SENSIBILITÉ
peuvent évoluer sans bruit et aboutir à une terminaison falale qu'aurait pu écarter une intervention opportune.
Ces troubles des sensations organiques qui s'observent à un degré presque absolu chez les idiots profonds, se rencontrent à un moindre degré chez ceux qui sont éducables. Mais chez les imbéciles on se heurte souvent à un autre genre de difficultés. Si les idiots ne renseignent pas sur leurs sensations, les imbéciles prétendent donner des indications très justes, et, comme presque toujours, le font de travers. On arrive à leur faire dire tout ce qu'on veut. De plus, ils sont très menteurs., très imaginatifs et prennent souvent pour des sensations pathologiques des sensations normales qu'ils exagèrent pour se rendre intéressants.
Si nous résumons l'état de la sensibilité sous ses différentes formes chez les idiots et les imbéciles nous voyons en somme que, très obtuse chez les premiers, elle arrive progressivement à la normale chez les derniers. Ce sont souvent les sens du goût, de l'odorat et du tact qui demandent une plus grande délicatesse, qui sont 1p plus atteints. Nous voyons aussi que les sensations dérivant des besoins les plus impérieux de la nature humaine, sans lesquels la vie ne saurait continuer, peuvent être aussi obtuses que les autres. Les idiots qui sont frappés à ce point sont absolument incurables et seraient fatalement condamnés à une mort rapide, comme un nouveau-né, s'il n'y avait personne pour lui donner des soins. Chez les idiots éducables, au contraire, et chez les imbéciles, ces sensations de besoins naturels, si elles apparaissent d'une façon plus tardive que chez les enfants normaux, n'en arrivent pas moins à être ressenties d'une façon tout à fait normale, sauf cependant en ce qui concerne les sensations pathologiques. Ces différences
pourraient donc jusqu'à un certain point servir à établir des catégories entre les idiots.
Nous voyons donc que Tétat delà sensibilité, et par contre coup de la motilité est intimement lié à celui de l'intelligence. De là à dire que, pour développer l'intelligence, il faut commencer par développer les sens et le mouvement, il n'y a qu'un pas; et c'est sur ce principe que Séguin a fondé sa méthode d'éducation des idiots, qui, élargie et appliquée par le docteur Bourneville à Bicêtre, donne des résultats de plus en plus remarquables et encourageants.