MÉMOIRE ORGANIQUE
telligence, remarquable dans un exercice donné qui nécessite la mise en action de l'intelligence tout entière, se souvenir, imaginer, prévoir, regarder, calculer, juger, raisonner, que cette intelligence soit nulle en tout le reste. En admettant la mémoire héréditaire, il nous semble, quoique malheureusement nous n'ayons pu l'expérimenter nous-même, que cela peut s'expliquer assez rationnellement. Cette question de la mémoire héréditaire est du reste très obscure encore, car il est jusqu'ici admis que les phénomènes intellectuels acquis ne se transmettent pas.
La mémoire organique, c'est-à-dire la mémoire inconsciente de mouvements associés, combinés en vue d'un but déterminé, comme par exemple la marche, pour ne citer que l'exemple le plus simple, est quelquefois complètement nulle chez les idiots. Il y a à cela deux raisons : l'état des centres nerveux et l'état de l'attention. Les deux choses peuvent du reste se combiner. D'une part, en effet, nous savons que pour qu'un mouvement se produise, il faut que l'image représentative du mouvement apparaisse dans le centre. Plus cette image apparaîtra sous une faible excitation, plus le mouvement s'exécutera avec rapidité et facilité , au point qu'au bout d'un certain temps il se passera presque complètement en dehors du champ de la conscience. Or, chez les idiots, ces centres sont, ou arrêtés dans leur développement ou atteints de lésions plus ou moins destructives. Dans l'un ou l'autre cas, on comprend que leur fonctionnement soit très défectueux et que les impressions motrices ne se fixent pas dans les centres. Mais, d'autre part, nous avons dit combien l'attention était faible chez l'idiot, instable chez l'imbécile. Si les centres moteurs proprement dits ne sont pas touchés, mais que l'ensemble du cerveau soit atteint pans son développement, l'attention nécessaire pour fixer
l'impression produite sera insuffisante ou elle mettra très longtemps à se fixer, ou elle ne se fixera jamais. Une fois fixée cependant, elle subsistera plus ou moins longtemps. C'est ce qui arrive pour les mouvements associés comme ceux de la marche. Mais nous allons voir tout à l'heure, à propos de la mémoire acquise, que la persistance de l'impression produite n'est pas la même chez l'idiot et chez l'imbécile.
Plus encore que pour la mémoire organique, l'attention est indispensable pour la mémoire acquise. « La mémoire, dit Griesinger », est le seul côté par lequel ces individus soient accessibles à l'éducation, et encore ce que Ton peut obtenir de mieux, c'est qu'ils satisfassent à peu près par leurs pensées et par leurs actes aux convenances de la vie ordinaire, c'est qu'ils se rendent un peu utiles pour toutes les choses qui demandent plutôt une simple imitation que de l'initiative ». Sans l'attention, pas de mémoire, non pas tant que Tatlention soit nécessaire à la reproduction des impressions dans l'écorce, mais bien parce qu'elle est indispensable à leur fixation. Pérez2 en fait également une condition essentielle delà mémoire, tout en admettant, comme nous le faisons nous-même, qu'elle dépend aussi de ces stimulants, c'est-à-dire delà sensibilité sous toutes ses formes. L'émotion y joue un rôle énorme en fixant plus vivement les images, et, comme dit Bain, l'absence de sensation entraîne nécessairement une absence de mémoire. Chez les enfants intelligents dont le développement se fait rapidement, où beaucoup de facultés se développent pour ainsi dire simultanément, il est moins aisé de saisir le rôle de l'attention dans la mémoire, l'attention se montrant dès le bas