The Data of Ethics, ch. x
RlBOT. — Attention. 4
Gomme pour vivre, môme en sauvage, il faut faire quelquefois un travail ennuyeux, on sait que cette charge incombe aux femmes, qui, pendant que l'homme dort, peinent par crainte des coups. 11 est donc possible, quoique cela semble d'abord un paradoxe, que ce soit par les femmes que l'attention volontaire ait fait son entrée dans le monde.
11 existe, chez les peuples même qui ont de longs siècles de culture, toute une catégorie d'êtres incapables de travail soutenu : les vagabonds, les voleurs de profession, les prostituées. Les criminalistes italiens de la nouvelle école y voient, à tort ou à raison, des cas d'atavisme. La grande majorité des gens civilisés s'est adaptée d'une manière suffisante aux exigences de la vie sociale ; ils sont capables à quelque degré d'attention volontaire. Mais bien petit est le nombre de ceux dont parle Spencer, pour qui elle est un besoin; bien rares sont ceux qui professent et pratiquent le stantem oportet mort. L'attention volontaire est un phénomène sociologique. Quand on la considère comme telle, on en comprend mieux la genèse et la débilité.
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Nous croyons avoir établi qu'elle est une adaptation aux conditions d'une vie sociale supérieure, qu'elle est une discipline et une habitude, une imitation de l'attention naturelle, qui lui sert à la fois de point de départ et de point d'appui.
Jusqu'ici nous n'avons examiné dans le mécanisme de l'attention que cette pression extérieure des motifs et du milieu qui la fait passer d'une forme à une autre. Nous abordons maintenant une question bien plus obscure : c'est l'étude du mécanisme intérieur par lequel un état de conscience est maintenu péniblement, malgré le struggle for life psychologique qui tend sans cesse à le faire disparaître. Ce monoïdéisme relatif qui consiste dans la prépondérance d'un certain nombre d'états intérieurs adaptés à un même but, excluant tous les autres, n'a pas besoin d'être expliqué dans le cas de l'attention spontanée. Un état (ou un groupe d'états) prédomine dans la
conscience parce qu'il est de beaucoup le plus fort; et il est de beaucoup le plus fort parce quer I comme nous l'avons vu, toutes les tendances de l'individu conspirent pour lui. Dans le cas de l'attention volontaire, surtout sous ses formes les plus artificielles, c'est le contraire. Quel est donc le mécanisme par lequel cet état se maintient?
Il n'importe pas de rechercher comment l'état d'attention volontaire est suscité dans la vie courante. Il naît, comme tout autre état de conscience, au gré des circonstances ; mais ce qui l'en distingue, c'est qu'il est maintenu. Si un écolier, ayant peu de goût pour les mathématiques, se rappelle qu'il a un problème à résoudre, c'est un état de conscience quelconque; s'il se met à l'œuvre et persiste, c'est un état d'attention volontaire. Je le répète pour ne laisser aucune équivoque : c'est dans cette possibilité de l'arrêt qu'est tout le problème.
Comment pouvons-nous produire un arrêt, une inhibition? Nous entrons ici dans une question bien peu connue en physiologie et presque inexplorée en psychologie. Que nous
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ayons le pouvoir, dans beaucoup de cas, d'arrêter les mouvements de diverses parties de notre corps, c'est ce que l'expérience prouve à chaque instant. Mais comment se produit l'équivalent de cette inhibition dans l'ordre mental? Si le mécanisme physiologique de l'arrêt était mieux connu , nous pourrions probablement répondre moins obscurément. Nous prions donc le lecteur de considérer ce qui va suivre comme un essai plein de lacunes.
La propriété fondamentale du système nerveux consiste à transformer une excitation primitive en un mouvement. C'est l'acte réflexe, type de l'activité nerveuse. Mais on sait aussi que certaines excitations peuvent empêcher, ralentir ou supprimer un mouvement. Le cas le plus connu, le plus anciennement étudié, consiste dans la suspension des mouvements du cœur par l'irritation du pneumogastrique. Depuis cette découverte, due aux frères Weber en 1845, les physiologistes ont mis une grande ardeur à étudier les cas où l'excitation d'un nerf empêche un mouvement ou une sécrétion. Pfluger montra
que le nerf splanchnique a une action d'arrêt sur l'intestin grêle. On a établi depuis que les mouvements de l'estomac et du tube intestinal tout entier sont sujets à l'inhibition. Cl. Bernard a rapporté à la même cause l'action des nerfs vaso-dilatateurs. — Enfin, ce pouvoir d'arrêt n'appartient pas seulement à la moelle et au bulbe; il existe dans le cerveau. Setschenof soutint d'abord que le cerveau moyen (la couche optique) exerce une influence inhibitoire sur les parties inférieures de l'axe cérébrospinal. Beaucoup d'auteurs, dans ces derniers temps, ont rapporté les phénomènes hypnotiques à une inhibition corticale. Enfin, d'après Brown-Séquard. « l'inhibition est un pouvoir possédé par presque toutes les parties du système nerveux central et une portion considérable du système nerveux périphérique ».
