ASSISTANCE DES DÉGÉNÉRÉS
seront à peu près en état de rendre quelques services, on les reprend souvent. Mais n'ayant plus de discipline, perdant très rapidement, dès qu'ils ne sont plus dirigés fermement, le peu qu'on a eu tant de mal à leur apprendre, ils ne tardent pas à l'aggraver de nouveau. S'ils font alors quelque mauvais coup, leur passage dans un asile est pour eux un certificat d'irresponsabilité et d'impunité et on les réintègre dans un asile. Si on les laisse retomber dans leur imbécilité plus profondément, on les replace également. Mais dans l'un et l'autre cas, ils reviennent, n'étant même plus capables des travaux qu'ils savaient faire, rentrent dans des seclions d'adultes mal organisées au point de vue du travail, et tout ce qui a été fait pour eux, l'a été en pure perte. Voilà le dilemme en présence duquel on se trouve journellement avec cette catégorie d'individus. Qu'il nous suffise de signaler le mal. Il ne nous appartient pas pour le moment d'éludier les moyens qui permettraient de le combattre au moins en partie. La faute vient de tout le monde, de l'administration, de la loi, des magistrats, et il faut le dire aussi des médecins. Les moins coupables sont les familles qui seraient bien sottes de ne pas profiter des avantages qu'on leur offre si bénévolement, et qui trouvent l'Etat de plus en plus disposé à dépenser de l'argent pour toutes les non-valeurs de la société, au détriment, conséquence forcée, des malheureux qui luttent jusqu'au bout et qui n'ont qu'un tort, celui de ne pas être assez dégénérés pour mériter la compassion de notre société qui semble, par sa sollicitude, sentir qu'elle doit ce dédommagement à la dégénérescence vers laquelle elle se laisse entraîner sans lui opposer la moindre résistance.
Nous ne voulons que signaler en passant la queslion de la capacité civile des idiots et des imbéciles. Pour les premiers,
leur état physique et intellectuel est trop évident pour qu'il y ait hésitation à savoir s'ils peuvent intervenir eux-mêmes clans la gestion de leurs intérêts, jouir de leurs droits civils et politiques, être appelés comme témoins ou comme jurés en justice. Il en est de même pour les imbéciles d'un degré inférieur. Mais pour ceux qui sont d'un niveau suffisant pour pouvoir vivre dans la société, il n'en est pas de même, et tant qu'ils ne sont pas interdits ou pourvus d'un conseil judiciaire, ils jouissent évidemment de tous leurs droits. Il ne rentre pas dans notre cadre d'examiner ici les conséquences qui peuvent en découler. Qu'il nous suffise d'attirer l'attention sur ce point particulier.
En terminant, nous devons dire quelques mots de l'évolution psychologique de nos sujets. Nous les avons étudiés en effet à la période d'état, pour ainsi dire, au summum de leurs facultés. C'est ainsi que nous avons considéré les idiots incurables, les idiots curables, et les imbéciles, une fois l'éducation terminée, si Ton peut ainsi parler, car à vrai dire, elle se continue toute la vie. Toutefois, chez les uns comme chez les autres, il arrive un moment, d'autant plus rapproché que l'intelligence est plus faible, où l'éducation n'a plus de prise, où le progrès n'est plus possible, où tout ce qu'on peut espérer, c'est de maintenir les résultats acquis. Cette époque culminante de développement est très variable aussi suivant les différentes fonctions psychiques. L'arrêt peut se produire sur un point et non sur d'autres. Sous ce rapport, on observe la même marche que dans le développement. Les sens se développent le plus longtemps, puis les sentiments, et enfin l'intelligence. Chez les imbéciles, l'ordre est le même, mais la durée de l'évolution est plus longue, et les distances entre les époques d'arrêt plus courtes. Chez