Voir la Conclusion
ou explicite, qu’elle est un pouvoir, une faculté, et ils se sont demandé si elle est suspendue. Pour nous, la question se pose autrement; il s’agit simplement de savoir si, pendant les rêves, cet état de monoïdéisme relatif se constitue.
11 est certain que souvent une sensation, une image, devient prédominante dans cette série d’états de conscience qui se déroulent, pendant les rêves, d’un cours rapide et désordonné. Il se produit alors un moment d’arrêt; nous avons même le sentiment d’une adaptation au moins partielle et temporaire; enfin l’état prédominant est toujours accompagné de quelque affection ou émotion forte (peur, colère, amour, curiosité, etc.) : en sorte que nous trouvons tous les caractères essentiels de l’attention spontanée.
Y a-t-il de même des équivalents de l’attention volontaire, artificielle? Tout d’abord il faut retrancher une catégorie de cas que l’on serait tenté de produire comme des exemples affirmatifs. Telles sont les solutions de problèmes, les découvertes scientifiques, les inventions artistiques ou mécaniques, les combinaisons ingé-
nieuses qui se sont révélées en rêve. Tartini, Condorcet, Voltaire, Franklin, Burdach, Colcridge et bien d’autres ont rapporté des observations personnelles assez connues pour que je me borne à les rappeler. Mais tout cela est le résultat de l’automatisme cérébral, c’est-à-dire d’un mode d’activité qui est en complet antagonisme avec l’attention volontaire. On ne découvre, on n’invente, on ne résout que d’après les habitudes de son esprit. Coleridge compose un poème, mais il ne résout pas des problèmes d’algèbre; Tartini achève sa sonate, mais il n’invente pas une combinaison financière. C’est un long travail d’incubation antérieure, tantôt conscient, le plus souvent inconscient (c’est-à-dire purement cérébral), qui atteint brusquement le moment de l’éclosion. — L’état de l’esprit, pendant les rêves, est aussi défavorable que possible à la constitution de l’attention volontaire : d’une part, rapidité et incohérence des associations; d’autre part, disparition ou affaiblissement extrême de toute coordination. Les formes les plus hautes, les plus délicates, les V plus complexes, disparaissent les premières. Pour-
tant le pouvoir volontaire n’est pas toujours suspendu, puisque nous essayons quelquefois de nous maintenir dans un état qui nous plaît ou de nous soustraire à une situation désagréable. Aussi il y a des cas qui présentent au moins une ébauche de l’attention volontaire, ce qui est assez naturel chez ceux qui en ont contracté l’habitude. Parfois l’absurdité de certains rêves nous révolte; nous nous appliquons à en faire ressortir pour nous-mêmeles contradictions. Nous faisons certains calculs dont l’inexactitude nous choque et nous nous efforçons de découvrir les causes d’erreur *. Mais c’est l’exception. Si le sommeil n’était pas la suspension de l’effort sous l’une de ses formes les plus pénibles, il ne serait pas une réparation.
Pour le somnambulisme naturel et plus encore pour l’hypnotisme, la question est loin d’être élucidée. Braid , qui le premier a débarrassé le somnambulisme provoqué du merveilleux qui l’entourait, réduit toute la psychologie de ce phé-