GÉNÉRALITÉS ET CLASSIFICATIONS
Sommaire : Difficultés du sujeL. — L'idiotie n'est pas une entité clinique. — jPàrall&le de l'intelligence dos idiots avec celle d'enfants normaux. — Variabilité dos causes et multiplicité des lésions de l'idiotie. — Parallèle de l'intelligence dos idiots avec celle des animaux.— Principales définitions de l'idiotie et de l'imbécillité. — Classifications proposées par les auteurs, el bases do ces classifications. — Le degré de l'attention peut servir de base à une classification.
Les auteurs qui se sont le plus occupés de l'idiotie, soit dans des mémoires spéciaux, soit plus rarement dans des traités didactiques, ont insisté surtout sur les troubles physiques que présentent les idiots. Quant aux troubles psychiques, ils se sont contentés d'indiquer la marche à suivre pour les étudier, ou de décrire différents types d'idiots, et c'est tout. Aucun d'eux n'en a fait une analyse approfondie suivant les préceptes et l'ordre qu'ils indiquaient, et la plupart sont restés dans des généralités telles, que tous ceux qui ont vu de près des idiots, sans études philosophiques ou scientifiques spéciales, pourraient en dire autant, car elles peuvent presque se résumer en ceci, que l'idiot est un être Sollier. — L'Idiot. i
dépourvu d'intelligence et de sentiment, ce que tout le inonde sait.
Aussi, n'est-ce pas sans une crainte motivée que nous nous sommes hasardé à tenter à notre tour l'étude de l'état mental des idiots et des imbéciles. En présent e des difficultés qu'elle offre, nous avons facilement compris pourquoi les auteurs s'étaient bornés à en indiquer les grandes lignes, sans l'entreprendre eux-mêmes. Ces difficultés tiennent à bien des causes. Les montrer excusera peut-être le résultat incomplet auquel nous sommes arrivé, et servira en même temps à indiquer les points sur lesquels il laudra par la suite porter le plus son attention pour tâcher d'en tirer quelques fruits meilleurs.
La première difficulté à laquelle on se heurte, c'est que l'idiotie n'est pas une entité clinique, et qu'il est impossible d'en tracer un tableau unique. On peu t faire la psychologie complète de l'homme normal, doué de toutes ses facultés. Mais l'idiot est un être anormal, et anormal à des degrés -i variables, qu'on est forcé d'y reconnaître plusieurs types. De sorte que la description de l'état mental d'un idiot du type le plus inférieur ne saurait être la même que celle d'un idiot du type le plus élevé. L'idiot n'est pas un être à part : c'est une classe d'individus dans laquelle on observe toutes les nuances : ci il est aussi difficile de marquer la caractéristique qui sépare l'idiotie profonde de l'idiotie légère, que celle-ci de l'imbécillité, et celle-ci encore de l'arriération et de la débilité mentale.
Ce qu'on pourrait tenter pour mesurer l'état mental des idiots, c'est de chercher à quel âge correspond chez un enfant normal le développement psychique qu'on observe chez eux. Nous avons, en effet, à cet égard, aujourd'hui, grûce aux travaux, de Tiedemann, Prcyer. Sikorski, Perez, etc., des données assez précises et concordantes. On a donc des points de repère. Mais de nouvelles difficultés surgissent.
Pour que cette méthode fût applicable d'une façon au moins suffisante, il faudrait que la cause de l'idiotie lui. pour ainsi dire, unique. Si c'était , par exemple, un arrêt de développement cérébral, on pourrait, presque à coup sûr, dire, d'après l'étal intellectuel observé, à quel âge l'idiotie
MÉTHODES. D'ÉTUBE
serait survenue. L'icfotie la plus profonde serait oongénitate., et plus tard elle serait apparue, plus l'enfant serait, développé intellectuellement. Malheureusement, il estloin d'en être ainsi. Tout d'abord, en effet, l'idiotie congénitale n'est pas forcément complète et incurable, et elle présente tous les degrés comme l'idiotie acquise. De plus les lésions qui produisent l'idiotie sont extrêmement variées (4) et ne consistent pas le moins du monde en un simple arrêt de développement. Or, suivant que la lésion causale est plus ou moins étendue, plus ou moins profonde, l'idiotie est plus ou moins grave, et. surtout l'intelligence est inégalement touchée. Il devient dès lors impossible de prendre pour terme de comparaison l'intelligence d'un enfant normal dont le développement des diverses facultés est dans un rapport presque constant.
