Taine, De l'Intelligence
■individuelles. Mais ils n'ont pas noté les formes de ce langage, d'après eux spontané.
Kussmaul1 distingue dans le développement de l'articulation trois périodes : 1° balbutiement des quatre premiers mois consistant surtout en sons labiaux et vocaux, mais aussi en sons linguaux et palataux. Ces sons primitifs sont d'une nature purement réflexe et témoignent de l'instinct musculaire qui pousse les enfants à agiter les mains, etc. Ce sont surtout des sons de sifflement, de grognements de claquement, sons élémentaires, sons sauvages que les Hottentots ont conservés et qui lui paraissent primitifs ; 2° quand vient l'instinct d'imitation, ces sons sauvages sont peu à peu remplacés par les sons usuels de la langue du peuple. Cette imitation n'est pas en rapport avec la compréhension des mots. Ces sons et syllabes fortement articulés sont très simples, simples réflexes de sentiment, -a, aa, ko, hu, da. Les sons d'imitation, sont baba, bebe, dodo, dudu, etc., etc., imcompréhensibles pour d'autres que leur entourage. Certains enfants ne manifestent du plaisir à articuler que dans la seconde moitié de la deuxième année et même plus tard; 3° enfin l'enfant apprend à relier des images objectives déterminées avec les mots acquis, qui peu à peu se convertissent en idées. Alors seulement la parole devient une expression de pensées. A cette période, le jeu du développement de l'articulation marche très intimement à côté de celui de la diction.
vChez les idiots, qu'observons-nous? Nous avons déjà dit que le plus souvent, pour ne pas dire toujours, il y avait un retard considérable dans l'apparition de la parole. C'est une remarque que ne manquent pas de faire les parents. Ce ga-
1 Kussmaul, /or. cil
DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE tSÏÏ
zouillement, ce balbutiement de l'enfant, est bien en effet un rudiment de parole. On ne l'observe guère chez l'idiot, ou très tardivement. « Il n'a jamais gazouillé, nous disent les parents, comme mes autres enfants. » Par contre, ils poussent souvent des cris rauques qu'on ne sait quelquefois à quoi attribuer, car ils n'expriment ni douleur, ni crainte, ni colère. Souvent même ces cris se manifestent sous forme d'accès. « Jusqu'à tel âge, nous disent les mères, il n'a fait qu'un cri. » Et de fait, elles n'ont pas tort. Il nous arrive plus d'une fois des enfants que leurs parents ont dû placer à cause des plaintes des voisins.
Or Egger ' note dès cinq semaines le passage du cri à la voix. Chez les idiots, incurables surtout, même de plusieurs années, le cri n'a pour ainsi dire aucune intonation, et il ne saurait en avoir, car il ne répond à aucun sentiment définissable. Cette non prédisposition à la parole se traduit donc de très bonne heure par l'absence du balbutiement, par l'absence deintonation dans le cri.
Plus tard, l'imitation entre en jeu pour la reproduction des sons entendus. Kussmaul 2 considère que l'imitation est une fonction du cerveau. Mais ce doit être une fonction réflexe, involontaire, car Egger, chez des enfants de neuf mois, à côté de diverses manifestations de l'imitation, n'a constaté « <aucun effort sensible pour imiter les sons entendus. » Chez l'idiot, on ne constate non plus aucun effort d'imitation, et cela beaucoup plus tard que neuf mois, quelquefois même toute la vie. Si l'imitation jouait un rôle si considérable qu'on tient à le dire dans le développement du langage, il y aurait lieu de s'étonner que la parole soit toujours si imparfaite chez les idiots, où l'on a coutume de dire que l'instinct d'i-
t. Egger, loc. cit.