SENTIMENTS RELIGIEUX
ce qui est la vraie caractéristique de l'homme. C'est qu'en effet, l'âme n'est pas une chose qui existe en soi, séparément, en dehors des fonctions cérébrales ; c'est l'ensemble des facultés, des fonctions, pour mieux dire, du cerveau qui constitue l'âme. Or dans cette âme, pour nous servir de ce terme consacré qui ne signifie pas grand'chose, nous voyons les sentiments religieux compètement absents. Il n'y en a pas trace sous quelque forme que ce soit. Ce sentiment, soidisant inné, fait donc défaut lorsque le cerveau n'est pas assez développé pour que l'intelligence soit normale. L'âme se montre donc ainsi liée essentiellement à l'organe de la pensée, et l'on est forcé d'admettre ou que les idiots en sont dépourvus, quoique hommes, ou que l'âme n'est pas une émanation divine, indépendante du fonctionnement cérébral. De sorte qu'il esta craindre, de toutes façons, qu'après avoir perdu le royaume de la terre, les simples d'esprit n'obtiennent pas celui des cieux, ce qui serait du reste de nature à décourager les gens intelligents.
Les imbéciles qui ont une intelligence plus développée sont-ils du moins capables de comprendre cette idée d'une force supérieure au monde? Il est facile de se convaincre que, sous ce rapport, ils diffèrent peu des idiots. Si on observe chez eux quelques idées de la Divinité, c'est qu'on leur a inculqué ces principes comme à la plupart des enfants. Ils ne sont pas assez curieux des choses qui les entourent pour aller s'enquérir du pourquoi et du comment de la vie. Tout leur parait simple d'ailleurs et facile à comprendre. Ils se montrent quelquefois très convaincus, mais on n'a pas de peine à voir que c'est une vraie leçon apprise par cœur et à laquelle ils n'entendent pas grand'chose En tout cas, jamais cette idée ne leur vient spontanément, amenée par des déductions logiques. En somme on peut dire que le senti-
ment religieux n'existe pas chez l'idiot et n'est pas compris chez l'imbécile, quand on Ty rencontre, ce qui revient à peu près au même.
C'est un sentiment artificiel, créé d'abord, par la crainte, entretenu par le besoin d'explication des phénomènes, par le parti surtout qu'avaient à en tirer les plus intelligents pour mener, gouverner les plus crédules. Ce n'est pas un sentiment naturel, aussi ne le rencontrons-nous pas même atténué, perverti, chez les idiots, alors qu'ils nous présentent toutes les autres variétés de seutiments, à quelque degré que ce soit. Il est raisonnable de supposer une raison à cette lacune, alors surtout qu'on ne peut pas invoquer pour l'expliquer le défaut de transmission héréditaire. Les autres sentiments instinctifs se transmettent bien, pourquoi le sentiment religieux, s'il était réellement instinctif, ne se transmettraitil pas?
Nous voyons donc que, chez les idiots et les imbéciles, nonseulement les sentiments sociaux sont affaiblis ou pervertis, mais encore que tout ce qui sert à les développer et à les maintenir n'a que peu d'action sur eux, soit à cause de l'attention défectueuse dont ils sont capables, soit à cause de leur intelligence rudimentaire, qui ne leur permet pas de s'élever à des conceptions idéalistes qui, pour beaucoup d'hommes, sont un moyen de contrainte.
Avant de passer aux sentiments esthétiques nous devons dire un mot d'un sentiment extrêmement complexe qui est assez spécial à l'homme : la pudeur. Qu'elle se manifeste d'une façon ou d'une autre, peu importe, cela dépend uniquement des mœurs et du climat, de la religion, de la convention sociale, etc. Mais chez tous les peuples on peut la retrouver. Elle est plus développée et plus complexe chez la femme que