SENTIMENT DE PRÉSERVATION
tion. On l'observe fréquemment chez les idiots. C'est même souvent le seul moyen d'action qu'on ait sur eux, et comme avec les enfants qui, eux aussi, sont pour la plupart gourmands, il faut savoir en user pour l'éducation. Il est curieux de voir la façon dont ils accueillent leurs parents le jour de visite. A peine sont-ils entrés, qu'avant même de leur dire bonjour, ils se tournent vers le panier ou le paquet qu'ils apportent et se mettent en devoir de le vider. Dès qu'ils y sont parvenus, ils dévorent tout ce qu'ils trouvent sans plus guère s'occuper de leurs parents. lisse volent souvent entre eux ce qui leur est apporté et que quelques-uns mettent en réserve. D'autres profitent de l'absence de leurs camarades pour s'emparer de leur vin ou de leurs aliments. Beaucoup mangent avec tant d'excès et de gloutonnerie ce qu'ils aiment qu'ils se rendent malades. Mais ce défaut qui se rencontre chez les idiots un peu supérieurs est extrêmement fréquent et développé chez les imbéciles.
Le sentiment de préservation paraît absolument inconnu aux idiots profonds. Ils ne bronchent pas à l'approche d'un tison enflammé même s'ils se sont déjà brûlés. Ils prennent des couteaux par la lame, des morceaux de verre brisé, et sans la moindre précaution, quand leur degré de développement leur permet de marcher et de prendre avec les mains. Que de fois n'en voit-on pas qui, en coupant du pain, placent leurs doigts juste sous le tranchant du couteau, et s'entaillent consciencieusement la main. Ils n'ont pas la compréhension du danger car cela demande un raisonnement dont ils sont incapables. Les parents nous disent couramment que leur enfant ne faisait attention à rien dans la rue, qu'il passait au milieu des voitures au risque de se faire écraser, « comme s'il ne les voyait pas », que plus d'une
fois il a été renversé. Tel autre monte sur tout ce qu'il rencontre au risque de se casser le cou. C'est souvent même cette inconscience du danger, qui expose l'enfant à des dangers continuels, qui décide les parents au placement dans un asile.
L'imbécile, égoiste par excellence, a le sentiment du danger souvent très développé et même exagéré. Quand il s'expose ce n'est pas ordinairement parce qu'il ignore le danger qu'il court, c'est parce qu'il ne le juge pas tei qu'il est et qu'il a la prétention de savoir l'éviter.
On observe cependant le suicide chez les imbéciles *, où M. Cobbold le signale comme une tendance passagère à allures caractéristiques, et ce par trois points : l'absence ou l'insignifiance de la cause déterminante; l'absence de la fermeté nécessaire pour le suicide; et enfin l'effacement rapide et l'oubli de l'idée de suicide. Outre cette forme spéciale aux imbéciles de la tendance au suicide, ils peuvent encore l'accomplir par impulsion, ou sans cause appréciable comme on l'observe chez des aliénés ordinaires.
Le sommeil, comme le besoin de manger, est un besoin naturel extrêmement intense et irrésistible. Si les organes ont besoin pour fonctionner d'être alimentés, la force qui y est emmagasinée peut subvenir plus longtemps au fonctionnement sans recevoir d'aliments, qu'elle ne peut le faire sans qu'ils prennent de repos. En somme, tout organe qui fonctionne ne peut le faire d'une façon indéfinie sans être alimenté, ni d'une façon continue sans prendre de repos par moments. Le sommeil est le mode de repos de l'organisme, et particulièrement du système nerveux. On pourrait croire