‹ Psychologie de l'attention [electronic resource]Chapitre 17 sur 47 · L'Ame de l'enfant, p · texte numérisé non relu

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à-dire qu'il y a d'abord la mise en activité dans le cerveau des images motrices ou résidus moteurs appropriés, transmission de l'influx nerveux à travers la couronne rayonnante aux corps striés, à la couche inférieure du pédoncule cérébral, au bulbe, puis, après croisement, à la moelle épinière, aux nerfs et finalement aux muscles. Dans la volition négative, le oc Je veux )> est ordinairement suivi d'un arrêt : les conditions anatomiques et physiologiques de la transmission sont moins bien connues; dans l'hypothèse exposée ci-dessus, elles ne seraient guère différentes du cas précédent. Mais, dans l'un et l'autre cas, la conscience ne connaît directement que deux choses : le départ et l'arrivée; le « Je veux » et l'acte produit ou empêché. Tous les états intermédiaires lui échappent et elle ne les connaît que de science acquise et indirectement. Ainsi fixés sur la somme de nos connaissances actuelles, rnous devons nous borner à constater à titre de fait que, de môme que nous avons le pouvoir de commencer, continuer et augmenter un mouvement , nous avons le pou-

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voir de supprimer, interrompre et diminuer un mouvement.

Ces considérations générales nous conduisent du moins à un résultat positif : c'est que tout acte de volition, impulsif ou inhibitoire, n'agit que sur des muscles et 'par des muscles; que toute autre conception est vague, insaisissable, chimérique; que, par conséquent, si le mécanisme de l'attention est moteur, comme nous le soutenons, il faut que dans tous les cas d'attention il y ait en jeu des éléments musculaires, des mouvements réels ou à l'état naissant sur lesquels agit le pouvoir d'arrêt. Nous n'avons d'action (impulsive ou inhibitoire) que sur les muscles volontaires; c'est là notre seule conception positive de la volonté. Il faut donc cle deux choses l'une : ou bien trouver des éléments musculaires dans toutes les manifestations de l'attention volontaire, ou bien renoncer à toute explication de son mécanisme et nous borner à dire qu'elle est.

L'attention s'applique volontairement à des [perceptions, des images ou des idées; ou, pour

Ri BOT. — Attention. 5

parler plus exactement et pour éviter toute métaphore, l'état de monoïdéisme peut être maintenu volontairement pour un groupe de perceptions, d'images ou d'idées, adaptées à un but posé d'avance. Nous avons à déterminer les éléments moteurs qui se rencontrent dans ces trois cas.

1° En ce qui concerne les perceptions, il n'y a pas de difficultés. Tous nos organes de perception sont à la fois sensoriels et moteurs. Pour percevoir avec nos yeux, nos oreilles, nos mains, nos pieds, notre langue, nos narines, il faut des mouvements. Plus les parties de notre corps sont mobiles, plus leur sensibilité est exquise; plus leur motilité est pauvre, plus leur sensibilité est obtuse. — Ce n'est pas tout; sans éléments moteurs, la perception est impossible. Rappelons, comme nous l'avons dit précédemment, que si l'on tient l'œil immobile fixé sur un objet, à bref délai la perception devient confuse, puis s'évanouit. Appliquez sans pression la pulpe du doigt sur une table, au bout de quelques minutes le contact n'est plus senti. Un mouvement de l'œil

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ou du doigt, si léger qu'il soit, ressuscite la perception. La conscience n'est possible que par le changement; le changement n'est possible que par le mouvement. On pourrait s'étendre longuement sur ce sujet; car, quoique les faits soient de toute évidence et d'une expérience banale, la psychologie a tellement négligé le rôle des mouvements qu'on finit par oublier qu'ils sont une condition fondamentale de la connaissance, parce qu'ils sont l'instrument de la loi fondamentale de la conscience, qui est la relativité, le changement. Nous en avons dit assez pour justifier cette formule absolue : Point de mouvements, point de perception.

Le rôle des mouvements dans l'attention sensorielle ne peut faire aucun doute. L'horloger qui étudie minutieusement les rouages d'une montre, adapte ses yeux, ses mains, son corps ; tous les autres mouvements sont supprimés. Dans les expériences de laboratoire faites pour étudier l'attention volontaire, cet état de concentration par arrêt des mouvements atteint souvent un degré extraordinaire : nous en parlerons plus

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loin. Rappelons les observations de Galton, rap-ï portées dans le précédent chapitre, sur les mou-i vements qui se produisent dans un auditoire fati4 gUé. — Attention signifie donc concentration en inhibition des mouvements. Distraction signifie;; diffusion des mouvements.

