentions messianiques matière à s'égayer et dans leurs religions l'occasion d'une réfutation facile; si l'on préfère les comprendre et les juger avec impartialité on ne devra jamais oublier que l'un et l'autre, malgré leurs différences d'âge, vécurent dans un temps particulièrement favorable à l'éclosion des prophètes et qu'ils furent loin d'être les seuls.

Le x\]if siècle avait ruiné par la critique le catholicisme et la royauté ; la Révolution avait marqué la fin d'un régime religieux et d'un régime politique. Pour

1 . Une grande partie de celte étude a déjà paru sous forme d'articles.

Cf. Revue Philosophique : L'état mental d'Auguste Comte, janvier, février, avril, 18'J8; — Létal mental de Saint-Simon, janvier, mars, avril 1902.

Hcvue de Paris : La Folie d'Auguste Comte, 15 septembre 1897.

Henaissance lutine: l;i janvier l'J04 et Bulletin de l'Institut Psycholo- (jique : janvier-février 1904 : Auguste Comie amoureux et mystique.

Ui;mah. -— Deux messies. 1

beaucoup de contemporains, trop rapprochés de la débâcle pour voir ce qui restait debout, rien ne paraissait plus subsister du passé, l'avenir était à faire, et nombre d'enthousiastes se croyaient appelés à prêcher l'évangile moral ou politique des temps nouveaux.

A dire vrai, Saint-Simon qui écrivit en 1803 les Lettres d'un habitant de Genève fut le premier en date parmi ces prophètes, mais il fut bientôt suivi de Fourier, d'Auguste Comte, d'Enfantin, de Bazard et de toute la pléiade des saints-simoniens.

Sous prétexte d'organiser la société future, tous ces déformateurs vaticinèrent; ils se prirent sérieusement pour des hommes prédestinés, marqués au front d'un signe fatal.

Saint-Simon s'intitule pape scientifique de l'humanité et vicaire de Dieu sur la terre ; il se donne pour l'héritier de Moïse, de Socrate, de Jésus-Christ; il dit aux puissants et aux rois « Princes écoutez la voix de Dieu qui parle par ma bouche. » Il fait annoncer par Dieu lui-même la mission scientifique et rehgieuse dont il s'investit, a Un homme revêtu d'un grand pouvoir, lui dit la voix divine, sera le fondateur de cette religion; pour récompense il aura le droit d'entrer dans tous les conseils et de les présider. Il gardera ce droit toute sa vie et, à sa mort, il sera enterré dans le tombeau de Newton '. »

Fourier qui suit de très près Saint-Simon affirme que l'humanité se trompe depuis trois mille ans- dans

i. Œuvre» complète», l, 5î>.

2. G. f. Emile Faguct, Polilitjues et ynoralisles. II* série, p. ÎJ6.

ses philosophies et ses religions et que, le premier, il a découvert le secret de la rendre heureuse, en donnant la liberté aux passions.

Auguste Comte pense, dès l'âge de vingt-cinq ans, en homme-providence; toute sa vie, il parle, sans fausse modestie, de son incomparable mission ; lorsqu'il veut honorer Glotide de Vaux, il lui fait espérer qu'elle vivra avec lui « dans les plus lointains souvenirs de l'humanité reconnaissante' ». Quelques années avant sa mort, il prend le titre de grand prêtre de l'humanité. « J'ai, dit-il, publiquement saisi le pontificat qui m'était normalement échu * », et de la rue Monsieur-le-Prince, oïl il vit pauvre et ignoré, il exerce gravement ses fonctions sacerdotales.

Enfantin, après avoir divinisé Saint-Simon, se proclame lui-môme nouvel Isaac, nouveau Jésus et nouveau Grégoire VII. Il écrit à Duveyrier : « Lorsque vous saurez parler à Moïse, à Jésus età Saint-Simon, Bazard et moi recevrons vos paroles. Avez-vous bien songé que nous n'avons, Bazard et moi, personne au-dessus de nous, personne que celui qui est toujours calme, parce qu'il est l'éternel amour \ »

Ses collaborateurs ou disciples parlent le même langage; néophytes ou révélateurs ils portent le collier mystique et déclarent en le recevant : « Je crois que Dieu a suscité Saint-Simon pour enseigner le père (Enfantin) par Hodrigues. »

Et ce n'est pas seulement dans la vie réelle que les

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