DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE
Chez l'idiot, celte indépendance de l'idée et du mot nous paraît très manifeste. Tels idiots qui n'ont qu'un vocabulaire des plus restreints, savent cependant un assez grand nombre de choses et sont capables de certains travaux qui ont besoin d'être compris et demandent une certaine application. Et la meilleure preuve que leur intelligence s'y applique, c'est qu'ils se perfectionnent. C'est là le propre des actes intelligents, tandis qu'au contraire les actes purement automatiques ne sont pas susceptibles de perfectionnement. Ils saisissent ce qu'on va faire, ce qui prouve un certain raisonnement qu'ils seraient du reste incapables de formuler. Ils sont en cela comparables à l'animal, au chien, par exemple, qui devine ce que son maître va faire, en vertu de ses expériences antérieures, tout comme un homme peut le faire, avec cette différence qu'il raisonne sans mots, mais avec de simples images. Nous remarquons donc que plus l'intelligence s'élève, plus l'indépendance de l'idée et du mot tend à disparaître.
Sous quelle influence se développe le langage? Fgger1 et Taine s font une large part à l'invention et à l'imitation personnelle dans le développement du langage. Outre les pleurs, les cris, les rires, les gestes, langage naturel qui devient un commencement de langage artificiel lorsqu'il s'y mêle une intention, ils admettent des jeux de voix involontaires qui, dès l'âge de six mois, varient à l'infini et sont des ébauches de sons et d'articulations. Il y aurait là un langage instinctif qui se retient peu à peu par les progrès d'un autre langage inventé par l'enfant et susceptible d'une foule de variétés