APTITUDES MUSICALES
Moreli rapporte également l'histoire d'un idiot qui se met un jour à jouer du tambour et y fit en trois ou quatre fois des progrès assez rapides pour remplir les fonctions de tambour à l'asile où il était. Or son père et son grand-père avaient été tambours dans l'armée, et son frère avait toujours eu le plus vif désir de devenir aussi tambour au régiment. On pourrait multiplier ces exemples, et nous avons nous-même observé un assez grand nombre d'idiots chanteurs qui connaissaient tous les airs à la mode en en écorchant bien entendu les paroles.
Chez les imbéciles on observe souvent aussi ces mêmes tendances. Il est même à remarquer que souvent ceux qui spontanément, sans aucune élude préalable, jouent d'un instrument et reproduisent les airs qu'ils ont entendus, sont incapables d'apprendre la musique enseignée d'une façon méthodique. Cela tient à l'instabilité de leur attenticn sur laquelle nous avons déjà insisté et qui les empêche de jamais atteindre à un développement complet, même pour les facultés où ils montrent le plus de dispositions. Cette particularité montre bien quelle différence il y a entre eux et les individus normaux et prouve que cette différence tient uniquement au trouble de leur attention. Chez les gens normaux, en effet, l'éducation perfectionne les tendances naturelles et leur permet d'arriver à une grande perfection. Chez les imbéciles, au contraire, la disposition naturelle reste seule et l'éducation est incapable de la développer. On en a un exemple frappant choz ces enfants prodiges qu'on promène de ville en ville de temps à autre comme musiciens ou calculateurs. Jamais on ne les voit devenir de grands artistes ou des mathématiciens distingués. Ils ont
i. Morel, Études cliniques.
une aptitude plus grande que celle des sujets que nous examinons en ce moment, et voilà tout, car leur intelligence n'est souvent pas plus développée que celle des imbéciles. Aussi les voit-on s'arrêter court à un certain âge, au moment de la puberté surtout, cesser de faire aucun progrès, rétrograder même souvent rapidement.
Il est un point sur lequel nous devons attirer l'attention : dans plusieurs de ces observations de dispositions musicales étonnantes, on note que les parents étaient eux- mêmes des musiciens distingués, quelquefois même que l'instrument sur lequel l'idiot se montre tout à coup habile est précisément celui de son père, de son grand-père. Ce petit fait met bien en lumière la réalité de la mémoire organique héréditaire, qui nous paraît d'autant plus évidente dans les cas où la disposition fait un contraste remarquable avec le faible développement du reste des facultés intellectuelles.
Mais il n'y a pas que les aptitudes musicales qu'on puisse observer à un haut degré chez les idiots et les imbéciles. Ireland i cite deux cas où existaient, dans l'un, une remarquable aptitude à dessiner et à graver sur bois, dans l'autre une disposition toute spéciale pour l'architecture et la construction des maisons. Nous avons nous-même observé une petite fille de six ans, imbécile, ne sachant ni lire, ni écrire, incapable de rien apprendre et qui dessine tout ce qu'elle voit. Elle copie toutes les lettres de l'alphabet sans connaître leur nom ni leur signification. Elle reproduit tant bien que mal tous les objets qu'elle voit, les scènes dont elle est témoin. Si vous lui demandez ce qu'elle a représenté, elle n'en sait rien. Ceci confirme bien l'opinion de Griesinger* que les aptitudes spéciales et les talents qu'on rencontre ains