Pour expliquer ce « réflexe négatif », on a imaginé diverses théories qu'il est inutile d'exposer \ Notons pourtant que Ferrier, le pre-
I. Pour l'historique de cette question jusqu'en 1879, voir Hermann, Handbuch der Physiologie, vol. II, part. 2, p. 33 et
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mier, dans ses Fonctions du cerveau, a rapporté l'attention à une action des centres modérateurs, qu'il place dans les lobes frontaux. Le rappel d'une idée, dit-il, dépend de l'excitation de l'élément moteur qui entre dans sa composition; l'attention dépend de la restriction du mouvement : il y a répression de la diffusion extérieure et augmentation de la diffusion intérieure. L'excitation des centres moteurs, protégée contre la diffusion externe, dépense sa force intérieurement; il y a excitation réprimée d'un centre moteur. Pour localiser ces centres modérateurs dans les lobes frontaux, voici les principales raisons qu'il fait valoir : L'intelligence est proportionnelle au développement de l'attention; elle est proportionnelle aussi au développement des lobes frontaux. L'irritation de ces lobes ne provoque aucune manifestation motrice; ils sont donc modérateurs et dépensent leur énergie à produire des changements dans les centres d'exécution motrice actuelle. Leur ablation ne
suiv. Pour les théories plus récentes, S. Lourie : I fatti e le teorie délia inibizione. in-8, Milano, 1888.
cause aucune paralysie motrice, mais une dégénérescence mentale qui se réduit à la perte de l'attention. Les lobes frontaux sont imparfaitement développés chez les idiots dont le pouvoir d'attention est très faible. Les régions frontales deviennent de plus en plus faibles chez les animaux, en même temps que le niveau de l'intelligence s'abaisse. Ajoutons que les lésions des lobes frontaux diminuent beaucoup et abolissent souvent le pouvoir de contrôle \ L'auteur déclare d'ailleurs que, « sur le fondement physiologique de cette faculté de contrôle, on ne peut admettre que des vues théoriques ».
Quoique la théorie, que les phénomènes d'arrêt se passent dans des appareils particuliers, soit devenue à peu près classique; dans ces derniers temps, plusieurs auteurs, en s'appuyant sur leurs expériences, ont soutenu que « les
1. Pour les faits, nous renverrons le lecteur à nos Maladies de la volonté, p. 30 et suiv. Plus récemment, un neurologiste américain, Alex. Starr, sur 23 cas de lésion des lobes frontaux, a rencontré chez la moitié des malades le trouble mental suivant : perte de la faculté de contrôle, changement de caractère, impossibilité de fixer l'attention. (Brain, janvier 1886, p. 570.)
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actions motrices et les actions d'arrêt ont pour siège les mêmes éléments 1 ». « Toutes les fois qu'on excite un nerf, dit M. Beaunis, il se produit dans ce nerf deux sortes de modifications de sens contraire. Soit un nerf moteur : il y aura dans ce nerf une mise en activité qui se traduira par une secousse du muscle ; mais outre ce phénomène, le plus apparent et le mieux étudié, il se produit aussi un état contraire qui tendra à enrayer la secousse ou à l'empêcher de se produire. Il y aura à la fois dans ce nerf des actions motrices et des actions d'arrêt. » (Ouv- cité, 97.) Le processas moteur débute plus vite que le processus d'arrêt et dure moins longtemps. Une première excitation cause une secousse maxima; mais à la deuxième excitation l'action d'arrêt, tendant à se produire, diminue l'amplitude. — Dans une expérience
1. Wunclt, TJntersuchungen zur Mechanik der Nerven und Nervencentren, 1871 , 1876, et Psychologie physiologique, t. I, ch. vr. — Beaunis, Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale et sur la physiologie du nerf. Paris, 1884. M. Beaunis a insisté plus qu'aucun autre physiologiste sur l'importance des actions d'arrêt pour la psychologie.
de Wundt, « quand on excite un nerf par un courant constant, il se produit à l'anode une onde d'arrêt qui se reconnaît à la diminution d'excitabilité du nerf et qui se propage lentement des deux côtés de l'anode : en même temps se produit au cathode une onde d'excitation qui se propage des deux côtés du cathode avec une vitesse et une intensité plus grandes. Un nerf excité se trouve donc parcouru à la fois par une onde d'arrêt et une onde d'excitation, et son excitabilité n'est que la résultante algébrique de ces deux actions contraires. »
Dans cette hypothèse, toute excitation déterminerait donc dans la substance nerveuse deux modifications, l'une positive, l'autre négative, une tendance à l'activité d'une part, une tendance à l'arrêt de cette activité d'autre part; l'effet final n'est que la résultante de ces actions contraires, en sorte que tantôt l'impulsion, tantôt l'arrêt prédomine.
Nous venons d'exposer très sommairement à peu près tout ce que la physiologie nous apprend sur le mécanisme de l'inhibition, et
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nous aurons Foccasion d'en profiter. Revenons à l'étude psychologique.
Le pouvoir d'arrêt volontaire, quel que soit son modus operandi, est une formation secondaire; il apparaît relativement tard, comme toutes les manifestations d'ordre supérieur. La volition sous sa forme positive, impulsive, la volition qui produit quelque chose, est la première dans l'ordre chronologique. La volition sous sa forme négative, qui empêche quelque chose, apparaît plus tard; d'après Preyer 1 vers le dixième mois , sous la forme très humble de l'arrêt des évacuations naturelles.
Mais comment produisons-nous un arrêt?
Nous ne pouvons répondre à cette question d'une manière satisfaisante. Toutefois, il faut remarquer qu'à cet égard notre position est exactement la même qu'en face de la question contraire : Gomment produisons-nous un mouvement? Dans la volition positive, le « Je veux » est ordinairement suivi d'un mouvement; c'est-