‹ Psychologie de l'éducationChapitre 60 sur 127 · CHAPITRE II Les changements de programmes · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Les changements de programmes

Toutes les discussions de la Commission d'enquête ont naturellement abouti à de nouvelles modifications des programmes. Le ministre de l'Instruction publique a fait adopter par la Chambre des Députés un nouvjeau programme d'enseignement, rédigé par une Commission, dans lequel on a essayé de concilier les opinions les plus contradictoires. La seule partie utile des réformes adoptées, si jamais elle est appliquée, ce qui est fort douteux, étant données les idées de nos professeurs, serait que désorniais renseignement secondaire fût combiné avec renseignement primaire de manière à faire suite à un cours d'études élémentaires de quatre années.

Tout le reste a eu pour résultat la plus complète confusion. Un ancien Ministre, M. Hanotaux, Ta signalée dans les termes suivants :

Visiblement on a voulu donner satisfaction à tout le monde : ..• Qu a donc tout gardé, tout empilé dans ce nouveau second cycle., dt on aboutit ainsi à une complication qui ressemble beaucoup à de la confusion.

Par la crainte légitime de surcharger les programmes, on a divisé les études, dans ie second cycle, en un certain nombre de sections se complétant ou s'excluant l'une l'autre, si bien que

les programmes futurs ressembleront à une sorte d'opération algébrique où il sera bien difficile de se reconnaître. M. Fortoul avait inventé la bifurcation; on nous présente aujourd'hui la décifurcation, la fourche à dix dents; c'est à faire frémir.

Efforçons-nous d'être clairs : déjà, dès le premier cycle, on distingue entre trois catégories d'élèves : ceux qui font du latin et du grec, ceux qui font du latin et pas de grec, enfin ceux qui ne font ni latin, ni grec. Ainsi, à l'entrée du second cycle, on trouve les élèves qui ont fait du latin et du grec et qui conti- Ruent, soit le groupe A; puis, ceux qui ont fait du latin et pas de grec et qui continuent, le groupe B; enfin, ceux qui ne font ni latin, ni grec et continuent, groupe G. Mais il y a, dans chaque groupe, ceux qui, tout en continuant, veulent joindre à leurs nouvelles études, soit l'étude des sciences, groupe D, soit l'étude des langues étrangères, groupe E. Il y a aussi ceux qui ont fait du latin et du grec et qui y renoncent tout en poursuivant l'étude des sciences et des langues, ceux-là retonabent dans la catégorie de ceux qui, dans le premier cycle, n'ont fait ni Jatin ni grec et forment, auprès d'eux, le groupe F. Il y a, enfin, ceux qui veulent tout continuer à la fois; on prévoit qu'il s'en trouvera, et on forme ainsi un groupe G.

- Vous croyez que c'est fini : pas du tout. Il y a un paragraphe insidieux, iniïiiilé section nouvelle^ et qui crée, « au-dessus du pi'emier cycle, et à côté du second », une suite d'études plus courtes, spécialement consacrées aux sciences et aux langues vivantes et qui se rapprochent de ce que les Allemands appellent « l'enseignement, réel ». G 'est donc un groupe nouveau, très distinct des autres et que, pour la comniodité de la conversatioitj flous qualifierons groupe' H. Gela fait huit; et j'en passe. . Ainsi,, quand le grand; garçon, frais émoulu de la troisième, arrivera aux portes de bronze du second cycle, on lui posera gravement cette question : jeune homme, où prétendez-vous aller? Groupe G ou groupe H; ou bien : combinez-vous A avec G ? Voyons, réfléchisse? ; surtout, ne vous trompez pas : car ici, quand on est entré, on ne revient pas en arrière : laissez toutè espérdincey làsciate ogni speranza.

Évidemment, tout le monde èst content, et, plus que tout le monde, notre vieille connaissance le « préjugé scolaire ». Les élèves suivront, tant bien que mal, par petits paquets, ces voies ^différentes. Mais, les professeurs, comment feront ils, courant ^ans cesse après le petit bataillon sacré qui entrera, sortira, se dispersera, se reconstituera, s'égaillera, et se l'etrôuvera enfin, |)our livrer l'assaut décisif, en masse compacte, au pied de la forteresse indestructible*.

u4 Gabriel Hanotaux, ancien ministre, Lé Journal, 21 janvier 1902.

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