‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 153 sur 213 · RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ

gereux, il faut les mettre hors d'état de nuire, cela va de soi. Mais comme ils sont en général d'une constitution physique qui les rend très capables de travailler, et par conséquent de compenser dans une certaine mesure les dépenses qu'ils obligent la société à faire pour se protéger contre eux, il ne faut pas hésiter à agir sur eux par tous les moyens capables d'enrayer leurs mauvaises tendances et de développer les quelques-unes utilisables qu'ils peuvent présenter. Ils ne sont donc pas susceptibles de la même éducation que les idiots. Chez ceux-ci il faut développer, chez ceux-là il faut corriger.

Mais à côté de la responsabilité morale, il y en a une autre à considérer, c'est la responsabilité civile. Elle n'existe malheureusement pas plus pour les aliénés que pour les idiots et les imbéciles. Si elle était admise, on éviterait sans doute bien des crimes contre les personnes ou les propriétés commis par tous ces individus, dont l'absence de responsabilité morale est loin d'être une garantie et encore moins une compensation pour les dommages qu'ils causent à la société.

Les familles seraient sans doute plus soucieuses de la sécurité publique si elles savaient qu'elles auront à réparer les dégâts causés par l'un des leurs, qui s'en rend l'auteur par suite du défaut de surveillance. Une fois le fait accompli, on sait que l'irresponsabilité étant proclamée on sera débarrassé sans bourse délier du membre gênant, et cela par les soins de la société qui a ainsi double dommage, d'abord la perte que lui a causée le malade, et ensuite la charge de son entretien d'autant plus prolongé, et par conséquent plus coûteux que le méfait aura été plus considérable. Le fait est courant pour les aliénés dont on ne veut même pas admettre que, comme dédommagement, on cherche

à tirer de leur travail une certaine somme nécessaire à leur entrelien.

Pour les idiots il est peu fréquent que ce soit à la suite de crimes ou de délits que l'on soit forcé de les interner. En général, les familles sont les premières à chercher à s'en débarrasser parce que ce sont des non-valeurs et cela non pas seulement quand ils sont dangereux, mais simplement incommodes ou gênants. Pour les imbéciles, la situation est différente. Beaucoup sont placés dans des asiles à la suite d'incendie, de vols, de coups, ou de méfaits moins graves dont se plaignent les voisins. Un grand nombre d'autres sont internés parce que les familles, après avoir longtemps espéré en tirer quelque parti, et voyant qu'elles ne compensent pas leur peine par le profit qu'elles en tirent, trouvent beaucoup plus simple et plus avanlageux de les mettre à la charge de leur département. Une fois à l'asile on est obligé de justifier le travail qu'on leur demande en le présentant comme un moyen d'éducation et de traitement, car le public ne manquerait pas de se récrier si l'assistance prétendait s'indemniser par ce travail de la charge qu'on lui donne, sous prétexte que ce sont des malades et qu'on n'a pas le droit d'en exiger du travail. Nous ne craignons pas d'avancer que beaucoup de ces imbéciles seraient cependant beaucoup mieux 'placés dans des établissements orthophréniques que dans des asiles. Mais ainsi le veut notre faux sentimentalisme.

Là ne s'arrête pas le mal de cette conception erronée sur l'assistance de ces dégénérés. Les idiots une fois placés dans un asile n'en sortent guère plus, leur famille qui trouvait leur charge trop lourde quand ils étaient jeunes, ne se souciant guère de les reprendre quand elle a augmenté avec l'âge. Pour les imbéciles, au contraire, quand on pense qu'ils

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