‹ Psychologie de l'éducationChapitre 84 sur 127 · M. - INCERTITUDE DES PRINCIPES UNIVERSITAIRES EN MATIÈRE D'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

M. - INCERTITUDE DES PRINCIPES UNIVERSITAIRES EN MATIÈRE D'ÉDUCATION

Le problème de Téducation est beaucoup plus important encore que celui de l'instruction. C'est le caractère des hommes bien plus que leur savoir qui détermine leurs succès dans la vie. L'Université ne s'est pas malheureusement montrée plus apte à donner une bonne éducation qu'une instruction convenable.

A la vérité on ne peut dire qu'en matière d'éducation les méthodes de l'Université soient bonnes ou mauvaises, attendu qu'elle ne possède aucune méthode aucune idée directrice.

Pendant longtemps, elle a cru que l'éducation se faisait avec des manuels et des préceptes appris par cœur. Commençant à revenir d'une aussi évidente erreur, elle en est encore à chercher les moyens de remplacer les manuels. Pour le moment, elle se borne à proclamer très haut les bienfaits d'une bonne éducation.

Lorsqu'on se réfère aux manifestations officielles de l'Université, aux circulaires des ministres et des recteurs, aux discours

LA QUESTION DE l'ÉDUCATION

de distribution de prix, qui sont comme les professions de foi du corps enseignant, on y trouve constamment répétée cette affirmation que « le but de l'enseignement secondaire est de former l'homme et le citoyen ». Là-dessus, tout le monde est d'accord. C'est un truisme. Mais lorsqu'on descend de la région des principes à celle de l'application et du fait, an voit combien nous sommes loin de cet idéal et combien on a fait peu de choses pour le réaliser ^

En réalité, on n'a rien fait du tout et on s'en est tenu à ces brillants discours si chers aux professeurs. Les résultats obtenus sont indiqués dans le passage suivant de Tenquête.

C'est parce que l'éducation de notre démocratie française est insuffisante, que notre régime politique et social actuel n*a pas porté tous les fruits qu'on en pouvait attendre, et c'est aussi l'une des causes qui permet à ceux qui n'aiment pas ce régime de multiplier leurs attaques 2.

Quant aux moyens à employer pour donner la bonne éducation rêvée, les auteurs de Tenquête semblent les ignorer totalement. Beaucoup s'imaginent qu'elle s'inculque uniquement par les exercices physiques et déplorent leur rareté. Cette rareté paraît en effet très grande, malgré d'éloquentes circulaires ministérielles et la fondation de sociétés spéciales. Il n'y a rien derrière toutes ces brillantes façades.

Si le temps ne nous pressait, j'aurais parlé de l'éducation physique. En fait, elle n'existe pas et c'est une lacune déplorable. Je voudrais que l'éducation physique fût mise sur la même ligne et même, dans les premières années, au-dessus de l'éducation intellectuelle .

En Allemagne, cette éducation est très développée. Elle ^st mise au même rang que l'enseignement du grec, des mathéma-

1. Enquête, t. l, p. 444. Maneuvrier, ancien élève de l'École Normale Supérieure.

2. Enquête, t. Il, p. 438. Blondel, ancien professeur à la Faculté de Droit de Dijon.

PSYCHOLOGIE DE l'ÉDUGATIjON

tiques ou de telle autre branche. Elle ««t obligatoire pour tous.

J'ai vu en Allemagne le professeur de grec être en même temps professeur de gymnastique, et il me semble que c'est d'un bon exemple.

L'insuffisance de notre éducation physique me paraît constituer un danger inquiétant pour l'avenir de notice racei.

Tout cela est fort juste, mais les exercices physiques ne constituent qu'une très faible partie de Téducation. On peut faire des hercules avec de bons exercices gymnastiques, mais je ne vois pas trè^ bien en quoi ces exercices développeront beaucoup les qualités que doit cultiver l'éducation : initiative, persévérance, jugement, maîtrise de soi-même, volonté, etc.

On peut juger à quel point les idées des universitaires sur réducation sont confuses, en examinant le programme de réformes proposé par M. Payot devant la Commission. C'est le seul d'ailleurs qui ait été formulé avec quelques détails.

Si vous voulez me permettre d énumérer les conditions nécessaires pour former les volontés énergiques et persévérantes dont le pays a besoin, les voici, à mon avis :

1° Il faut considérablement réduire le temps de la sédentarité. Il faut que les élèves passent beaucoup de temps au grand air, qu'ils s'amusent au soleil;

2« Il faut lutter contre le préjugé anglais et contre la faveur accordée aux exercices violents;

3° Il faut substituer partout aux méthodes passives héritées des jésuites et qui dominent encore notre enseignement, les méthodes qui provoquent l'activité d'esprit des élèves, qui développent leur esprit d'observation, leur jugement, leurs facultés de raisonnement;

4° Il faut donner aux idées directrices de la vie morale et aux sentiments moraux une force, une cohésion qui ne peut être que l'œuvre lente et patiente de tout le personnel d'un collège

1. Enqiiête, t. I, p. 340. Boutroux, de l'Institut, professeur de philosophie à la Sorbonne.

LA QUESTION DE l'ÉDUCATION

itn lycée, des répétiteurs, des professeurs, des principaux, des proviseurs*.

On voit le vague et l'imprécision d'un tel programme. « Substituer aux méthodes des Jésuites des méthodes qui provoquent l'activité d'esprit des élèves, leur esprit d'observation, leur jugement. » Parfait, mais quelles sont ces méthodes ? C'est justement ce que M. Payot, et tous les auteurs de l'enquête, omettent de nous dire. Et s'ils ne le disent pas, c'est assurément qu'ils ne le savent pas. Quant à donner « aux idées directrices de la vie morale et aux sentiments moraux, une force, une cohésion qui ne peuvent être que l'œuvre lente et patiente de tout le personnel », n'est-ce pas évidemment parler pour ne 'rien dire? Puisque le personnel en question n'a pas obtenu jusqu'ici les résultats demandés, c'est qu'il est incapable de les obtenir. Croit-on vraiment avec d'aussi vaines objurgations modifier sa mentalité actuelle? Des conseils un peu plus pratiques eussent été avantageusement substitués à ce$ considérations enfantines.

M. Payot n'est pas le seul qui ait formulé devant l'enquête d'aussi vagues conseils. Nombreux sont les déposants ayant aperçu les qualités qu'il faudrait donner aux: élèves. Aucune perspicacité n'était nécessaire pour cela.

Il faudrait donner aux élèves non pas le goût de l'abstrait^ mais du concret, développer chez eux l'esprit d'observation et d'initiative, toutes qualités qu'on rencontrera assez diffici*e«ieni chez nos élèves, parce que rien dans notre éducation ne lee y dispose'^.

.Rien n'est plus vrai, mais encore une fois, quelles

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