L'attention volontaire peut agir aussi suil l'expression des émotions, si nous avons de forte* raisons de ne pas traduire un sentiment au dehors et un pouvoir d'arrêt suffisant pour l'empêchera mais elle n'agit que sur les muscles, sur eux seuls; tout le reste lui échappe.

Jusqu'ici nous n'avons pris la question que par son côté le plus facile. Nous arrivons maintenant à cette forme tout intérieure qu'on appelle la réflexion. Elle a pour matière des images ou des idées. Il nous faut donc trouver dans cesdeux groupes d'états psychiques des éléments moteurs.

2° « Il ne semble pas évident à première vue, écrivait Bain dès 1855, que la rétention d'un^ idée [image] dans l'esprit soit l'œuvre des muscles

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volontaires. Quels sont les mouvements qui se produisent lorsque je me représente un cercle ou que je pense à l'église Saint-Paul? On ne peut répondre à cette question qu'en supposant que l'image mentale occupe dans le cerveau et les autres parties du svstème nerveux la même place que la sensation originelle. Gomme il y a un élément musculaire dans nos sensations, spécialement dans celle de l'ordre le plus élevé, toucher, vue, ouïe, cet élément doit, d'une façon ou d'une autre, trouver sa place dans la sensation idéale, dans le souvenir. » Depuis cette époque/ la question de la nature des images a été étudiée sérieusement et avec fruit, et résolue dans le même sens \ Tandis que, pour la plupart des anciens psychologues, l'image était une sorte de fantôme sans siège déterminé, existant « dans l'âme », différant de la perception non en degré, mais en nature, lui ressemblant « tout au plus comme un portrait ressemble à l'original » ; pour la psycho-

1. Consulter Taine, de V Intelligence, liv. II; — Galton, Inquiry into human Faculty, etc.. p. 83-114; — Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, t. III; — Binet, Psycho-

logie physiologique, entre la perception et l'image, il y a identité de nature, identité de siège et seulement différence de degré. L'image n'est pas une photographie, mais une reviviscence des éléments sensoriels et moteurs qui ont constitué la perception. A mesure que son intensité augmente, elle se rapproche de son point de départ et tend à devenir une hallucination.

Pour nous en tenir aux éléments moteurs de l'image qui seuls nous intéressent, il est clair que, puisqu'il n'y a pas de perceptions sans mouvements, ceux-ci laissent dans le cerveau, après qu'ils ont été produits, des résidus moteurs (images motrices, intuitions motrices), tout comme les impressions de la rétine ou de la peau laissent des impressions sensorielles. Si l'appareil moteur n'avait pas sa mémoire, ses images ou résidus, aucun mouvement ne pourrait s'apprendre et devenir habituel : tout serait toujours à recommencer. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire d'avoir recours au raisonnement. Des milliers

logie du raisonnement, chap. n ; — Ballet, le Langage intérieur

et les diverses formes de V aphasie.

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d'expériences prouvent que le mouvement est inhérent à l'image, contenu en elle. La célèbre expérience du pendule de Chevreul peut en être considérée comme le type. Est-il nécessaire d'en citer d'autres? les gens qui se précipitent dans un gouffre par la pe&r d'y tomber, qui se coupent avec leur rasoir de peur de se couper, et la « lecture des pensées » qui n'est qu'une « lecture » d'états musculaires, et tant d'autres faits réputés extraordinaires, simplement parce que le public ignore ce fait psychologique élémentaire, que toute image contient une tendance au mouvement. Certes, l'élément moteur n'a pas toujours ces proportions énormes, mais il existe au moins à l'état naissant ; comme l'image sensorielle n'a pas toujours la vivacité hallucinatoire, mais est simplement esquissée dans la conscience.

3° S'il est aisé d'établir l'existence d'éléments moteurs dans les images, la question des idées générales ou concepts est plus difficile. Il faut reconnaître que la psychologie physiologique a beaucoup négligé l'idéologie et que celle-ci aurait

besoin d'être reprise avec les données actuelles de l'expérience : l'étude des perceptions et des images a préparé la voie. Je n'ai pas l'intention de traiter ici, en épisode, une si grosse question. Je propose seulement, à titre d'orientation, de répartir les idées générales en trois grandes catégories :

Celles qui résultent de la fusion d'images semblables, sans l'aide du mot;

Celles qui résultent de la fusion d'images dissemblables, avec l'aide du mot;

Celles qui se réduisent au mot, accompagné d'un schéma vague ou même sans aucune représentation concomitante.

