DES INSTINCTS
SOMMAIRE : Instinct de conservation. — Nutrition. — Gourmandise. — Sommeil. — Besoin d'activité musculaire. — Idiots grimpeurs, tourneurs. — Instincts sexuels. — Onanisme. — Sodomie. — Imitation. — Aptitudes spéciales. — Jeux. — Civilité. — Destructivitê. — Auto-mutilation.
On peut distinguer deux sortes d'instincts : des instincts personnels et des instincts sociaux, ou encore des instincts propres à l'individu, et d'autres propres à l'espèce. Les premiers ont pour objet de conserver l'existence de l'individu. Tels sont la mise en jeu de tous les organes sensitifs et sensoriels, l'instinct de nutrition, de sommeil, de locomotion. Ce dernier établit une transition avec la deuxième espèce d'instincts qui ont pour but de mettre l'individu en rapport avec les individus de son espèce ; le plus fort de tous est l'instinct sexuel, puis l'instinct d'imitation auquel on peut rattacher le jeu, le langage naturel et artificiel, enfin l'instinct de construction et de destruction.
L'instinct le plus puissant, le plus indispensable à l'existence est celui de la conservation qui se manifeste de deux façons, en recherchant ce qui est propre à entretenir la vie, en évitant ce qui peut la compromettre.
L'instinct de nutrition est aussi indispensable que celui de la respiration. Il est inné. Mais les idiots ayant des organes très imparfaits, des sensations très obtuses par conséquent, les conditions nécessaires à l'existence ne leur apparaissent pas nettement. Du reste, alors même qu'ils les apprécieraient, ils seraient incapables d'employer les moyens propres à les remplir. Car l'acte le plus élémentaire, la préhension, est souvent nul. Ils ne savent pas plus se servir de leurs mains que de leurs jambes, et il faut leur apprendre à manger comme on leur apprend à marcher. Mais les plus profonds sont toujours incapables de se nourrir et on doit les alimenter. Cependant cet instinct de nutrition est le premier qu'ils manifestent et c'est quelquefois le seul. C'est le cas des idiots profonds. « Chez beaucoup d'idiots de cette dernière classe, dit Griesinger, la seule chose qui paraît mettre un peu leur esprit en mouvement, c'est de manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce besoin que par de l'agitation, des grognements; ceux chez qui la dégénérescence est moins profonde remuent un peu les lèvres, ou bien ils pleurent jusqu'à ce qu'on leur donne quelque chose. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent manger. »
Certains, comme celui que cite Morel, à la vue des aliments, poussent des espèces de rugissements, saisissent la viande avec les mains et avalent leurs portions d'une seule bouchée. Non seulement les idiots moins profonds se jettent sur les aliments qu'on leur offre, mais encore ils les réclament, les choisissent, cherchent à se les procurer et les volent souvent aussi, gradations qui sont en rapport avec leur développement intellectuel.
La gourmandise peut se rattacher à l'instinct de nutri-