Mais l'impossibilité théorique d'un tel parallèle saule aux yeux dès que l'on veut le réaliser, et l'on est frappé alors de la différence qui existe entre un enfant non encore complète ment développé et un idiot même très éduqué. L'enfant a en germe toutes les facultés et le pouvoir de les développer. Elles surgissent spontanément à mesure que son cerveau s'organise. Chez l'idiot, il faut aller les chercher au fond même de l'intelligence, et, une fois qu'on est arrivé à les développer, à les façonner un peu, on doit appliquer tous ses elïorts, non pas tant à les développer davantage qu'à les maintenir au degré où on les a amenées. L'enfant se meut spontanément, l'idiot est un automate qui se meut suivant l'impulsion qu'on lui donne. Un enfant peut comprendre une chose et ne pas savoir la faire,
(1) M. Bourncvillc dis-lingue les formes suivantes : 1° Idiolicsymptoinalique de l'hydrocéphalie (idiotie hydrocéphalique) ; 20 Idiotie symptomatique île microcéphalie (idiotie microcéplicUique ; 3» Idiotie symptomâtique d'un arrêt de développement des circonvolutions;
(p Idiotie sympt atiqtie d'une malformation congénitale du
cerveau (porencéphalie, absence de corps calleux, etc.): 5° Idiotie symptomâtique de sclérose hypertrophique ou tubéreuse ; 6» Idiotie symptomâtique de sclérose atrophique : «. sclérose d'un hémisphère nu des deux hémisphères; 6. sclérose d'un lobe du cerveau; '•. sclérose de circonvolutions isolées; d. sclérose chagrinée du cerveau ? : 7 Idiotie symptomâtique de méningite ou de ruéningo-oncéplialile chronique (idiotie méninfjilique); 8° Idiotie avec cachexie pachydermi(]ue, ou idiotie myxccdêmaleuse.
un idiot peut la faire et ne pas la comprendre. Quand l'enfant sait faire une chose, c'est qu'il la comprend, et la preuve, c'est qu'il cherche à la modifier suivant les circonstances ou même par besoin de varier son activité. L'idiot fait automatiquement les choses, et s'arrête dès qu'il survient le moindre obstacle qu'il ne sait comment vaincre. Aussi, quoique les actes soient en apparence le meilleur critérium de l'intelligence et du sentiment chez les individus normaux, on arriverait à des conclusions tout à fait erronées si on voulait juger d'après eux du degré d'idiotie. A notre sens, et après bien des essais, nous pensons donc que la comparaison de l'état psychologique îles idiots avec celui des enfants normaux ne saurait mènera aucun résultat intéressant et est même impraticable.
Ce qu'on ne peut faire avec l'intelligence humaine, serait-il possible de le tenter avec l'intelligence des animaux, et de chercher dans la série animale un être dont le développement intellectuel fut l'équivalent de celui de telle ou telle variété d'idiots? Pas davantage. L'intelligence des animaux peut être aussi restreinte qu'on voudra, elle sera toujours normale dans son développement et comparable à elle-même. L'idiot est un monstre au point de vue psychologique, comme il l'estsouvent au point de vue physique, et les monstres ne sauraient comporter une description uniforme. Rien de ce qui est dans l'idiot n'est normal. 11 n'y a pas seulement diminution dans la quantité, il y a modification dans la qualité des facultés.
En somme, description d'ensemble impossible parce que les idiots forment un groupe très diversifié, description comparative avec l'état psychologique des enfants normaux impossible, non plus qu'avec l'intelligence des animaux, parce que l'idiot, même éduqué, est un être anormal qui n'a pas d équivalent absolu au point de vue psychologique dans la série animale normale.
Celte difficulté dans la manière de décrire l'état mental des idiots n'a rien qui doive surprendre, si on jette un regard sur celle qu'ont eue les auteurs à trouver une définition simple de l'idiotie et de l'imbécillité. L'énumération de quelques-unes