SIGNES DE DÉBUT
avec quoi que ce soit. Ils se remuent, regardent comme dans le vide à droite et à gauche, ne reposent leurs yeux sur rien. Mais quoi qu'on leur présente, ils ne paraissent pas le voir. Cette impossibilité de l'attention est un fait d'une importance extrême qui se manifeste dès le début et sur lequel nous reviendrons plus tard.
Ce qu'on a remarqué d'abord pour la vue, on l'observe ensuite pour l'ouïe. « On croyait qu'il était sourd » , vous disent les parents. Ce n'est qu'au bout de longtemps qu'on s'aperçoit que l'enfant entend.
Le rire est assez caractéristique aussi. Les parents qui attendent avec joie le premier sourire apparaître sur les lèvres de l'enfant voient avec tristesse que le leur ne sait pas rire, que tout ce qui détermine ordinairement cette manifestation chez les enfants de son âge le laisse absolument indifférent. Chatouillement, marionnettes avec les mains, rires de la mère, rien n'y fait. L'enfant ne parait ni voir ni sentir, et encore moins comprendre. Il est assez particulier de remarquer que le rire, qui est spécial à l'homme, fait souvent complètement défaut chez l'idiot. Il y a des idiots profonds qui ne rient ni ne pleurent jamais.
Enfin les mouvements eux-mêmes, si limités qu'ils soient dans les premiers temps de l'existence, et surtout si peu appropriés à un but, ont cependant, quelque chose de spécial qui les distingue de ceux de l'enfant normal. Tantôt c'est une inertie dont rien ne les tire, tantôt c'est un mouvement perpétuel; mais on doit dire que la première est la plus ordinaire dans le tout jeune âge, et le second plus fréquent lorsque l'enfant est en état de marcher.
Il est inutile d'insister davantage sur tout ceci. Nous tenions simplement à montrer que l'idiotie pouvait se révéler dès la naissance et qu'à mesure que les manifestations
intellectuelles se développent, elles présentent un cachet spécial qui les distingue immédiatement de celles de l'enfant normal.
A quoi tiennent ces différences précoces chez les idiots? A ceci que leurs sensations et leurs perceptions ne se font pas d'une façon normale. Le point de départ de tout développement intellectuel, de toute connaissance est dans la sensation. Mais ce n'est pas tout de sentir, il faut percevoir et interpréter la perception. « La perception, dit. Binet, est l'acte qui se passe lorsque notre esprit entre en rapport avec des objets extérieurs et présents. Ce n'est pas un acte simple, mais un acte très complexe et qui comprend une action sur les sens et une réaction du cerveau. C'est le processus par lequel l'esprit complète une impression des sens par une escorte d'images. » Chez l'idiot et chez l'imbécile, il ne faut jamais perdre de vue l'état de l'organe de la pensée, qui est toujours plus ou moins profondément altéré, soit en totalité, soit en partie, ou anormalement développé. De plus, chez l'idiot, non-seulement les appareils de perception sont atteints, mais les appareils de transmission paraissent l'être quelquefois aussi. Il est toutefois bien difficile de se prononcer catégoriquement, puisque malgré le bon état de ces derniers appareils, il suffit que ceux de réception soient lésés pour que le phénomène de la sensation s'accomplisse mal.
Lorsque l'on étudie la sensation, deux choses entrent en ligne de compte : l'état des organes sensoriels et sensitifs, et la perception consciente des modifications qu'y détermine l'excitant spécial à chaque organe. Quoiqu'il ne rentre pas dans notre cadre d'étudier l'état des organes sensoriels et sensitifs, nous devons cependant en dire quelques mots,