J. Sully, Outlines of Psychology, ch. iv
2. American journal of Psychologij, 1887, n° 1. — Philosophische Studien, 1888, t. V, p. 56 et suivantes.
l'attention spontanée 17
mouvement. De même, une stimulation venant de l'objet produit une adaptation incessamment répétée. Les cas profonds et tenaces d'attention spontanée ont tous les caractères d'une passion qui ne s'assouvit pas et recommence perpétuellement pour tâcher de se satisfaire. Le dipsomane, en face d'un verre plein, l'avale; et si une fée malfaisante le remplissait à mesure qu'il est vide, il ne s'arrêterait pas. La passion érotique fait de même. Vicq d'Azyr prétendait que les singes ne sont pas éducables parce qu'on ne peut pas les rendre attentifs (ce qui est faux d'ailleurs). Gall répliquait : Montrez à un singe sa femelle et vous verrez s'il est capable d'attention. En face d'un problème scientifique, l'esprit d'un Newton agit de même; c'est une irritation perpétuelle qui le tient en sa puissance sans trêve ni repos. Il n'y a pas de fait plus clair, plus incontestable, plus facile à vérifier que celui-ci : l'attention spontanée dépend des états affectifs, désirs, satisfaction, mécontentement, jalousie, etc. ; son intensité et sa durée dépendent de leur intensité et de leur durée.
Notons ici un fait important dans le mécanisme de l'attention. Cette intermittence réelle dans une continuité apparente rend seule possible une longue attention. Si nous tenons un de nos yeux fixé sur un point unique, au bout de quelque temps la vision devient confuse , il se forme comme un nuage entre l'objet et nous, finalement nous ne voyons plus rien. Si nous posons notre main à plat, immobile, sur une table, sans appuyer (car la pression est un mouvement), peu à peu la sensation s'émousse et finit par disparaître. C'est qu'il n'y a pas de perception sans mouvement, si faible qu'il soit. Tout organe sensoriel est à la fois sensitif et moteur. Dès qu'une immobilité absolue élimine l'un des deux éléments (la motilité), la fonction de l'autre est bientôt mise à néant. En un mot, le mouvement est la condition du changement, qui est une des conditions de la conscience. Ces faits bien connus, d'une expérience vulgaire, nous font comprendre la nécessité de ces intermittences dans l'attention, souvent imperceptibles à la conscience , parce qu'elles sont très courtes et d'un ordre très délicat.
l'attention spontanée
Les manifestations physiques de l'attention sont nombreuses et d'une très grande importance. Nous allons les passer en revue minutieusement, en prévenant d'avance que nous les considérons moins comme les effets de cet état de l'esprit que comme ses conditions nécessaires, souvent même comme ses éléments constitutifs. Cette étude, loin d'être accessoire, est donc pour nous capitale. Pour obtenir une conception quelque peu nette du mécanisme de l'attention, il n'y a pas à chercher ailleurs. Elle n'est, en définitive, qu'une attitude de l'esprit, un état purement formel : si on la dépouille de tous les accompagnements physiques qui la déterminent, qui lui donnent un corps, on reste en présence d'une abstraction pure, d'un fantôme. Aussi ceux qui n'ont parlé de l'attention que d'après l'observation intérieure sont restés muets sur son mécanisme et se sont bornés à célébrer sa puissance,
11 faut toujours avoir présent à la mémoire ce principe fondamental : Tout état intellectuel est accompagné de manifestations physiques déterminées. La pensée n'est pas, comme beaucoup l'admettent encore par tradition, un événement qui se passe dans un monde suprasensible, éthéré, insaisissable. Nous répéterons avec SetchenofF : « Pas de pensée sans expression », c'està-dire la pensée est une parole ou un acte à l'état naissant, c'est-à-dire un commencement d'activité musculaire. Les formes sensorielles de l'attention témoignent assez clairement de ce principe pour que personne n'en doute : il en est de même de cette forme intérieure et cachée, dont nous parlerons plus tard, qu'on appelle la réflexion.
Les concomitants physiques de l'attention peuvent se ramener à trois groupes : phénomènes vaso-moteurs, phénomènes respiratoires, phénomènes moteurs ou d'expression. Ils dénotent tous un état de convergence de l'organisme et de concentration du travail.