DE L'ATTENTION
SOMMAIRE : Attention spontanée et attention volontaire. — Rôle de l'attention dans le développement intellectuel et l'éducation. — L'attention comme base de classification des idiots et des imbéciles. — Mise en éveil de l'attention chez les idiots. — Travail, discipline. — Paresse et indiscipline. — Leurs rapports avec l'attention. — L'attention, phénomène sociologique. — Attention chez l'imbécile. — Son instabilité. — - Réflexion. — Préoccupation.
Nous avons, au début, fait reposer notre classification des degrés de l'idiotie et de l'imbécillité sur le degré plus ou moins marqué de l'attention. C'est le moment maintenant de justifier de son importance dans l'état mental des idiots.
Il y a deux formes bien distinctes d'attention, l'une spontanée, naturelle ; l'autre volontaire, artificielle. La première est la forme véritable, primitive,, fondamentale de l'attention. La seconde est le résultat de l'éducation. C'est de la première que nous devons surtout nous occuper, puisque sans elle, la seconde ne saurait exister.
Nous n'essaierons pas ici de montrer le rôle de l'attention dans le développement de l'intelligence et dans l'éducation, c'est là une connaissance vulgaire et qui est du domaine de la psychologie normale, non de la psychologie morbide que nous avons en vue. Ce que nous devons recher-
cher, c'est l'état de l'attention chez l'idiot et l'imbécile et les conséquences qui en découlent, en nous basant sur ce qu'on observe chez les individus normaux. Sous ce rapport, nous pouvons suivre le plan de M. Ribot dans son intéressant livre sur la psychologie de l'attention.
Il est facile dès l'abord de prévoir la faiblesse de l'attention chez les idiots, rien qu'en considérant l'anatomie pathologique de leur cerveau. L 'intelligence, d'après Ferrier1, dont l'opinion est du reste courante et justifiée, est proportionnelle au développement de l'attention, elle est proportionnelle aussi au développement des lobes frontaux. Leur ablation, dans leur portion antérieure ne cause aucun trouble moteur, mais une dégénérescence mentale qui se réduit à la perte de l'attention; et il ajoute : « Les lobes frontaux sont imparfaitement développés chez les idiots dont le pouvoir d'attention est très faible. » Rien n'est plus exact et montre bien que l'intelligence et l'attention sont corrélatives. D'autre part, la faculté d'attention semble primitivement en rapport avec la vivacité des sensations. Ferez* a remarqué que chez les petits enfants comme chez les jeunes animaux, les plus facilement attentifs sont, à ce qu'il semble, ceux dont l'excitabilité nerveuse est la plus grande. Or nous venons de voir dans le chapitre précédent combien la sensibilité était défectueuse. L'anatomie et la physiologie tendent donc à nous montrer également l'impossibilité de l'attention normale chez l'idiot.
Si nous passons maintenant à la genèse de l'attention, à son mécanisme, nous verrons encore mieux qu'il n'en saurait être autrement. Forte ou faible, partout et toujours, elle a pour cause des états affectifs et son mécanisme est essen-