DÉLIRE
émettant néanmoins faute d'autres associations plus rationnelles. Aussi, ce qui frappe surtout dans leurs conceptions, c'est le décousu , l'imprévu de leurs observations, qu'on s'explique quelquefois lorsqu'on a pu assister aux sensations qui leur ont primitivement donné naissance. L'idiot, au contraire, associe plus simplement par ressemblance; les sensations consécutives n'ayant pas de lien entre elles comme chez l'imbécile, parce qu'il vit avant tout le moment présent, par suite de son défaut d'attention, de sa mémoire difficile.
Le seul raisonnement qui existe chez eux est le raisonnement perceptif. Quant au raisonnement logique, il est nul chez les idiots et à peine ébauché chez les imbéciles. Cela se comprend sans peine. Pour construire ce raisonnement, il faut de nombreuses images et percepts combinés entre eux, ces combinaisons se faisant d'une manière très défectueuse, il en résulte tout naturellement que le raisonnement sera faussé et prendra la forme d'un sophisme plutôt que d'un syllogisme.
On s'aperçoit facilement de la différence des idiots et des imbéciles, dans les délires qu'ils peuvent présenter. Extrêmement rare, exceptionnel chez les idiots, le délire se manifeste exclusivement sous la forme impulsive, sans motif conscient, ni provoqué. Par exemple, J.., un idiot microcéphale de Bicêtre, quand ses accès le prennent, se barbouille la figure avec du charbon, met un foulard rouge autour de sa tête et danse en grimaçant et en chantant : « Je suis Prussien ». D'autres mettent le feu, sont clastomanes; c'est surtout un délire d'actes qu'ils présentent.
Chez les imbéciles on observe bien aussi ces accès d'excitation maniaque, ces impulsions à tuer, à mettre le feu, à briser. Les impulsions homicides sont peut-être les plus
fréquentes, ce qui contribue encore à en faire des êtres plus dangereux que les idiots. Ils aiment beaucoup à avoir dans leurs poches des outils dangereux, des bouts de fer affilés en guise de lames. Us se plaisent à proférer des menaces. Nous avons indiqué déjà du reste, dans le chapitre des instincts, les tendances à la cruauté des idiots et des imbéciles.
Mais ils ont encore un délire spécial, délire d'idées cette fois. Celui-ci peut se développer au contact d'un aliéné dont ils subissent l'influence. Us font alors du délire à deux. Dans le cas précédent de J..., deux imbéciles, B ... et S... en le voyant se mettent à l'admirer et à l'imiter. Mais quand ils délirent spontanément, ce n'est jamais sous forme de délire systématisé, d'apparence par conséquent logique. L'incohérence, l'absurdité, la mobilité des idées délirantes les fait quelquefois ressembler aux paralytiques généraux, avec lesquels on pourrait même quelquefois les confondre, car les idées de grandeurs qu'ils manifestent, établissent encore une analogie de plus.
La quatrième manifestation de l'intelligence est la production des idées, c'est-à-dire la combinaison nouvelle d'association de percepts. L'imagination peut reproduire les sensations et les idées suivant un ordre nouveau. Elle suppose donc des percepts assez nombreux pour pouvoir s'associer de façons diverses et nouvelles, autres que les associations habituelles qu'on a déterminées par l'enseignement et l'exemple. L'imagination sensitive et reproductrice est celle qu'on rencontre le plus souvent, et l'imagination créatrice dans le domaine des idées est celle que présentent surtout les imbéciles.
Nous savons en effet que les idiots ont surtout les sens