Je laisse de côté les concepts régulateurs (temps, espace, cause), dont l'étude nous entraînerai^trop loin. Voyons si chacune de ces trois catégories renferme des éléments moteurs sur lesquels l'attention puisse agir.

a) La première catégorie comprend les idées générales de l'espèce la plus grossière, celles qui se rencontrent chez les animaux supérieurs, les enfants et les sourds-muets avant l'emploi du lan-

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gage analytique. L'opération de l'esprit se borne à saisir des ressemblances très saillantes et à former ainsi des images génériques, terme qui serait plus exact que celui d'idées générales. Elle paraît très analogue au procédé connu par lequel Galton, en superposant plusieurs photographies, obtient le portrait composite d'une famille, c'està-dire l'accumulation des ressemblances et l'élimination des petites différences : mais prétendre, comme on l'a fait, que ce procédé explique la formation des idées générales, est une thèse insoutenable ; il n'en explique que le plus bas degré, ne pouvant agir que sur de grosses ressemblances. — Ces images génériques renfermentelles un élément moteur? Il est bien difficile de le dire et, en tout cas, inutile; car ce n'est pas à ce stade de développement de la vie mentale que s'exerce la réflexion volontaire.

b) La deuxième catégorie comprend la plupart des idées générales qui servent à l'usage courant de la pensée. Dans une étude complète du sujet, il y aurait lieu d'établir une hiérarchie ascendante de groupes , allant du moins général au plus gé-

néral, c'est-à-dire marquant le pouvoir de saisir des ressemblances de plus en plus faibles, des analogies de moins en moins nombreuses. Tous les degrés de cette marche ascendante se rencontrent dans Fhistoire de l'humanité : les Fuégiens n'ont aucun terme abstrait. Les Indiens d'Amérique ont des termes pour désigner le chêne blanc et le chêne noir; ils n'en ont pas pour désigner le chêne général. Les Tasmaniens ont un terme pour chaque espèce d'arbre, ils n'en ont pas pour arbre en général; à plus forte raison, pour plante, animal, couleur, etc. '. Sans insister sur ces différentes phases, qu'avons-nous dans l'esprit, quand nous pensons ces idées générales? D'abord un mot qui est l'élément fixe : avec lui, une image de moins en moins complexe, de moins en moins claire, à mesure qu'on monte dans la généralisation. Cette image est un extrait. Elle se forme par un procédé que l'esprit emploie même pour se représenter une image individuelle. Qu'on le remarque, en effet, ma repré-

1. Lubbock, les Origines de la Civilisation, ch. ix. — Taylor, la Civilisation primitive, t. I, ch. vu.

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sentation de Pierre, de Paul, de mon chien, de tout être ou objet concret parfaitement connu de moi , ne peut être qu'un extrait des perceptions multiples que j'en ai eues et qui me l'ont donné sous différents aspects. Dans la représentation d'une image individuelle, il y a une lutte entre les images antérieures de cet objet à qui prévaudra dans la conscience. Dans la conception d'une idée générale, il y a une lutte entre diverses images génériques à qui prévaudra dans la conscience. C'est un extrait de deuxième ou troisième ordre. Il se forme ainsi un noyau commun autour duquel oscillent des éléments vagues et obscurs. Ma conception générale d'homme ou de chien, si elle persiste tant soit peu dans la conscience, tend à prendre une forme concrète; elle devient un blanc ou un nègre, un épagneul ou un boule-dogue. — L'élément moteur est représenté surtout par le mot; nous y reviendrons. Quant aux images ou extraits d'images, adjoints au mot, il serait bien difficile de dire ce qui reste en eux des mouvements inclus dans les perceptions originelles.

