DU LANGAGE
SOMMAIRE : Rapport du langage avec le développement intellectuel. — Mode de développement du langage chez l'enfant. — Opinions des auteurs sur le langage chez les idiots. — Retard de la parole. — Indépendance de l'idée et du mot. — Phases du développement de l'articulation. — Mutisme idiotique. — Troubles delà parole chez les idiots. — Lecture. — Ecriture. — Dessin.
Quoiqu'on ait voulu baser les classifications de l'idiotie sur le développement du langage, il s'en faut de beaucoup que, pour justifier cette prétention, on ait étudié le langage dans toutes ses manifestations chez les idiots en comparant avec ce qui se passe chez les enfants normaux. Le passage que consacre Kussmaul, dans son remarquable livre, aux troubles de la parole chez les idiots (il n'a, du reste, examiné que des microcéphales) est tout à fait insuffisant. Du reste, comme le remarquait, en 1884, Wildermulh1, au Congrès psychiatrique de l'Allemagne du Sud-Ouest de 1884, les différentes formes de l'idiotie ne présentent pas, relativement à l'étude des troubles de la parole, un champ aussi profitable qu'on pourrait le croire. Il y a chez ces malades
1. Wilderinuth, Quelques observations sur les troubles de lu parole chez les idiots, in Arch. de Neurologie, 1885, t. II p. 250.
des troubles sensoriels, intellectuels et moteurs associés, qui forment un tableau très complexe dont l'analyse, à raison des allures psychiques des idiots, est hérissée de difficultés.
Nous allons passer en revue les opinions assez contradictoires, du reste, de quelques observateurs qui ont donné quelques détails sur le langage des dégénérés, et chercher à nous éclairer des travaux sur l'aphasie qui nous ont appris quel était le mécanisme du langage.
Mais avant d'entreprendre cette étude en détail, il nous paraît utile de fixer certains points concernant les rapports du langage avec le développement de l'intelligence. Ceux qui ont prétendu baser leur classification des idiots sur le développement du langage ont, pensé qu'il y avait un rapport direct entre les deux. Il est possible qu'à regarder les choses superficiellement, il existe en effet un certain rapport de ce genre. Mais si on veut se donner la peine d'examiner les choses de plus près, on s'aperçoit vite que, non seulement le développement du langage n'est pas corrélatif du degré intellectuel chez les gens normaux, mais même chez les idiots. Des hommes des plus compétents, tels que Kussmaul1, Preyer2 et d'autres nient formellement ce rapport et citent des enfants très intelligents et cependant privés de parole, sans être sourds-muets néanmoins. Nous ne voulons même pas insister ici sur l'inégalité frappante qui existe chez les hommes les plus éminents entre l'idée et son expression. Mais chez les idiots eux-mêmes, il en est qui sont assez développés sous le rapport du langage et de la loquacité et qui cependant occupent un degré très inférieur dans l'échelle intellectuelle. Ce sont les microcéphales. La parole n'est donc pas un critérium. Ce qui a pu pousser à lui donner cette im-
i. Kussmaul, Les troubles de langage.