‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 87 sur 213 · LES IMBÉCILES DANS LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LES IMBÉCILES DANS LA FAMILLE

quand ils sont punis, enlève naturellement beaucoup de l'action qu'aurait la punition. Aussi le meilleur moyen est-il de leur enlever cette satisfaction en les soustrayant à la vue de leurs camarades. L'isolement, pendant quelques heures, en cellule, est un moyen très efficace. Plus qu'avec aucun enfant, il ne faut agir avec emportement et brutalité. On ne doit jamais discuter avec eux.

Nous ne saurions entrer ici dans plus de détails. C'est une question de traitement moral, de pédagogie que cette façon de se comporter avec les imbéciles. Ce que nous devons retenir, c'est le peu d'action qu'on a sur eux aussi bien par les récompenses que par les châtiments. Tout glisse, ou tout s'emploie à développer leurs mauvaises tendances, leurs tendances antisociales. Ce sont les individus les plus indisciplinés qui soient.

L'instabilité de leur attention fait que, à peine la louange ou le blâme, la récompense ou le châtiment passés, ils les oublient, et leurs tendances reprennent le dessus. Cet inconvénient, qui en est déjà un gros dans les asiles, et qui souvent du reste y amène ces malades, rend l'existence impossible pour eux au dehors. Chez leurs parents, ils font tous les mauvais coups imaginables, maltraitent leurs frères et sœurs, torturent les animaux, font des niches aux voisins, font des fugues de la maison paternelle pour vagabonder à l'aventure avec tous les garnements du voisinage, qui s'en servent du reste le plus souvent, en les excitant, pour faire les coups qu'ils n'ont pas l'audace de tenter. Bref, la vie n'est pas tenable pour ceux qui les entourent, sans compter que souvent leurs penchants peuvent les pousser à commettre des actes dangereux, comme de mettre le feu, de blesser les gens, etc., etc. Ils doivent, plus encore que les idiots,

être l'objet d'une surveillance de tous les instants. Ces dispositions, lorsqu'elles ne sont pas réprimées, — et cela est bien difficile dans la famille — ne font que croître avec l'âge, et il ne faut pas s'étonner plus tard de voir ces enfants, devenus hommes, finir par la Cour d'assises pour vol ou crime, et fournir un fort contingent à tous les déclassés, les énergumènes de toute nuance, instruments demi-inconscients d'individus plus intelligents et plus vicieux qu'eux.

Nous venons de voir le peu d'influence des récompenses et des punitions sur la conduite des idiots et surtout des imbéciles. Quant on songe que ce sont cependant les mobiles mis en jeu le plus naturellement par les parents vis-àvis des enfants, par les sociétés vis-à-vis des individus, on ne sera pas surpris de reconnaître que les mobiles religieux n'ont aucune action et ne sont même pas compris. Chez les idiots, l'idée d'une force supérieure au monde est absolument lettre morte. L'idée de force en soi leur paraît même inconnue, et les notions d'infini, d'éternel, d'absolu, conceptions purement rationnelles pour nous, sont inaccessibles à leur faible intelligence. On ne trouve jamais chez eux l'idée, même vague, de la divinité. Ils sont incapables de s'élever même à la superstition ou au fétichisme, car ils ne s'étonnent de rien, comme nous le verrons, pas même des grands phénomènes de la nature, contrairement, sous ce rapport, aux hommes primitifs.

S'il fallait, admettre chez l'homme une âme suivant la conception spiritualiste, caractéristique de l'homme et absolument différente par ses attributs supérieurs de celle des animaux, on doit convenir qu'on serait assez embarrassé pour en accorder une semblable à un idiot incapable de parler,

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