c) Dans la catégorie précédente, à mesure que les idées deviennent plus générales, le rôle des images s'efface peu à peu, le mot devient de plus en plus prépondérant, jusqu'au moment où il demeure seul. Nous avons donc cette marche progressive : images génériques sans mot, images génériques avec mot, mot sans images. A ce dernier degré, nous trouvons les concepts purement scientifiques. Le mot existe-t-il seul dans l'esprit à cette période suprême de l'abstraction? J'adopte l'affirmative sans hésiter. Je ne puis entrer dans des détails .qui me feraient sortir de mon sujet; je me bornerai à faire remarquer que, s'il n'y a rien actuellement sous le mot, il y a, il doit y avoir un savoir potentiel, la possibilité d'une connaissance. « Dans la pensée actuelle, dit Leibniz, nous avons coutume d'omettre l'explication des signes au moyen de ce qu'ils signifient, sachant ou croyant que nous avons cette explication en notre pouvoir ; mais cette application ou explication des mots, nous ne la jugeons pas nécessaire actuellement... J'appelle cette manière de raisonner aveugle ou symbolique. Nous l'employons en

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algèbre, en arithmétique et, en fait, universellement. » L'apprentissage de la numération chez les enfants, mieux encore chez les sauvages, montre bien comment le mot d'abord accolé aux objets, puis aux images, s'en détache progressivement pour vivre d'une vie indépendante. Finalement, il ressemble à la monnaie fiduciaire (billets de banque, chèque, etc.), offrant la même utilité et les mêmes dangers. Ici, l'élément moteur ne peut se trouver que dans le mot. Les récentes recherches auxquelles il a été fait allusion plus haut ont montré que le mot n'existe pas sous la même forme chez tous les individus. Pour les uns, il consiste surtout en états articulatoires. Stricker, dans son livre sur la parole et la musique^ en a décrit, d'après sa propre expérience, un type parfait : ce sont les moteurs par excellence. Pour d'autres, il consiste surtout en images auditives; c'est une parole intérieure très bien décrite par V. Egger. D'autres, beaucoup plus rares, pensent à l'aide de mots lus ou écrits *.

1. Il en a été publié un cas curieux dans la Revue philosophique (janvier 1885, p. 119). Voir aussi Ballet, ouv.cité, ch.in.

Ce sont les visuels. Chez la plupart des hommes, tous ces éléments agissent à doses inégales. Mais partout et toujours le mot prononcé à haute voix, le signe purement intérieur, s'appuie sur quelque forme de perception primitive et par conséquent renferme des éléments moteurs.

Que les éléments moteurs inclus clans les idées générales de toute catégorie soient souvent très faibles, on n'en peut douter. Ceci s'accorde d'ailleurs avec ce fait d'expérience que la réflexion abstraite est impossible pour beaucoup de gens, difficile et fatigante pour presque tout le monde.

Nous avons insisté longuement sur cette partie de notre sujet, parce qu'elle est la moins explorée, la plus malaisée, la plus exposée aux critiques \

1. Nous avons dit que l'étude d'un grand nombre de cas normaux ou morbides a conduit à reconnaître plusieurs types : moteur, auditif, visuel, suivant le groupe d'images qui prédomine chez chaque individu, sans parler du type ordinaire ou indifférent. Celui qui pense les mots en les articulant sans les entendre (Stricker) et celui qui pense les mots en les entendant sans les articuler (V. Egger), celui qui pense les mots en les voyant écrits, sans les entendre ni les articuler, représentent des types irréductibles. Ceci coupe court à toute discussion. Chacun a raison en ce qui le concerne, lui et ses semblables; il a tort, s'il généralise sans restriction. — Il serait désirable que le travail fait pour les images et

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Mais plus d'un lecteur dira : « Nous admettons qu'il y a des éléments moteurs dans les perceptions, les images et, à plus faible degré, dans les concepts. Toutefois, cela n'établit pas que l'attention agit sur eux, et par eux, qu'elle est un mécanisme moteur. » Assurément, il n'y a sur ce point aucune observation ou expérience qui soit décisive. L'expérience cruciale consisterait à voir

les diverses formes du langage fût tenté pour les idées générales. Il est probable qu'on trouverait là aussi des types irréductibles. Ainsi Berkeley me paraît penser les idées générales sous la forme visuelle. Celui qui lira attentivement certains passages (trop longs pour être traduits ici) de la célèbre Introduction au Traité de la nature humaine, qui les étudiera non comme une théorie des idées générales, mais comme un document, une confession psychologique, en conclura que l'idée générale était pour lui une vision. « L'idée d'homme que je puis me fabriquer, dit-il, doit être celle d'un homme blanc ou noir, ou basané, droit ou courbé, grand, petit ou de moyenne taille. Je ne puis par aucun effort de pensée concevoir l'idée abstraite ci-dessus décrite » [c'est-à-dire d'une couleur qui ne serait ni rouge, ni bleue, ni verte, etc., et qui serait cependant une couleur]. — D'un autre côté, les nominalistes me paraissent penser les idées générales sous la forme purement auditive. La fameuse théorie qui fait des universaux de purs « flatus vocis » (Roscelin, Hobbes, etc.) me paraît susceptible de deux interprétations. Prise littéralement, elle est un non-sens. Le pur « flatus vocis », c'est un mot d'une langue qu'on iguore totalement, qui n'est associée à aucune idée et par suite reste un son, un bruit. Il est peu probable que des penseurs sensés aient soutenu cette thèse sous la forme qu'on leur prête ordinairement. Voici une autre

