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LA t««STION DU BACCALAURÉAT
Malgré le hasard qui préside à la réception des candidats, les examinateurs ne cessent de se plaindre de leur insuffisance. A les entendre, la très immense majorité des élèves ne se composerait que de misérables crétins. Voici quelques extraits de doléan«esL présentées devant la Commission.
Les juges du baccalauréat, les professeurs des Facuités 4%^ droit, ne cessent de se plaindre de lignorance surprenantê éô8>
jeunes gens.
Un rapport récent, adopté à l'unanimité par la Faculté dV droit de Grenoble, répond que ce qu'il faudrait apprendre aux étu liants en droit, c'est le français, le latin, l'histoire et la philosophie, que, pour la plupart d'entre eux, l'enseignement secondaire serait à refaire tout entier*.
La majorité dés candidats au baccalauréat possède peu de notions précises. Si l'on n'y mettait une complaisance parfois excessive, la plupart des jeunes gens ne recevraient pas leur diplôme de bachelier. Voilà la vérité sur cet examen encyclopédique 2.
Le baccalauréat sera toujours un détestable « psychomètre i» v il prend la mesure non des esprits, mais des mémoires; ihhî^ la force intellectuelle acquise, mais des connaissances emmagasinées. Il mesure des quantités plus qu'il n'est apte à apprécier les qualités 3.
Plus le baccalauréat se complique et se hérisse, plus les bâchei ers sont médiocres, plus nous sommes obligés de leur verser à flots l'indulgence et la pitié ^.
Je ne suis pas bien sûr que ce ne soient pas professeurs qui auraient besoin d'indulgence et de pitié, mais ils n'en méritent guère, puisqu'ils se montrent si incapables de comprendre à quel point la surcharge des programmes est absurde. Oui, sans
1. Enquête, t. II, p. 124. Bernés, professeur au lycée Lakanal.
2. Enquête, t. II, p. 625. Grandeau, représentant de la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.
3. Enquête, t. II, p. 540. Bertrand, ancien professeur à l'École Polytechnique.
4. Le Baccalauréat et les études classiques,, in-18, par Gebharl, professeur à la Sorbonne.
PSYCHOLOGIE DE l'ÉDUCATION
doute, plus on charge les programmes plus les bacheliers sont médiocres, et en vérité il est surprenant <iu*une chose si simple semble incompréhensible aux universitaires. Vous grossissez sans cesse Tencyclopéd e que les malheureux candidats doivent enfermer dans leur tête. Ils ne peuvent donc en retenir que de vagues lambeaux. Êtes-vous bien certains qu'en dehors de votre spécialité, votre ignorance ne soit pas aussi complète — peut-être même beaucoup plus — que celle des candidats?
Ce qui fera longtemps encore la force du baccalauréat c'est, comme l'étude du latin dont nous parlions tout à l'heure, son prestige aux yeux des familles. Elles l'estiment comme une sorte de titre nobiliaire destiné à séparer leurs fils de la multitude. Le Président de la Commission, M. Ribot, l'a marqué dans les termes suivants :
Le baccalauréat ainsi compris est un des contreforts du décret de messidor sur les préséances. Il n'est plus une garantie de bonnes études, il est devehu une sorte d'institution sociale, un procédé artificiel qui tend à diviser la nation en deux castes, dont l'une peut prétendre à toutes les fonctions publiques et dont l'autre est formée des agriculteurs, des industriels, des commerçants, de tous ceux qui vivent de leur travail et en font vivre le pays*.
i. RiBOT. Rapport général, t. VI, p. 44.