‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 36 sur 213 · ÉTAT DE LA VISION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA VISION

particulièrement en ce qui concerne la vue. C'est en effet le seul sens où on puisse, chez les idiots, distinguer entre les altérations de l'appareil sensoriel et celles de la perception elle-même. Pour les autres sens, ouïe, goût, odorat, toucher, on est forcé de s'en tenir à ce qu'accusent les malades. Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les idiots le défaut d'attention peut les faire passer pour aveugles, sourds, anesthésiques.

Pour la vue, il est facile de se rendre compte si leur cécité apparente tient à une altération de l'appareil visuel ou à un défaut d'attention. Les modifications de la pupille sont là pour témoigner lorsqu'il n'y a pas de grosse lésion apparente. D'après ce que nous avons pu observer, les yeux seraient frappés de cécité congénitale ou acquise dans les premières années de la vie, dans 7 à 8 0/0 environ des cas chez les idiots. Chez les imbéciles au contraire, c'est beaucoup plus rare, et sous ce rapport, comme sous tous les autres, en ce qui concerne l'état physique, on n'observe chez eux que peu de différence avec l'homme normal.

La vue étant un des sens les plus utiles au développement de l'intelligence, on conçoit donc combien la cécité, lorsqu'elle s'ajoute à un état cérébral défectueux, contribue encore à accentuer l'idiotie et à laisser à l'état d'idiots complets des individus qui auraient pu gravir les premiers échelons de l'intelligence. Néanmoins ce sens n'est pas indispensable à l'éducation même des idiots, et l'on peut voir à Bicêtre les idiots aveugles, tous gravement atteints intellectuellement, employés cependant à l'atelier de vannerie, où ils arrivent très bien à rempailler des chaises et à faire de la grosse vannerie. Plusieurs cependant étaient autrefois gâteux et on pouvait désespérer de les utiliser jamais. Il en est même à qui l'on a pu apprendre l'écriture en relief usitée dans les

institutions d'aveugles. Néanmoins, ainsi qu'il est facile de le prévoir, les idiots auxquels il manque un sens aussi important que celui de la vue ou de l'ouïe, sont condamnés à rester toujours à un degré très inférieur de l'échelle intellectuelle.

Séguin f pense que les incapacités de la vision se réduisent à deux et même à une seule à la rigueur : 1° ne pas pouvoir fixer la vue, qui est constamment mobile; et 2° fixité morne et obstinée qui empêche de suivre les objets qu'on présente ou même de les regarder. Il croit que les fonctions volontaires de ce sens sont chez les idiots toujours nulles ou défectueuses; dans presque tous les cas, elles sont involontaires; ils voient, mais ils ne regardent pas, ou regardent mal et accidentellement.

Chez la plupart des idiots incurables, il serait souvent difficile de se prononcer de prime abord sur l'état de leur vue. Assis dans leur fauteuil où ils se balancent dans un sens ou dans l'autre, ils restent le regard fixé sur un point sans que rien puisse en faire changer la direction. Mais outre qu'à la lumière les modifications pupillaires montrent que l'œil lui-même n'est pas atteint, on les voit, sous l'influence d'un excitant approprié, changer la direction de leur regard. Rien n'est plus propre à ce résultat que la présentation d'aliments. En réalité, s'ils regardent sans voir, cela tient uniquement à l'absence complète d'attention.

Chez les idiots d'un degré plus élevé, un plus grand nombre d'objets sont capables d'attirer leur attention, et chez eux, il n'est plus douteux alors que la vue est bonne et en général normale. Chez les imbéciles enfin, nous n'avons noté aucune différence spéciale avec l'homme normal.

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