si un homme privé de toute motilité externe et interne, et d'elle seulement, serait encore capable d'attention. Elle est irréalisable. Dans les cas morbides que nous étudierons plus tard, il n'y a rien qui en approche. Notons cependant en passant qu'il est impossible de réfléchir en courant à toutes jambes, même quand on court sans autre motif que de courir; en faisant une ascension raide, même

interprétation que je propose. Les nominalistes sont des esprits secs, algébriques, à qui le moL suffit, sans éveiller aucune image; iln'ya en eux d'autre représentation que le son. Nous sommes bien loin de Berkeley. — Stricker, qui est un pur moteur, qui ne peut pas penser un mot sans l'articuler, qui est aussi peu auditif que possible, nous dit : « 11 me faut rattacher quelque chose à chaque mot pour qu'il ne m'apparaisse pas comme un terme mort, comme un mot d'une langue qui m'est inconnue. Quand, dans le cours de la vie, il me vient à l'esprit des mots comme « immortalité, vertu », je me les explique d'ordinaire non par des mots, mais par des images visuelles. Au mot « vertu », par exemple, je pense à quelque figure de femme; au mot « bravoure », à un homme armé, etc. » (Ouv.cité,p. 80,81.) — Cette conception des idées abstraites et générales pourrait s'appeler l'antipode du nominalisme. On dit en médecine qu'il n'y a pas de maladies, mais des malades; de même, il n'y a pas d'idées générales, mais des esprits qui les pensent différemment. Au lieu de procéder philosophiquement, c'est-à-dire en cherchant à tout réduire à l'unité, il serait temps de procéder psychologiquement, c'est-à-dire en déterminant les principaux types. Bien des discussions finiraient sans doute d'elles-mêmes. En tout cas, ce travail me paraît valoir la peine d'être tenté.

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quand il n'y a aucun danger et qu'on ne regarde pas le paysage. Une foule d'exemples démontrent que, entre une grande dépense de mouvements et l'état d'attention, il y a antagonisme. A la vérité, des gens réfléchissent en marchant à grands pas et en gesticulant; mais il s'agit d'un travail d'invention plutôt que de concentration, et l'excès de force nerveuse se décharge par diverses voies. En définitive, il est évident que l'attention est un arrêt; et cet arrêt ne peut se produire que par un mécanisme physiologique qui empêche la dépense de mouvements réels dans l'attention sensorielle, de mouvements à l'état naissant dans la réflexion : car le mouvement produit, c'est la restitution au dehors, c'est l'évanouissement de l'état de conscience, la force nerveuse qui le produit se transformant en impulsion notrice. « La pensée, dit Setschénof, est un réflexe réduit à ses deux premiers tiers »; Bain, plus élégamment : « Penser, c'est se retenir de parler ou d'agir » .

Pour conclure, voyons ce qu'il faut entendre par l'expression courante : « diriger volontaire-

ment son attention sur un objet », et ce qui se passe en pareil cas.

« Ce qui a lieu dans ce cas, dit excellemment Maudsley, n'est autre chose que l'excitation de certains courants nerveux d'idéation et leur maintien en activité, jusqu'à ce qu'ils aient amené à la conscience par l'irradiation de leur énergie toutes les idées associées ou au moins un aussi grand nombre d'idées qu'il est possible d'en mettre en activité dans l'état momentané du cerveau... Il paraît donc que la force que nous appelons attention est plutôt une vis à fronte qui attire la conscience qu'une vis à tergo qui la pousse... La conscience est le résultat non la cause de l'excitation. Le langage psychologique à la mode renverse cette proposition et met, comme on dit vulgairement, la charrue devant les bœufs; car, dans la réflexion, il ne s'agit pas, comme on l'admet habituellement, de diriger la conscience ou l'attention sur l'idée, mais de donner à l'idée une intensité suffisante pour qu'elle s'impose à la conscience \ »

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