‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 23 sur 90 · SIGNES DE DÉBUT · texte numérisé non relu

SIGNES DE DÉBUT

naissance, un aspect, une physionomie spéciale, qui échappe souvent à des parents peu observateurs, mais qui saute aux yeux de personnes attentives.

Passons donc rapidement en revue ces divers signes de début. Les parents sentent mieux qu'ils ne peuvent décrire ce je ne sais quoi qui les choque et qui les inquiète dans leur enfant. << Il n'est pas comme les autres .> est ce qui traduit le plus justement leur pensée. C'est qu'en effet c'est surtout par comparaison qu'on peut saisir les nuances si délicates qui séparent différents enfants en très bas âge. Si, avec beaucoup d'attention, on arrive à démêler quelque chose, l'expérience qu'on a des jeunes enfants sert plus que n'importe quoi en cette occasion. Le jeune enfant, en effet, forme un ensemble tout spécial et aune manière d'être générale sur laquelle on peut le juger. C'est cette manière d'être qu'il est si difficile de décrire, mais que chacun a présente à l'esprit chez des enfants normaux, qui frappe surtout les parents et l'entourage. Toutefois, il y a un certain nombre de manifestations que tous les enfants offrent dès l'abord et sur lesquelles en somme on le juge : le cri, les mouvements, le regard, l'action de téter, et ce sont les modifications que présentent les idiots dans ces manifestations normales qui attirent le plus vivement l'attention.

Téter est le premier mouvement instinctif de l'enfant, la première chose aussi qu'on lui montre et qu'il apprenne. Or beaucoup d'idiots congénitaux ont de la difficulté à téter. Il semble <[ue ce soit nouveau pour eux chaque fois qu'on leur présente le sein, et chaque nouvelle expérience ne s'ajoute pas à la précédente pour déterminer chez eux une idée, si peu consciente qu'elle soit.

Chez d'autres on remarque immédiatement des cris persistants, ou par accès de longue durée. « Ils ne font qu'un cri » disent les parents, et en vérité on pourrait croire à de l'exagération si on n'était pas témoin de la persistance extraordinaire de ces accès de cris sans motifs. Cette absence de motifs, lorsqu'elle est bien constatée, doit toujours attirer l'attention .

Chez un certain nombre d uliols, il y a cécité congénilale,

ce qui est déjà un signe de dégénérescence assez profonde qui doit d'autant plus faire craindre pour l'état intellectuel que L'absence d'un sens aussi important que celui de la vue enlève à l'entant une source immense de connaissances.

Quand le regard commence à se diriger, les parents sont frappés des particularités qu'il présente. Le plus souvent d abord, la direction du regard ne se montre que très tardivement, Mais, alors même qu'il paraît se porter d'un objet à un autre on remarque que les idiots ne fixent pas. Tons les parents, qui ont quelque peu examiné leur enfant, tiennent à peu près le même langage : « 11 avait un drôle de regard ». Et cependant il en est qui tournent la tête quand on leur présente quelque chose. Mais, dès qu'on déplace l'objet, le regard ne le suit pas. Dans certains cas, il est même tout à fait impossible de déterminer la direction de leur regard avec quoi que ce soit. Ils se remuent, regardent comme dans le vide à droite et à gauebe, ne reposent leurs veux sur rien. Mais quoi qu'on leur piesente, ils ne paraissent pas le voir. Celte impossibilité de l attention est un fait d'une importance extrême qui se manifeste des le début et sur lequel nous reviendrons plus tard.

Ce qu'on a remarqué d'abord pour la vue, on l'observe ensuite pour l'ouïe. « On croyait qu'il était sourd», vous disent les parents. Ce n'est qu'au bout de longtemps qu on s'aperçoit que l'enfant entend.

Le rire est assez caractéristique aussi. Les parents qui attendent avec joie le premier sourire sur les lèvres de 1 enfant voient avec tristesse que le leur ne sait pas rire, que tout ce qui détermine ordinairement cette manifestation chez les enfants de son âge le laisse absolument indifférent. Chatouillement, marionnettes avec les mains, rires de la mer»-, rien n'y fait. L'enfant ne paraît ni voir ni sentir, et encore moins comprendre. Il est assez particulier de remarquer que le rire, qui est spécial à l'homme, fait souvent complètement défaut chez l'idiot. Il y a des idiots profonds qui ne rient m ne pleurent jamais.

Enfin les mouvements eux-mêmes, si limités qu ils soient dans les premiers temps de l'existence, et surtout si peu appropriés à un but, ont cependant quelque chose de spécial

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