LES CHANGEMENTS DE PROGRAMMES
I/erreur latine de la puissance des constitutions, des institutions et des programmes est trop irréductible poûr qu'il y ait intérêt à essayer de la combattre. Un étranger qui voudrait comprendre l'intensité . de cette erreur n'aurait qu'à parcourir le petit volume de 230 pages publié en 1890 sous ce titre: « Instructions^ programmes et règlements », qui régit encore notre enseignement universitaire. Il est signé de M. Léon Bourgeois, alors Ministre de l'Instruction publique, qui en a rédigé lui-même une grande partie.
On pourrait difficilement citer, sauf en ce qui concerne l'enseignement des langues, un meilleur ouvrage sur l'enseignement, et les professeurs ne trouve- Taient nulle part de conseils plus sages. L'étranger qui lirait un tel programme déclarerait notre enseignement parfait. Après avoir visité nos lycées et examiné leurs élèves, il déclarerait au contraire, avec la Commission d'enquête, que notre enseignement est le plus inférieur, peut-être, que possède aucun peuple civilisé. Du même coup, il verrait se dégager l'évidence de cette notion que personne n'a exposée devant la Commission d'enquête, probablement parce que personne ne l'a comprise, que les programmes sont sans importance. Avec de bons professeurs, tous les programmes sont excellents.
L'essentiel est donc, je le répète encore, de réformer les méthodes et non les programmes.
La seule réforme utile des programmes consisterait à supprimer les trois quarts des choses enseignées. Malheureusement, loin de supprimer, on ne fait qu'ajouter toujours. Il y a déjà plusieurs années, un
savant éminent, M. Armand Gautier, avait montré les conséquences de cette surcharge.
... Une même quantité de travail ou de volonté appliquée à ui: ensemble de matières et de programmes de plus en plus varié.< et de plus en plus amples, produit, résultat inévitable, un( médiocrité de plus en plus évidente sur chaque sujet, except( sur celui ou sur ceux que l'élève préfère et conçoit bien. - Augmenter indéfiniment les programmes, c'est effrayer lej timides, les faibles, les moyens; c'est surtout créer logiquemen la médiocrité générale et le superficialisme ; c'est habituer l'en faut à savoir en vue de l'examen et par une série d'artifices qu ne laissent presque rien dans l'esprit passé le jour de l'épreuve c'est tendre à développer la mémoire aux dépens de l'intelli gence et du jugement; c'est faire du plaqué qui ait un jour, un< heure au moins, l'aspect de l'or solide et pur.
Je suis donc de l'avis de la plupart de mes collègues, d< MM. Rochard et Hardy en particulier, lorsqu'ils demandent qu'or simplifie les épreuves du baccalauréat. Je suis plus de cet aviî qu'eux-mêmes, car, sans regret, je verrais disparaître cet exa men, principale cause, sous sa forme actuelle, de notre surme nage scolaire, du travail en vue du diplôme, de ce cauchemai incessant des dernières années passées au lycée : la préparatio? au bachot! mot bien trouvé dans son enveloppe méprisante pour caractériser un résultat méprisable en lui-même. Si cette épreuve n'est pas prise au sérieux par l'élève qui n'y voit qu'ur bon débarras, par le maître qui la présente comme une amère pilule qu'il faut bien une fois avaler; par l'examinateur enfin qui se sent de plus en plus disposé à faiblir devant cette géné raie médiocrité ^
La nécessité de réduire les programmes a ét( signalée également devant la Commission d'enquête
Si l'on consentait ^ réformer les programmes, il faudrai prendre le cotitre-pîèd dès programmes actuels : se contenter dj ce qu'il est possible de demander, mais le demander à foiîd' remettre l'esprit scientifique en honneur à la place de l'espri d'érudition 2.
On ne saurait mieux dire, mais une telle réductior des programmes semble peu réalisable aujourd'hu
\. Armand Gautier, professeur à la Faculté de Médecine. (Communication t&iu à l'Académie de Médecine, le 26 juillet 1887.) 2. Enquête, t. II, p. 32. Lippmann, professeur à la Sorbonne.